Ce jeune pays qui fête ses quinze ans vient d'élire son nouveau président. Un geste de maturité démocratique alors que les enjeux sont pourtant nombreux pour ce nouvel Etat.

Francisco Guterres
Francisco Guterres © AFP / VALENTINO DARIEL SOUSA

Aujourd’hui tous les habitants du Timor Oriental exercent leur droit d’élire librement leur Président. Depuis le départ, je pense l’emporter au premier tour, il n’y aura pas de second tour.

Celui que vous venez d’entendre c’est Ju-olo 63 ans, à la sortie des urnes lundi dernier, à Dili, la capitale du Timor Oriental. Et les résultats provisoires semblent lui donner raison. Après deux essais infructueux, celui qui préside actuellement le Fretilin, parti historique de la résistance armée à l’annexion indonésienne, de 1975 à 1999, est en passe de prendre la tête de l’une des plus jeunes démocraties du monde.

Cette année, le Timor Oriental célèbre en effet les 15 ans, tout juste, de son indépendance. Le nouveau pouvoir aura pour mission la lutte contre les inégalités, la poursuite de la longue marche du développement et la diversification d’une économie aujourd’hui très dépendante de ses ressources pétrolières, pourtant limitées. Cette semaine, Joël Bronner s’est rendu au Timor Oriental, voici son reportage.

Sur son bureau, deux photos encadrées, en noir et blanc, éclipsent presque la paperasse avoisinante. La première représente Che Guevara, l’autre Nicolau Lobato, une figure est-timoraise de la lutte armée contre le voisin Indonésien.

Les choix décoratifs d’Amnenara, le maire de 29 ans du village de Maubisse, à 3h au sud de la capitale Dili, traduisent toute l’importance qu’a, aujourd’hui encore, la mémoire de la résistance dans l’identité de ce jeune pays d’à peine 15 ans qu’est le Timor Oriental. Casquette sur la tête et petite veste en jean, Amnemara explique.

Che Guevara est l’une de mes idoles. Nicolau Lobato, lui, est un membre de ma famille mais c’est aussi un héros ici. Il a été le 1er homme politique à diriger le pays, juste avant l’occupation indonésienne. Je les ai réunis sur mon bureau parce que tous les deux se sont battus pour un même idéal de liberté.

En 1999, soutenu par l’ONU, le Timor Oriental vote en faveur de son indépendance, qui sera effective en 2002. L’Indonésie, furieuse, quitte le pays après 24 ans de conflits, et laisse derrière elle un champ de ruines.

Face à certaines lenteurs dans le développement en cours du Timor Oriental - un pays encore très pauvre malgré l’exploitation d’hydrocarbures au large de ses côtes - certains préfèrent souligner l’ampleur du travail déjà accompli, par une nation qui partait de très loin. D’autres, comme Juvinal, du centre de recherches La’o Hamutuk, se montrent néanmoins plus critiques.

Nous essayons d’encourager les autorités à développer les secteurs de l’agriculture, de la santé, de l’éducation et du tourisme, plutôt que d’attendre et de se laisser aveugler par les revenus issus du pétrole. Ces dix dernières années, le gouvernement a négligé de faire du développement humain sa priorité. Résultat, nous avons perdu du temps…

Charge maintenant aux nouveaux dirigeants du Timor Oriental de courir, ou non, après ce temps perdu.

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