Une fouille archéologique préventive a permis, à Aleria, en Corse, de découvrir une vaste nécropole romaine mais également une chambre funéraire étrusque quasi intacte. Elle atteste de l'influence de cette civilisation il y 2 500 ans sur l'Île de Beauté.

La découverte de cette nécropole sous des vestiges romains atteste de la présence de la civilisation étrusque en Corse il y a 2 500 ans.
La découverte de cette nécropole sous des vestiges romains atteste de la présence de la civilisation étrusque en Corse il y a 2 500 ans. © Inrap

En ce temps-là, Aleria était en bord de mer, à une centaine de mètres du rivage. C'était une ville portuaire en contact avec d'autres civilisations méditerranéennes dont les Étrusques. Ce peuple a vécu au centre de l'Italie à partir du IXe siècle avant Jésus-Christ et a étendu son influence jusqu'à la Corse. 

Le chantier de fouilles d'Aleria a permis de découvrir près de 200 tombes et plusieurs milliers d'objets
Le chantier de fouilles d'Aleria a permis de découvrir près de 200 tombes et plusieurs milliers d'objets / Inrap

Dans les années 60, une campagne de fouilles menée par Jean Jéhasse avait permis de mettre au jour près de 180 tombes et 4 000 objets, dont une partie est aujourd'hui présentée au musée antique d'Aleria. "C'est la plus riche collection française d'objets étrusques" selon le directeur de l'Institut national de recherches en Archéologie Préventive, Dominique Garcia. Un art raffiné, des pots, des cruches reconnaissables par leurs couleurs rouges et noires notamment, inspirées des Grecs.

La zone regorge de pots et cruches à la conception et la décoration raffinées, inspirées des Grecs
La zone regorge de pots et cruches à la conception et la décoration raffinées, inspirées des Grecs / Inrap

Depuis l'été dernier, c'est le jardin d'un particulier que fouillent les archéologues. Une campagne préventive a permis dans un premier temps de mettre au jour une nécropole romaine avec 130 tombes enchevêtrées puis, sous ces premières couches, une chambre funéraire. On y accédait par un escalier et un long couloir. Au bout, une alcôve d'un mètre cube. C'est là que les archéologues de l'INRAP ont découvert un squelette et des objets relatifs à un banquet. "Vous voyez le crâne et son bras. Le corps est allongé sur le côté" commente Laurent Vidal, le responsable de la fouille. 

Cette découverte est "exceptionnelle pour la Corse" pour sa collègue Catherine Rigeade, anthropologue à l'INRAP "car la tombe n'a pas été pillée et pour la première fois, il va être possible d'utiliser des techniques modernes". C'est en effet tout l'espoir de cette équipe à pied d'oeuvre depuis l'été dernier : apporter un regard global sur la nécropole et compléter les connaissances du siècle dernier, en exploitant des informations inaccessibles avec les techniques de l'époque. De nombreux spécialistes interviennent en même temps. 

Sous la nécropole romaine se trouve une chambre funéraire étrusque.
Sous la nécropole romaine se trouve une chambre funéraire étrusque. / Inrap

Outre l'étude du défunt (âge, sexe, état de santé, position anatomique) l'équipe se penche sur l'organisation de la sépulture. Quels objets déposés ? De quelle façon ? Ces disques verts, s'agit-il de miroirs ou de simples couvercles en bronze ? Y aura t-il des bijoux sur la dépouille ? Les cruches décorées et les petits pots noirs qui affleurent du sol, encore partiellement dégagés, seront scrutés pour livrer tous leurs secrets. "On publie beaucoup sur les contenants mais nous, nous espérons pouvoir dévoiler le contenu de ces pots" détaille Laurent Vidal. Contenaient-ils de l'huile, du miel, du vin, du parfum ? Autant de détails qui permettront d'enrichir les connaissances sur les pratiques funéraires étrusques, selon Dominique Garcia.

Pour l'heure, il faut stabiliser ces objets. C'est le rôle de Marina Biron, conservatrice et restauratrice à l'INRAP. "Il faut faire vite car après 2 500 ans sous terre, ces objets n'aiment pas les différences de température ou d'hygrométrie" précise t-elle. Déjà, des traces blanches posent question. S'agit-il de pigments ou de traces de salpêtre ? Au cours des prochains jours, les derniers pour ce chantier, cette tombe sera vidée de ses objets et c'est au laboratoire que se poursuivront le nettoyage et la préservation. "On ne veut pas ramasser les tessons, cela fait perdre du temps" précise Marina Biron. Même si certaines poteries ont basculé au cours du temps et se sont brisées, "on va tenter de les prélever en l'état pour garder toutes les informations en vue du traitement ultérieur".  

Cette fouille, qui n'aura que peu retarder les travaux de construction du propriétaire du terrain, signe le dynamisme actuel de l'archéologie corse où 80 fouilles ont lieu par an. Entièrement financée par l'état (1,4 million d'euros), elle permet de redécouvrir le rôle d'Aleria, capitale antique de l'île et d'actualiser cette page d'histoire de la Corse.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.