L'Australie garde toujours un rapport difficile avec son passé et avec la colonisation des terres aborigènes. Un pas historique s'apprête à être franchi.

Quand il a été question d'un traité, nous étions pleins d'espoir, parce que nous n'avions jamais cédé notre souveraineté - c'est toujours une occupation illégale. Nous avons subi un génocide.

Nous sommes en Australie, à Melbourne, la capitale de l’État du Victoria. Et la femme que vous venez d'entendre est Lidia Thorpe, une Aborigène qui suit de près les négociations d'un traité entre les Premiers Australiens et le gouvernement de centre-gauche du Victoria. C'est une première historique pour l'Australie. Car 200 ans après, l'arrivée des Britanniques, il n'y a toujours pas de document officiel qui reconnaisse l'impact de la colonisation et organise les relations entre les autochtones et le reste de la population (contrairement au Canada ou en Nouvelle-Zélande). La semaine dernière, inspirés par l'exemple du Victoria, les représentants de tous les peuples aborigènes réunis en congrès ont réclamé l'ouverture de négociations en vue d'un traité national. En attendant la réponse du gouvernement fédéral, c'est donc l’État du Victoria qui ouvre la voie et sert de laboratoire. Caroline Lafargue a suivi les dernières consultations à Melbourne.

Au Palais des Congres de Melbourne, le meneur des consultations, Richard Frankland, lit le règlement aux 200 Aborigènes présents: respectez les anciens, pas de propos injurieux, pas d'alcool ni de drogues. L'ambiance est tendue, et c'est normal: les délégués doivent constituer un organe représentatif, qui sera l'interlocuteur du gouvernement pour négocier le traite. Seulement voilà: qui sont les représentants légitimes des 38 000 indigènes du Victoria? Impossible de répondre pour le moment, il faut inventer un modèle nouveau... car les liens familiaux et claniques ont été cassés par 200 ans de colonisation. Reste que, dans la salle, tous sont d'accords sur les objectifs généraux du traité. Lidia Thorpe:

Nous voulons les moyens de réapprendre nos langues indigènes, et puis nous voulons la rétrocession de terrains publics qui ne sont pas utilisés. Et enfin, nous voudrions toucher un pourcentage du PIB du Victoria. Comme ça nous aurions notre propre revenu, plutôt que de demander des subventions au gouvernement. Nous voulons être sur un pied d’égalité, car nous sommes un peuple souverain.

Pour le gouvernement du Victoria, pas question d'accorder une souveraineté politique, mais plutôt de donner aux Aborigènes les moyens d'administrer leurs services sociaux. Et la ministre des Affaires indigènes n'est pas contre la restitution de certains terrains publics. Natalie Hutchins:

Oui c'est possible, de même que nous pourrions garantir l'accès des indigènes aux cours d'eau navigables, ou lever des interdictions de chasse traditionnelle, bref il y a énormément de changements proposés et qui seront étudiés.

La négociation du traité prendra encore des années, et la ministre s'attend à des résistances importantes dans la société australienne du Victoria.

Les gens me demandent déjà des choses comme: “est-ce que je serai force de rendre mes œuvres d'art aborigènes si on signe un traite?”. Est-ce qu'il faudra rendre nos terres, nos parcs naturels, etc.? C'est le genre de fantasmes qui courent et que je m'emploie à réfuter. Ce traité, c'est un partenariat respectueux en vue de la réconciliation.

Une réconciliation inscrite dans un traité, qui permettra peut-être enfin de refermer les plaies ouvertes par la colonisation. Aujourd'hui encore, les Aborigènes vivent nettement moins bien que les autres Australiens: espérance de vie, taux d'incarcération des jeunes, taux de suicide, de chômage, de dépendances aux drogues et à l'alcool... tous les indicateurs sont au rouge.

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