Tous les matins, ils sont 4 000 à se retrouver dans ce centre d’accueil catholique de la Divine providence à Cucuta, à l’est de la Colombie à la frontière avec le Venezuela. Quatre mille personnes qui viennent trouver à manger avant de repartir au Venezuela pour la grande majorité.

a file d'attente pour accéder à la Divine Providence, ce centre d'accueil tout proche de la frontière entre la Colombie et le Venezuela, est sans fin.
a file d'attente pour accéder à la Divine Providence, ce centre d'accueil tout proche de la frontière entre la Colombie et le Venezuela, est sans fin. © Radio France / Nahtanaël Charbonnier

C’est presque Dieu en personne qui les accueille. Dès la porte d’entrée le ton est donné. Les portraits du pape François et de Mère Teresa sont affichés, et comme si cela ne suffisait pas, dès qu’un bénéficiaire vénézuélien passe la porte, il reçoit un petit chapelet en plastique. Quelque mètres plus loin c’est le père Esteban qui se tient debout sur une petite estrade. Il y célébrera une sorte d’office accompagné de chants et de prières. Plus loin une sœur veille assise sur une chaise. Elle regarde les dizaines de tables qui sont installées la pour les repas du midi.

Le centre d'accueil distribue des repas aux Venezueliens qui n'ont plus de quoi vivre
Le centre d'accueil distribue des repas aux Venezueliens qui n'ont plus de quoi vivre © Radio France / Nathanaël Charbonnier

La queue a l’entrée est sans fin. Il est à peine 9h30 mais les repas du midi commencent déjà à être distribués. Des assiettes de riz avec du poulet et des pommes de terre. Les bénévoles habillés de jaune s’activent pour remplir les verres et rependent du ketchup sur la nourriture.

Les vénézuéliens eux savourent tout en se dépêchant. Ils savent que derrière eux d’autres attendent leur tour. Sur l’une des tables un petit groupe s’active en mangeant. Une femme coud d’étranges porte-monnaies. En réalité ils sont fabriqués avec des bolívars, la monnaie vénézuélienne. Des billets de 100 Bolívars ou 50 tressés les uns dans les autres. 36 billets sont nécessaires pour fabriquer un porte feuille. La femme montre alors d’autres liasses de billets, ils n’ont plus aucune valeur. On pourrait la croire riche, elle est plus que pauvre en réalité. Ces portes monnaies à 3600 bolívars, elle les vend 1 euro 50. Tout est dit dans un pays où l’inflation a atteint 1 370 000% en 2018.

Ce porte-monnaie est cousu en bolivars, la monnaie du Venezuela, qui ne vaut plus rien
Ce porte-monnaie est cousu en bolivars, la monnaie du Venezuela, qui ne vaut plus rien © Radio France / Nathanaël Charbonnier

Sur la table d’à côté un homme lui aussi déjeune un panier à la main. Il explique qu’il vend des sucettes pour tenter de gagner de l’argent. Pour se loger il faudrait qu’il écoule l’ensemble de sa marchandise, mais rien n’est moins sûr et qui sait où il dormira ce soir. On pourrait parler aussi de cette jeune fille de 19 ans, enceinte de 8 mois et qui vient se faire soigner de ce côté-ci de la frontière, car au Venezuela ce n’est pas possible. L’année dernière elle a fait une fausse couche et ne souhaite pas que cela se reproduise. Et puis il y a encore cette famille venue chercher des médicaments pour leur bébé malade. On pourrait aussi raconter le voyage à venir de ce couple avec ses deux enfants qui espère rejoindre le Pérou parce qu’ils ne croient plus dans l’avenir de leur pays.

Les repas servis à la Divine providence
Les repas servis à la Divine providence © Radio France / Nathanaël Charbonnier

La liste est sans fin. Plus les heures passent et plus les histoires touchent le cœur de ceux qui les croisent. Les questions ne trouvent plus de réponses pour tenter de décrire ce qui n’a plus de sens. La souffrance est partout et pourtant il n’y a pas de plaintes, juste du courage et de la dignité.

La bénédiction de Père Esteban, pour rappeler à ces âmes que Dieu ne les oublie pas
La bénédiction de Père Esteban, pour rappeler à ces âmes que Dieu ne les oublie pas © Radio France / Nathanaël Charbonnier

Les repas finis, les femmes, les hommes, les couples, les enfants, les familles repartent. Avant de franchir le seuil de la Divine providence, un dernier passage semble inévitable. La bénédiction du père Esteban qui d’un mouvement de main tente de rassurer ses fidèles, en leur disant que Dieu ne les oublie pas. 

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.