Des grands-parents de la région parisienne ont reçu du camp d'Al-Hol des photos alarmantes de leurs petits enfants survivants, sortis il y a un mois de Baghouz après la chute du groupe Etat islamique. La France, comme d'autres pays, refuse pour le moment de rapatrier l'ensemble de ses ressortissants.

Maltrunis, touchés par les poux, ces enfants sont en train de mourir dans un camp du Kurdistan syrien
Maltrunis, touchés par les poux, ces enfants sont en train de mourir dans un camp du Kurdistan syrien © (Photo fournie par la famille)

Joëlle et Hocine avaient deux fils, qui sont morts en Syrie. Ils sont partis en 2014 rejoindre le groupe Etat islamique, l'aîné avec sa femme et leurs trois petites filles. Un garçon est né sur place. L'une des fillettes, âgée de neuf ans, est morte dans la bataille de Baghouz. Joëlle reçoit à nouveau quelques messages de sa belle-fille sur une messagerie, et le week-end dernier, quelques photos pénibles d'enfants très amaigris : 

Ça doit faire un moment qu'ils ne doivent pas manger tous les jours,  là elle a juste la peau sur les os, elle a 14 ans, c'est horrible de voir ça

L'adolescente a aussi le crâne rasé, "il y a eu des poux ou de la vermine je ne sais plus raconte Joëlle, il a fallu lui couper les cheveux".  Et un gros pansement au genoux, une blessure pendant la bataille de Baghouz. Sur une autre image, le garçonnet de quatre ans a les omoplates saillants, des cuisses rachitiques. "On se demande comment ils arrivent même à tenir debout" fait Joelle, qui a du mal à regarder les photos. "Il faut absolument que ça bouge maintenant, c'est urgent, on ne peut pas les laisser mourir!" 

Un haut représentant de l'ONU demande aux Etats de trouver des solutions "particulièrement pour les enfants"

Les Nations Unies elles-mêmes dressent un constat assez effroyable de la situation humanitaire dans ce camps tenu par les Kurdes, au nord de la Syrie. Al Hol s'est rempli en moins de trois mois de dizaines de milliers de personnes sorties très affaiblies du siège de Baghouz, après la chute de l'organisation terroriste. 

La population atteint 75 000 personnes aujourd'hui, dont environ 10 000 étrangers, placés à part. Les deux tiers sont des enfants, arrivés déshydratés, dénutris ou atteints de diarrhées. Jeudi dernier lors d'une conférence de presse à Genève, Panos Moumtzis, le coordinateur régional de l'ONU pour la Syrie, a raconté que les personnels des Nations Unies et des ONG avaient travaillé jour et nuit pour monter de nouvelles tentes, apporter de la nourriture et des soins... 

Il a aussi appelé les Etats à rapatrier leurs ressortissants, en rappelant qu'aux termes des conventions internationales "personne ne devrait être apatride": "c'est d'abord de la responsabilités des Etats. Et aujourd'hui je voudrais plaider tout spécialement pour les enfants. Ces enfants ont un père et une mère, qui ont une nationalité, et donc il faut trouver des solutions particulièrement pour les enfants"

Hocine en veut à sa belle-fille d'avoir emmené les enfants "en enfer". Mais il ne comprend pas de quoi les Français auraient peur: 

Vous ne devriez pas avoir de craintes, c'est des enfants ! Ils vont rentrer en France, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils ne vont pas terroriser les gens, c'est des innocents!

Joëlle dit que sa belle-fille veut maintenant rentrer en France, même si elle a encore du mal à accepter l'idée d'aller en prison... 

Alors que le Kosovo a rapatrié le week-end dernier 110 de ses ressortissants, surtout des femmes et des enfants, la France comme beaucoup de pays occidentaux exclut le retour des adultes. Le rapatriement des enfants est envisagé au cas par cas. Sans leurs mères, considérées comme "des combattantes, des militantes du djihadisme" comme l'expliquait le 30 mars le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans une interview à Ouest-France.

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