Les européens ne sont pas les seuls à s'interroger sur les effets du CETA. Au Canada aussi, des voix s'élèvent, notamment chez ces producteurs de fromage inquiets.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau au sommet Canada- UE pour la signature du traité CETA, Bruxelles, Belgique, 30 octobre 2016.
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau au sommet Canada- UE pour la signature du traité CETA, Bruxelles, Belgique, 30 octobre 2016. © Maxppp / VIRGINIA MAYO/ POOL/EPA/Newscom

On sait que cela va faire très mal. Il va y avoir des perdants, il va y avoir des guerres de prix. Et c’est clair qu’actuellement, on va être les premiers pénalisés. C’est complètement utopique de penser qu’on va être en mesure de concurrencer ces produits-là.

Nous sommes à Montréal, et vous venez d'entendre Louis un fromager canadien inquiet. En effet, l’entrée en vigueur prévue en 2017 de l’accord de libre-échange Europe-Canada ne fait pas seulement peur aux Européens, les producteurs canadiens aussi s'alarment. Ce producteur de fromage au lait cru de la région de Québec craint les conséquences de l’arrivée progressive de plus de 17 000 tonnes de fromages européens détaxés sur ce secteur agroalimentaire. Lui qui a travaillé d’arrache-pied pour développer un intérêt des consommateurs pour ce type de produit a peur de faire les frais du CETA. Le reportage de Pascale Guéricolas.

Pendant longtemps, le cheddar industriel a trôné sur la table des Québécois. Jusqu’à ce que les producteurs artisanaux du Québec investissent temps et argent pour former le goût des consommateurs à un fromage différent. Louis Arsenault, de la fromagerie Grondines, craint d’avoir travaillé pour ses concurrents européens.

C’est nous en tant qu’artisans qui avons travaillé, et continuons de travailler d’arrache-pied pour développer notre marché, pour se tailler une place dans les fromages fins artisanaux. Et là, ce que le gouvernement canadien fait, il dit, vous avez fait une belle job, on vous donne une tape sur l’épaule, mais on va donner ça aux Européens. Et des fromages européens, c’est pas des fromages qui nous viennent des Alpes italiennes, françaises, suisses. C’est souvent des fromages qui sont faits en masses importantes, qui nous viennent d’industriels, qui rentrent à un prix de 10 ou 12 dollars le kilo, livrés au Port de Montréal.

D’ici quelques mois, des milliers de tonnes de roquefort, de parmesan, de brie vont arriver au Canada sans les surtaxes qui permettaient aux artisans fromagers québécois de résister face à cette concurrence. Selon l’économiste Stéphane Paquin, de l’École d’administration publique, il faut prendre conscience des bénéfices globaux pour le Québec de cet accord commercial.

Pour le Québec naturellement, à l’extérieur du modèle américain, c’est vraiment l’Europe qui est le partenaire de choix. Puis, il y a une autre raison pour laquelle les Québécois n’ont pas peur du libre-échange avec l’Europe, c’est qu’on ne voit pas le modèle social américain comme représenter un danger pour nos propres programmes sociaux. Alors que négocier avec des pays sous-développés ou des pays comme la Chine ou l’Inde, nous indique qu’on pourrait avoir de la difficulté à maintenir notre État-Providence à un niveau élevé, alors qu’avec l’Europe ce type d’argument-là n’a pas beaucoup de poids dans l’opinion publique.

Selon l’économiste, qui donnait une conférence sur les accords commerciaux, le Québec pourra désormais exporter davantage de produits culturels vers l’Europe. Tout en bénéficiant des compétences de travailleurs plus spécialisés venus du Vieux-Continent, grâce aux accords sur la main-d’œuvre.

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