L'intransigeance de Donald Trump envers les immigrés, avec de nouvelles menaces contre les "villes sanctuaires" accélère un fort mouvement de retours pour les émigrés mexicains.

Mexico
Mexico © AFP / RONALDO SCHEMIDT

De nouveau libre dans mon pays… Le rêve américain, c’est fini pour moi. Ici c’est mon pays et… je vais essayer de refaire ma vie ici, au Mexique.

Nous sommes à l’aéroport de Mexico et vous venez d’entendre Daniel, un migrant de 35 ans, expulsé après avoir passé quinze ans aux États-Unis. Libres dans leur pays, après avoir été emprisonnés aux États-Unis, c’est le sort des migrants mexicains sans papiers qui sont expulsés par les autorités américaines. Donald Trump a promis de “déporter”, selon le langage administratif en vigueur aux États-Unis, entre deux et trois millions de sans-papiers, en priorité des Mexicains, ayant des antécédents criminels. Il y a deux jours encore, le principe même des villes sanctuaires des immigrés a été une nouvelle fois remis en cause. Plus de six millions de citoyens de ce pays vivent en situation irrégulière aux États-Unis. En rentrant dans leur pays, ils sont bien souvent séparés de leur famille, et de leurs enfants nés du côté américain. Reportage d’Emmanuelle Steels à l’aéroport de Mexico, où arrivent les migrants expulsés…

Trois avions atterrissent chaque semaine à l’aéroport de Mexico, avec à leur bord, une centaine de migrants renvoyés des États-Unis. Et contrairement à ce qu’affirment les autorités américaines, ce ne sont pas des criminels. Rafael a 34 ans, dont vingt ans passés aux États-Unis. Il tentait de régulariser sa situation. Mais son dernier rendez-vous avec les autorités était un piège : il a été arrêté et emprisonné pendant un mois. Sa femme et ses trois enfants sont restés là-bas.

Après vingt ans là-bas, en réalité je n’ai pas l’impression d’être ici dans mon pays… Mais je devrai m’adapter. Là-bas, il y a très peu d’opportunités pour les migrants maintenant. C’est beaucoup plus difficile de passer la frontière et de vivre aux Etats-Unis. On nous emprisonne et non, vraiment, je ne veux plus revivre cela. Je vais essayer de faire quelque chose ici... Je ne sais pas… Je dois m’occuper de ma famille, alors quoi bon me faire arrêter une nouvelle fois ?

Certains migrants sont accueillis par leurs familles…Ou par des membres de leurs familles qu’ils n’ont jamais rencontrés. María est venue attendre son neveu de 26 ans, qui avait émigré à l’âge de huit ans. Même si sous la présidence de Barack Obama, il y a eu près de trois millions d’expulsions vers le Mexique, cette femme est convaincue que ce sera pire avec Donald Trump.

Je crois que tout cela arrive à cause du nouveau président. C’est forcément à cause de lui : il y a tant de gens qui sont expulsés! J’ai dit à ma famille de revenir au Mexique, car la situation va empirer là-bas. Mais pour nous qui sommes ici, c’est vraiment dur aussi, c’est une souffrance partagée avec ceux qui sont là-bas. Et pour mon neveu, ce sera vraiment compliqué de s’adapter à la vie ici.

S’adapter à la vie ici, et faire venir leur famille de là-bas, ce sont les principales préoccupations des Mexicains renvoyé dans un pays qu’ils ne connaissent plus.

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