Après 12 jours d'immersion, les 2000 premiers volontaires du SNU rentreront chez eux ce vendredi. Une première cohorte enthousiaste, malgré quelques couacs et déceptions... mais loin de représenter l'ensemble de la jeunesse. France Inter s'est rendue dans les Hautes-Pyrénées.

Les 2000 premiers volontaires du SNU rentreront chez eux ce vendredi.
Les 2000 premiers volontaires du SNU rentreront chez eux ce vendredi. © Radio France / Claire Chaudière

Décor exceptionnel et volontaires motivés 

1200 mètres d’altitude. Au pied du col du Tourmalet. Des vaches se promènent en liberté au milieu d’un centre de vacances réquisitionné pour accueillir la première cohorte de jeunes du SNU.

"Pour beaucoup le dépaysement est déjà une petite victoire. On en a qui n’avaient jamais vu la montagne, jamais touché la neige!" explique Hervé Latkowski, chef de centre dans les Hautes-Pyrénées à quelques dizaines de kilomètres de Bagnères-de-Bigorre.

Cet ancien militaire raconte un "séjour de cohésion" ponctué de plusieurs randonnées dont le mythique cirque de Gavarnie, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ici c’est un mélange d’école, de colo de vacances et de service militaire. C’est déjà presque fini. On a fait plein de rencontres, de gens qui habitent assez loin de chez nous. On risque de ne pas se revoir. C'est triste ! - Alizée et Lucile, venues du Nord et du Puy de Dôme.

Il existe un module sur l’orientation scolaire.
Il existe un module sur l’orientation scolaire. © Radio France / Claire Chaudière

Des regrets sur le programme du séjour 

Un pincement au cœur partagé par la plupart des participants, tous volontaires pour cette première phase de préfiguration du SNU. Mais nombreux sont ceux qui auraient aimé plus d’activité en plein air, moins de modules théoriques "comme si on était en classe". 

Dans chaque compagnie, les profils de jeunes intéressés par les métiers de l'armée ne sont pas rares. La plupart sont ravis de la journée consacrée à la défense, animée par un parachutiste. Lucile, en Bac Pro métiers de la sécurité a préféré l'initiation à la boxe et à la self-défense. 

Je suis surtout venue pour le côté sportif et militaire. Les cours comme en classe et les conférences... non merci ! 

Lors d'un module de sensibilisation aux inégalités entre femmes et hommes. Centre SNU d'Evreux, dans l'Eure.
Lors d'un module de sensibilisation aux inégalités entre femmes et hommes. Centre SNU d'Evreux, dans l'Eure. © Radio France / Claire Chaudière

Des adolescents qui disent avoir été fortement marqués par les cérémonies républicaines. Levée des couleurs et gerbes portées avec un élu ou un préfet ont éveillé chez certains un sentiment fierté. 

Coups de chaud et malaises en série 

Comme sur la plupart des sites SNU, plusieurs jeunes ont été victimes de malaises lors de ces mêmes cérémonies. "On ne devait pas se déshabiller, ni s'asseoir. Certains ont eu des petits moments de faiblesse après avoir été debout trop longtemps. Mais personne n'a trouvé ça très grave", commente un jeune. 

A l'heure du dîner, les volontaires ont quitté leur tenue et retrouvé des vêtements d'été. "Il est hors de question qu'ils soient en permanence en tenue. On est assez souple", acquiesce Hervé Latkowski. 

Le soir, les activités sont libres sans tenue obligatoire.
Le soir, les activités sont libres sans tenue obligatoire. © Radio France / Claire Chaudière

Trop de codes empruntés à l’univers militaire ? 

Levée des couleurs, marseillaise quotidienne… tous ces codes empruntés à l’univers militaire ont-ils pris trop de place ? 

"C’est un faux procès, répond Hervé Latowski. On ne fait pas de garde à vous, ni de salut. On cherche à allumer des petites étincelles, non pas pour susciter un engagement dans l’armée, la police ou les pompiers. Mais on veut que les jeunes s’engagent dans des actions tout court."

Cérémonie d'ouverture dans l'Eure.
Cérémonie d'ouverture dans l'Eure. © Radio France / Claire Chaudière

Mais pour l'historienne Bénédicte Chéron, spécialiste des relations armée-société, "cette phase de préfiguration confirme l'ambiguïté initiale du projet présenté par Emmanuel Macron pendant sa campagne" : la volonté de se démarquer d'un dispositif militaire, tout en utilisant constamment des symboles du service national d'antan. Autant de références et d'images, particulièrement clivantes, qui réactivent de vieux débats qui n'existaient plus autour du militarisme . 

La cohésion sociale, objectif incantatoire ?

Même si le gouvernement s'en défend, le dispositif semble reposer sur une vision largement fantasmée du service national, continue Bénédicte Chéron. 

Dans l'histoire, les services militaires en France et en Europe, n'ont créé de la cohésion que par accident ! A partir du moment où c'est devenu une fin en soi, leur légitimité a chuté et ils ont été progressivement abandonnés.

Malgré tout, au pied du col du Tourmalet, des amitiés se sont visiblement nouées. Dans le dortoir des garçons, les échanges ont beaucoup tourné autour de la Guyane. "Certains Guyanais n'étaient jamais venus en métropole". Pour les volontaires de métropole aussi, ces rencontres semblent avoir ouvert les esprits. "Mais deux semaines, cela reste court. Difficile d'évaluer ce que ce séjour aura changé", avoue Bruno un tuteur de maisonnées. Il y aussi eu quelques frictions. Le vivre-ensemble n'est pas encore évident."

Rangements dans les dortoirs avant le départ.
Rangements dans les dortoirs avant le départ. © Radio France / Claire Chaudière

Service... obligatoire ?  

Un regret de taille pour les encadrants : avoir dû exclure un jeune en raison de son comportement, alors même que le dispositif ne fonctionne encore que sur volontariat. "Nous avons été obligés de faire un conseil de discipline pour ce jeune, par ailleurs déscolarisé. Mais pour moi, c'est vraiment un échec. Comment ça passera lorsque les jeunes n'auront aucune envie d'être ici ?" s'interroge Hervé Latkowski. Une amertume d'autant plus forte que la prise en charge des décrocheurs scolaires est censée être au coeur du dispositif. 

Pour Louis Boyard, le président de l'Union Nationale Lycéenne, premier syndicat lycéen, opposé au SNU depuis le début : "cette première phase a fait peur à de nombreux jeunes, qui ne se reconnaissent pas dans cet esprit patriotique. On a reçu des dizaines de messages de lycéens inquiets. L'obligation va poser de gros problèmes, car ces premiers volontaires ne représentent qu'une petite partie de la jeunesse !"

Ce vendredi soir, retour en famille pour les 2000 jeunes volontaires.
Ce vendredi soir, retour en famille pour les 2000 jeunes volontaires. © Radio France / Claire Chaudière

Dernière interrogation pour l'équipe pédagogique du centre SNU des Hautes-Pyrénées: comment démultiplier un tel dispositif, sans un appui logistique colossal ? Hervé Latkowski, l'ancien militaire, soupire : "l'armée avait en son temps les ressources humaines et les structures pour accueillir toute une classe d'âge. Reproduire à grande échelle, ce que nous avons réussi à faire au forceps cette année, je ne vois pas comment c'est possible..."

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