Connaissez-vous PEGI ? C'est ce petit chiffre qui indique si un jeu vidéo est réservé aux plus de 3, 7, 12, 16 ou 18 ans. Un indicateur élaboré selon des critères très précis.

C'est dans ce petit bureau que sont testés tous les jeux pour le système PEGI
C'est dans ce petit bureau que sont testés tous les jeux pour le système PEGI © Radio France / Olivier Bénis

France Inter a pu visiter le Nicam, l'institut hollandais qui teste tous les jeux vidéo destinés aux plus jeunes (moins de 12 ans; les jeux pour les plus de 12, 16 et 18 ans sont testés au Royaume-Uni) pour l'ensemble des 38 pays qui adhèrent au programme (PEGI signifie Pan European Game Information).

Les différentes catégories d'âges
Les différentes catégories d'âges © PEGI

Nous sommes à Hilversum, dans un petit bureau perdu à quelque 30 km d'Amsterdam. Le bâtiment est plutôt anonyme, difficile à trouver, et le bureau lui-même est assez éloigné de ce qu'on imagine d'un institut qui a déjà évalué plus de 25.000 jeux. On y trouve des manettes de jeu, des casques de réalité virtuelle et toutes les consoles de jeu existantes à l'heure actuelle, mais ici l'ambiance est plus que sérieuse.

Si vous avez déjà acheté un jeu vidéo, il est sans doute passé ici, au Nicam, avant d'arriver chez vous. Il y a été évalué via un questionnaire d'une trentaine de questions, rempli d'abord par l'éditeur du jeu puis contrôlé sur place. Le Nicam mobilise quatre testeurs de jeux vidéo, dont Ivar Posthumus.

Il y a des questions de toutes sortes, la plupart sur la violence. Tout est classé par catégorie, 18, 16, 12, 7 et 3 et il faut toujours répondre par "oui" ou "non", ça ne laisse aucune ambiguïté sur le contenu. Il y a assez de questions pour correspondre à toutes les situations.

Exemple de questions pour évaluer le PEGI d'un jeu (ici pour les plus de 16 ans)
Exemple de questions pour évaluer le PEGI d'un jeu (ici pour les plus de 16 ans) © PEGI

► DOCUMENT | Le questionnaire complet sur le site officiel de PEGI (PDF)

Les éditeurs bénéficient d'une formation à distance pour apprendre à évaluer précisément les scènes présentes dans leurs jeux. Mais parfois, après un passage en salle de test, on s'aperçoit qu'ils ont sous-estimé l'impact de certaines séquences, ou au contraire qu'ils ont été trop frileux. Cela arrive dans environ 10 à 15 % des cas selon Tim Schellings, lui aussi testeur... C'est là que le véritable travail commence.

"D'abord on regarde une vidéo envoyée par l'éditeur du jeu, qui est censée contenir les séquences les plus extrêmes dans toutes les catégories : vulgarité, violence, discrimination, jeux d'argent, drogue, sexe, et contenu effrayant... Et puis on joue au jeu, pour vérifier si l'éditeur n'a rien oublié. Et enfin on valide l'âge limite attribué au jeu."

Pour accompagner cet indicateur sur l'âge minimum recommandé, PEGI propose aussi des pictogrammes qui précisent pourquoi cette limite a été choisie.

Exemples de pictogrammes indiquant des éléments pouvant choquer dans un jeu vidéo
Exemples de pictogrammes indiquant des éléments pouvant choquer dans un jeu vidéo © PEGI

"On se base toujours sur le pays le plus prudent"

Cette limite est obligatoire pour pouvoir commercialiser un jeu dans l'un des 38 pays européens concernés par le système PEGI. 38 pays et autant de différences culturelles. La note est la même dans tous les pays, mais elle se base toujours sur celui qui est le plus "impressionnable". "Les gros mots, par exemple, c'est totalement inapproprié au Royaume-Uni, alors qu'en Hollande ça ne pose pas de problème", explique Ivar. _"_Du coup, on prévient quand un jeu en contient. Mais ce n'est qu'un conseil ! Ici, en Hollande, les parents diront peut-être "ce n'est pas un souci, on va quand même acheter le jeu". Au Royaume-Uni, ils préféreront le laisser. On se base toujours sur le pays le plus prudent."

► REGARDER | PEGI expliqué en vidéo

Il faut dire que ce petit chiffre n'est pas seulement décoratif : il y a un réel enjeu pour préserver les plus jeunes joueurs de certaines œuvres inappropriées. Tout comme on le fait déjà, avec moins de sévérité d'ailleurs, pour le cinéma. Pour Emmanuel Martin, délégué général du SELL (Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisir, qui participe au PEGI pour la France), cela démontre aussi la bonne volonté des éditeurs de jeux vidéo, très mobilisés sur le sujet.

"Aujourd'hui, l'âge moyen des joueurs, c'est 34 ans, le jeu vidéo c'est pas seulement pour les plus jeunes. Il y a tous les types d'expériences, et parmi ces expériences, il y en a qui ne sont pas à mettre entre toutes les mains. C'est pour ça qu'il y a des PEGI 18, des jeux déconseillés aux moins de 18 ans, qui abordent des thématiques violentes, tout simplement la réalité de notre monde... Il y a vraiment la nécessité d'être vigilant sur ce à quoi les enfants jouent, et c'est pour ça qu'on rappelle ces conseils aux parents."

Le système est en constante évolution : l'arrivée de la réalité virtuelle, par exemple, pose de nouvelles questions sur les expériences proposées par les jeux. Il fait aussi des émules : PEGI s'applique aussi, depuis peu, aux applications pour smartphone.

► ALLER PLUS LOIN | Jean-Claude Ghinozzi : "La réalité virtuelle va marquer les générations futures"

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