Depuis hier l’Arabie saoudite, dernier pays au monde qui interdisait aux femmes de prendre le volant, les autorise enfin à conduire : une réforme historique pour le royaume ultraconservateur. Une minorité a déjà pris le volant, mais la plupart sont encore en formation. Reportage à Ryad, dans une auto-école.

L'Arabie Saoudite était le dernier pays à interdire le volant aux femmes, pratique désormais autorisée depuis le 24 juin
L'Arabie Saoudite était le dernier pays à interdire le volant aux femmes, pratique désormais autorisée depuis le 24 juin © Radio France / Isabelle Labeyrie

Dans la plus grande école de conduite du pays, à l’université Princesse Nourah, à Riyadh, bien calée au fond du siège, les mains un peu crispées sur le volant, Hind, 45 ans et mère de trois adolescentes, s’entraîne sur un simulateur : niqab et ses lunettes fumées ne lui facilitent pas les choses, mais elle s’applique, impatiente de passer son permis : "J’ai besoin de quelqu’un pour aller au travail, pour emmener mes filles au collège.... c’est compliqué. Je dois parfois payer deux chauffeurs pour nous quatre : ça me coûte trop cher ! Quand je conduirai, je ferai des économies. Il est temps qu’on arrête ce système et qu’on fasse comme dans les autres pays".

Plus de 90 000 femmes se sont inscrites à cette école de conduite, la seule de la capitale, qui s’est montée en quelques mois. Pour éviter les engorgements, le nombre de formatrices va doubler d’ici la fin de l’année. Abrar, 26 ans, s’est portée volontaire à son retour des États-Unis, où elle venait de passer sept ans pour ses études en médecine : "Dans deux ou trois ans, sûrement, on trouvera ça normal de voir des femmes conduire, mais pour l’instant... quand mes élèves passent l‘examen, je suis super fière !" 

Ce n’est pas simplement leur apprendre à conduire. C’est les rendre plus fortes, plus indépendantes, pour qu’elles participent au développement du pays, comme les hommes

"Ce sont des changements incroyables", poursuit-elle, "c’est ce qui me rend heureuse et fière." Les leçons de pratique ont lieu sur l’immense campus dans des Toyota automatiques toutes neuves. Mais quand elle conduira pour de vrai, Halah choisira un tout autre modèle : "Une Mercedes ou, en deuxième choix, une Range Rover, parce que j’aime les voitures de luxe ! Elle sera rouge profond. Avec un système de navigation. Et je mettrai aussi une caméra embarquée... "

Je crois que j’aime les voitures encore plus que la mode

Les concessionnaires se préparent à une forte augmentation des ventes de voiture et les économistes à l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail. Mais une grande partie de la société saoudienne s’oppose encore à ces changements : les femmes sont d’ailleurs toujours sous une tutelle masculine pour de nombreuses démarches du quotidien.
 

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