Pour faire face aux interdictions de la communauté, les femmes ont décidé de s'organiser et de se former elles-mêmes aux métiers manuels.

Robinet pour les ablutions rituelles dans une mosquée à Sweileh en Jordanie
Robinet pour les ablutions rituelles dans une mosquée à Sweileh en Jordanie © Getty / Thomas Imo

Des femmes plombier, cela n’est déjà pas si courant chez nous alors dans un pays encore très traditionnel comme la Jordanie c’est très osé. L’ONG américaine Millenium Challenge Corporation et US Aid ont financé la formation de 30 femmes jordaniennes pour un projet pilote. Cette formation naît d’un problème tout simple : en Jordanie il est très mal vu de laisser entrer un homme lorsque son mari ou son fils n’est pas là. C’est donc pour pouvoir s’entraider et faire appel aux unes et autres que les femmes ont décidé de se former. Le projet est même allé plus loin, puisque cette formation a lieu à Zarqa une ville très conservatrice. Quelques mois après la fin de leur formation, 26 d’entre elles travaillent comme plombier. Angélique Férat a rencontré deux de ces diplômées.

Raeda mesure a peine 1m55 elle est toute menue et chez elle, elle est la mère très organisée de 6 enfants. Sur le terrain elle se montre très sérieuse, c’est son maître de stage qui le dit.

On vient de l’appeler pour une fuite d’eau dans une cuisine.

Raeda change un joint, quelques tours de clés et la fuite est réparée. Le problème dit-elle ce n’est pas le travail, ce sont les mentalités.

Quand je travaillais en stage avec une société de plomberie, quand on entrait dans les maisons pour réparer quelque chose, les femmes au foyer me regardaient de travers. Elles me disaient, « comment ça se fait que tu répares la plomberie ». Ce qui m’a vraiment attristée et touchée. C’est le message d’une femme que Facebook qui m’a outré. Elle disait : il faut donc qu’il n’y ait pas d’hommes dans ta famille pour que tu en soies réduite à faire le plombier.

Lubna a préféré appeler Raeda, tout simplement parce que c’est plus pratique.

Je l’ai appelée car j’étais 100% sure qu’elle serait capable de faire le travail. Et en plus je vis seule avec mes enfants, je suis séparée de mon mari donc c’est mieux pour moi. Et elle travaille mieux que les plombiers que j’appelais avant…

Maryam vit à quelques rues de Raeda. Elle était aussi femme au foyer. Maryam et Raeda ont pu suivre la formation de plombier parce que leurs maris ont accepté sinon ça aurait été impossible. Elles se disent fières d’avoir prouvé qu’une femme pouvait être plombier mais c’est dur disent-elles.

Myriam arrive à se faire un petit salaire mensuel. Mais comme Raeda, elle propose des tarifs un peu moins chers que ses collègues masculins.

C’est vrai que l’idée de départ c’est d’offrir un service aux femmes. Je préfère viser les hommes. Parce que c’est eux qui décident. Ce sont les hommes qui disent à leurs épouses, tu peux laisser entrer cette femme plombier. Et s’ils disent non, je ne pourrais pas entrer.

Seulement 22% des femmes jordaniennes travaillent. Et elles sont principalement employées dans le secteur public comme l’administration ou l’éducation. Emplois considérés comme acceptables pour une femme.

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