Le gouvernement a annoncé lundi de nouvelles mesures pour venir en aide aux agriculteurs victimes de la sécheresse. Il a ainsi porté de 30 à 60 le nombre de départements dans lesquels les agriculteurs seront autorisés à faucher leurs jachères pour pallier le manque de fourrage et nourrir les bêtes.

 Cyrille Milard est céréalier en Seine-et-Marne et également président de la FDSEA du département devant une meule de paille prête à être expédiée
Cyrille Milard est céréalier en Seine-et-Marne et également président de la FDSEA du département devant une meule de paille prête à être expédiée © Radio France / Manuel Ruffez

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a par ailleurs appelé les agriculteurs à faire preuve de solidarité entre eux, souhaitant voir des échanges se mettre en place entre les départements qui disposent de fourrages et ceux qui en manquent. C'est exactement ce qui est en place cette année entre des céréaliers de la Seine-et-Marne, et une trentaine éleveurs de la Lozère et de l'Allier.

Il suffit de faire quelques pas, de sortir de sa ferme, et là, au bout de son champ, les pieds dans ses chaumes de blé fraîchement récolté, on aperçoit vite une meule de paille, haute comme une maison, un empilement de ballots prêts à être expédiés. Il y a là environ 50 tonnes de paille, calcule approximativement Cyrille Milard, qui est céréalier en Seine-et-Marne, au coeur de la Brie, dans le Bassin Parisien, mais également président de la FDSEA du département. À lui seul il en a produit cette année 300 tonnes, mais avec une trentaine de ses collègues également mobilisés, il en revendique presque 1 500 tonnes au total. 

Pourquoi ? Et bien pour venir en aide à une trentaine éleveurs, de la Lozère et de l'Allier, qui aujourd'hui, à cause de la sécheresse, doivent déjà puiser, pour nourrir leurs bêtes, dans leurs stocks de fourrages prévus pour l'hiver. L'année dernière ils avaient déjà appelé à l'aide, se souvient Cyrille Milard, amais trop tard. Cette année, en anticipant, céréaliers et éleveurs ont contractualisé pour que tout le monde d'y retrouve. "Dans nos régions, on n'a pas beaucoup d'élevage" précise Cyrille Milard, "alors la paille, on a l'habitude de la broyer, dans nos champs directement, pour nourrir nos terres. Là on a anticipé pour que ça serve aux éleveurs à faire des stocks pour l'hiver".

Un prix d'ami

La paille est vendue 22 euros la tonne, au départ de la ferme, mais à charge ensuite aux éleveurs le coût du transport et d'autres opérations de préparation, pour atteindre un montant total d'environ 100 euros la tonne. Avec la spéculation, les prix peuvent flamber jusqu'à 200 euros, certains éleveurs étant même obligés de se fournir à l'étranger.

Fauchage des jachères : bonne idée, mais trop tard

En revanche, quand on évoque avec Cyrille Milard l'autorisation de faucher les jachères étendue lundi par le ministre de l'Agriculture à près de 60 départements, Cyrille Milard reprend vite sa casquette de syndicaliste FNSEA : "Evidemment c'est une bonne idée", reconnait-il, "on le réclame depuis deux mois, mais maintenant c'est bien trop tard. Le ministre aurait mieux fait de ne pas perdre son temps à aller négocier avec l'Europe. Il y a encore un mois, ça avait du sens de donner l'autorisation à des régions où il y avait encore de l'herbe, aujourd'hui, même ici, après deux canicules, il n'y a plus d'herbe nulle part !".

"Il fallait se réveiller plus tôt" conclut Cyrille Millard, qui y voit encore là une déconnexion entre les services de l'État et le monde agricole.

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