Plus de 60 policiers et gendarmes se sont donné la mort depuis le début de l'année. Des chiffres globalement constants depuis une vingtaine d'années.

Devant l'hotel de police de Marseille, octobre 2017.
Devant l'hotel de police de Marseille, octobre 2017. © AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Après la dernière vague de suicides ce mois-ci, le Ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a décidé de recevoir ce matin les syndicats de policiers et des représentants de gendarmes pour évoquer la prévention de ces actes désespérés.

Selon les chiffres officiels de la place Beauvau, il y a eu 46 suicides de policiers depuis le début de l'année, et 16 suicides de gendarmes. Aurélie, brigadier de police, passionnée par son métier depuis qu'elle a 20 ans, a failli passer à l'acte, un soir, près du vestiaire des filles de son commissariat, dans un instant de détresse, après avoir vécu un harcèlement moral de la part de l'un de ses supérieurs. D'une voix émue, elle raconte que c'est l'un de ses collègues qui l'a sauvée, en entrant dans la pièce à temps, alors qu'elle approchait son SIG, son arme de service, de sa tempe. 

Dans la plupart des cas, ce sont des raisons privées qui poussent les forces de l'ordre à se donner la mort. Des difficultés personnelles qui peuvent paraître parfois insurmontables, dans un quotidien professionnel très noir : des scènes de crime traumatisantes, des accidents choquants, des enquêtes parfois bouleversantes, explique Isabelle Venot, chef adjointe du Service de Soutien Psychologique Opérationnel de la police nationale, qui compte 82 psychologues pour 150 000 policiers. Il y a 38 psychologues pour 100 000 gendarmes. 

Les services qui travaillent sur des enquêtes à caractère pédo-pornographique visionnent des images toute la journée, ils peuvent eux-mêmes être parents et ces images peuvent avoir une résonance et de la souffrance.

Ces entretiens avec les policiers sont confidentiels, insiste la psychologue, qui assure que la hiérarchie n'est informée qu'en cas d'hospitalisation dans un service psychiatrique. Mais les policiers craignent souvent de se confier, par peur de montrer leurs faiblesses, peur qu'on leur retire leur arme. 

Cette question du désarmement des policiers et des gendarmes déprimés est parfois très difficile, témoigne Camille Chaize, porte-parole de la police nationale, elle-même confrontée à un dilemne quand elle était jeune commissaire. 

Dans mon commissariat, j'avais un policier que j'appréciais beaucoup. Un jour, il était venu me voir pour m'expliquer qu'il était en cours de divorce, il avait peur de perdre la garde de sa fille, il m'a confié qu'il allait voir un psychiatre. 

Est-ce qu'un policier qui va mal doit être nécessairement désarmé ? Si on lui retire son arme, ça veut dire qu'il ne peut plus exercer les mêmes missions. Le fait de le désarmer peut perturber encore plus son équilibre.

La question du port de l'arme, même hors service, n'a pas été remise en cause ce matin lors de la réunion qui s'est tenue à Beauvau. Réunion lors de laquelle Gérard Collomb a promis une feuille de route très prochainement. Les représentants des forces de l'ordre lui ont notamment demandé de renforcer les visites médicales et surtout, de changer les  rythmes de travail. Les policiers notamment, n'en peuvent plus de ce système qui aboutit à passer seulement un week-end sur six en famille. 

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