Les nomades, qui représentent un tiers des 3 millions d’habitants de cet immense pays en pleine crise économique, sont guettés par la pauvreté. Le gouvernement a fait appel à l'ONU

De nombreuses carcasses jonchent les steppes du pays. Plusieurs centaines de milliers d'animaux (chèvres, chevaux, brebis, chameau...) sont morts de faiblesse et de faim cette année, victimes du dzud
De nombreuses carcasses jonchent les steppes du pays. Plusieurs centaines de milliers d'animaux (chèvres, chevaux, brebis, chameau...) sont morts de faiblesse et de faim cette année, victimes du dzud © Radio France / Solenne Le Hen

La vie bouleversée des éleveurs nomades de Mongolie est un exemple concret du réchauffement climatique. Une vie bouleversée depuis deux ans par des phénomènes climatiques extrêmes. Guettés par la pauvreté, les nomades qui représentent un tiers des trois millions d’habitants de cet immense pays, ne voient même plus de salut dans l’élection d’un nouveau président, il y a quelques jours. Le pays est en pleine crise économique, et le gouvernement, qui a bien du mal à gérer la situation, a fait appel à l’ONU et aux ONG internationales.

Reportage à 300 kilomètres de la capitale, dans le sud-est de la Mongolie

Uuganbayar et Saran veulent continuer de vivre dans la steppe malgré les difficultés croissantes
Uuganbayar et Saran veulent continuer de vivre dans la steppe malgré les difficultés croissantes © Radio France / Solenne Le Hen

Uuganbayar et Saran, lui la carrure d’un lutteur, le rire franc; elle le corps longiligne et le sourire doux, résistent. Ils résistent dans la steppe, au milieu de leur troupeau de chèvres et de brebis. Le couple de nomades a réussi à sauver son bétail du terrible dzud : "Le dzud, c’est un hiver très rigoureux qui vient après un été caniculaire, expliqueUuganbayar "La conséquence c’est que les bêtes n’ont rien à manger. L’été, il n’y a pratiquement pas d’herbe, et l’hiver, la couche de neige est trop importante. Alors les animaux meurent de faiblesse et de faim. Cet hiver, pour trouver de l’herbe, avec ma famille et notre troupeau, on a dû parcourir 200 kilomètres vers le sud. C’était la première fois qu’on allait si loin, ça nous a pris presque sept jours. C’est comme ça qu’on a réussi à sauver nos bêtes."

Le dzud, c’est un hiver très rigoureux qui vient après un été caniculaire

Le dzud, phénomène qui était si rare autrefois, devenu si fréquent aujourd’hui à cause du réchauffement climatique : deux années de suite. Les carcasses d’animaux jonchent la steppe, leurs propriétaires sont partis grossir les bidonvilles d’Oulan-Bator la capitale. Mais leur avenir là-bas n’est pas brillant : pas de travail à l’horizon pour ceux qui ont été éleveurs nomades toute leur vie.

Alors l’Onu et les ONG internationales font tout pour aider les nomades à rester dans les steppes : don de bétail, de fourrage. Le gouvernement a même créé il y a quelques années des écoles dans des yourtes, des écoles qui suivent les nomades. Une ONG internationale, Vision du Monde, a pris le relais.

C’est là qu’on retrouve Munkhkhuslen, la fille d’Uuganbayar et Saran.

Munkhkhuslen, quatre ans, veut aller à l'école et a décidé qu'elle ne sourirait pas sur la photo
Munkhkhuslen, quatre ans, veut aller à l'école et a décidé qu'elle ne sourirait pas sur la photo © Radio France / Solenne Le Hen

Quatre ans et un caractère bien trempé, Munkhkhuslen veut aller à l’école pour devenir grande, dit-elle. Ses parents aussi en sont convaincus. "Il faut que notre fille étudie". explique Saran "Si on n’avait pas eu cette école tout près, mon mari ou moi, on aurait dû s’installer en ville pour accompagner notre fille à l’école, ou même tous les deux. On aurait dû alors abandonner notre vie nomade et vendre notre troupeau". "Et vraiment, ce n’est pas possible d’imaginer la Mongolie sans animaux." confie Uuganbayar.

Ils n’imaginent pas une vie sans leur yourte, sans leur troupeau. Au milieu de leurs steppes, Uuganbayar et Saran résistent, mais pour combien de temps encore ? Cet été, la sécheresse guette, signe d’un hiver qui sera une nouvelle fois impitoyable.

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