Après le Royaume-Uni, c'est l'Allemagne qui souhaite réhabiliter les condamnés pour homosexualité.

Image d'illustration : un câlin derrière le drapeau arc-en-ciel LGBT, Inde, 16 juin 2016.
Image d'illustration : un câlin derrière le drapeau arc-en-ciel LGBT, Inde, 16 juin 2016. © Reuters / Danish Siddiqui

En Allemagne, les homosexuels sont plus de 50 000 à avoir subi de la part de l’Etat des violations insupportables de leurs libertés, parfois emprisonnés, bien après la guerre et le nazisme, au seul motif qu’ils étaient homosexuels. Aujourd’hui, une loi de réhabilitation est enfin prête, elle sera discutée ce vendredi en première lecture au Bundestag.

A Berlin, Heinz a été poursuivi par la justice .Il parle sans haine et sans rancœur, au nom de ceux qui ont subi la même injustice. A 73 ans aujourd’hui, Heinz est resté marqué toute sa vie par ce traumatisme de jeunesse. Au début des années 60, il est tout juste majeur quand la police débarque chez ses parents. Accusé de préférer les garçons, il est poursuivi au nom de l’article 175 du code pénal qui punit l’homosexualité. Il se retrouve alors au tribunal, la peur au ventre.

J’étais seul et terrorisé, je me demandais ce qui allait se passer : allait-on me jeter en prison ? Alors le juge a pris la parole et il a dit : 'Pour ton comportement, nous te condamnons à six mois d’emprisonnement dans un centre de détention pour mineurs'.

Heinz échappera finalement de peu à la prison, mais avec une sérieuse mise en garde. Plus tard, marié et père de deux filles, il gardera cette histoire refoulée pendant des décennies, avant d’oser se joindre au combat de la fondation Magnus Hirschfeld pour obtenir réparation.

Cette démarche a été très importante pour moi… le fait de venir m’associer à d’autres pour faire avancer notre cause. Pas seulement pour moi-même mais pour l’ensemble de la communauté

Jusqu’au début des années 70, des dizaines de milliers d’homosexuels ont été poursuivis, parfois emprisonnés, en vertu de cette loi héritée du 19e siècle et perpétuée par le nazisme. Pourquoi la République Fédérale a-t-elle mis aussi longtemps à tourner la page ? Et ensuite à reconnaitre ses torts ? Jörg Litwinschuh dirige la fondation Hirschfeld :

Cette réhabilitation a pris des décennies, et cela pour deux raisons principales : d’abord, la volonté politique a longtemps manqué. Quels que soient les partis au gouvernement, personne n’a voulu s’y attaquer sérieusement. Et ensuite, il manquait une vraie expertise scientifique et juridique sur le sujet

Le projet de loi prévoit 3000 euros d’indemnisation. Une somme très symbolique, mais l’Etat s’engage par ailleurs à financer le travail de mémoire et de recherche sur cette page sombre de l’après-guerre.

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