En minimisant la part de responsabilité des Hongrois dans la déportation de centaines de milliers de juifs, Viktor Orbán réveille la mémoire des descendants des survivants.

Viktor Orban
Viktor Orban © Getty / Bloomberg

Il y a presque 60.000 pavés maintenant, dans 20 pays d’Europe ! Mon idée, c’est de mettre ces pavés dans tous les pays où les nazis allemands sont entrés et où les pires atrocités ont été commises.

Nous sommes à Budapest et vous venez d’entendre l’artiste allemand Gunter Demnig. Cet artiste s’est fait connaître en déposant des « stolper seine », des petits pavés de bronze devant les immeubles où vivaient des juifs avant d’être exterminés. En Hongrie, ce travail de mémoire s’oppose à la politique ultranationaliste de Viktor Orban qui minimise la responsabilité des autorités hongroises dans le massacre d’un demi-million de juifs. Il a fait ériger un monument qui met sur le même plan les souffrances de la population et celles des Juifs hongrois. Une provocation de plus venant de Budapest alors que la politique de Viktor Orban frôle le non-respect des droits de l'homme . Pour lutter contre ce déni de mémoire et la réécriture du récit national, les hongrois commencent à faire appel à Gunter Demnig.

Reportage à Budapest de Florence La Bruyère

Nous sommes dans le quartier juif de Budapest. Agenouillé devant la porte d’un immeuble, Gunter Demnig perce un trou dans le trottoir. Il y pose un pavé en bronze, sur lequel sont gravés ces mots : « Samuel Perz a vécu dans cette maison. 1877-1944. »

C’est mon grand-père. Je ne l’ai jamais connu parce qu’il a été assassiné dans un camp de travail en 1944. Nous ne connaissons pas la date exacte. Et c’est pourquoi nous avons mis cette pierre, pour la mémoire du grand-père jamais connu.

Pour Julia Vasarhelyi, qui a voulu rendre hommage à son grand-père, cette œuvre de mémoire est importante. Car selon elle, la droite au pouvoir (Fidesz, parti des Jeunes démocrates) et le parti d’extrême-droite (Jobbik, Mouvement pour une meilleure Hongrie) veulent réécrire l’histoire de la Hongrie :

Ils disent que ce n’était pas comme ça, ce n’était pas les Hongrois qui l’ont fait, c’était les allemands…

Aranka, 75 ans, habite dans cette maison où a vécu Samuel Perz. La vieille dame accepte avec bonne humeur l’installation du pavé devant la porte de son immeuble :

- C’est une belle invention… Une belle idée, oui ! Mais j’aimerais pas que ça me fasse trébucher ! (rire) Julia - Non, pas de danger, le pavé ne dépasse pas. Vieille voisine - Ah d’accord… Remercions le ciel pour cette belle action.

Inviter le passant à réfléchir sur le sort des victimes qui ont vécu dans ces maisons, c’est le but de l’artiste allemand Gunter Demnig :

Un jour, je faisais une installation en Allemagne devant des lycéens. Un journaliste a dit : c’est dangereux, ça peut faire tomber les gens ! Un écolier lui a répondu : on ne tombe pas, on trébuche avec la tête et avec le cœur.

Jusqu’ici Gunter Demnig a posé plus de 300 stolper steine en Hongrie. Ces pavés de la mémoire sont bien acceptés. Seuls 3 d’entre eux ont été vandalisés, pas plus que dans d’autres pays européens.

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