Vous avez peut-être déjà entendu l’expression « cerveau reptilien » qui fait référence à sa dimension la plus archaïque, le siège de nos émotions et pulsions élémentaires… Mais qu'est-ce que le cerveau reptilien?

Le cerveau reptilien existe-t-il ?
Le cerveau reptilien existe-t-il ? © Getty / PM Images

Nos désirs immédiats, le principe de plaisir serait guidé par notre cerveau émotionnel, et en particulier le noyau cérébral que l’on appelle le striatum… 

Comment est-il possible de lutter contre la toute-puissance de ce cerveau émotionnel archaïque qui guide certains comportements comme l’intolérance à la frustration, l’égocentrisme, les incivilités, l’hyperconsommation, certaines addictions ou encore le déni environnemental. 

Et puis nous verrons si le cerveau reptilien existe vraiment et s’il s’agit d’une erreur scientifique qui perdure dans le domaine de la psychologie par exemple ? 

Pour en parler, Ali Rebeihi reçoit :

  • Didier Pleux, psychologue, Comment échapper à la dictature du cerveau reptilien ed.Odile Jacob
  • Sébastien Bohler, rédacteur en chef de Cerveau et psycho
  • Choses vues de Christophe André
  • Marie-Laure Zonszain, Femme actuelle

Et en dernière partie d'émission, pour la Fête de la radio (100 ans!) : coup de projecteur sur la plus ancienne émission de la radio, qui fait tant de bien à nos neurones, "Le Masque et la Plume" en compagnie de l’ami Jérôme Garcin. 

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission (en cours)

Le cerveau reptilien existe-t-il vraiment chez l'homme ? 

Le sociologue Sébastien Merle, qui publie au CNRS Editions "Le cerveau reptilien" écrit à ce sujet : "La théorie du cerveau reptilien présente un intérêt à la fois par sa validité scientifique très passagère, et par l'écho important qu'elle a malgré tout rencontré, au point de muter dans les productions culturelles et certaines pratiques sociales, en quelque chose de plus en plus éloigné de sa signification d'origine". 

Sébastien Bohler confirme : "Le cerveau reptilien est un concept qui remonte aux années 1950, quand on a commencé à imaginer que le cerveau était constitué de couches plus ou moins profondes et donc plus ou moins anciennes. Ça a eu beaucoup de succès et ça fait référence à toute forme de comportement qu'on associe aux reptiles : la froideur, le manque d'empathie, la prédation. Il se trouve que neurobiologiquement, on n'a pas forcément vraiment, au sens propre, un cerveau reptilien. Le cerveau humain a des zones profondes qui donnent des désirs, des pulsions, mais qu'on ne retrouve pas à l'identique chez les reptiles". 

Or, c'est une théorie qui a été forgée par le neuroscientifique Paul MacLean dans les années 1960. Cette théorie insiste sur le caractère inné des comportements agressifs de notre espèce humaine

Quoique rejetée par les spécialistes des théories évolutionnistes de la formation du cerveau humain, elle est toujours en vogue dans certains cercles académiques et encore davantage dans les cercles extérieurs à la recherche

- Sébastien Lemerle

Christophe André : "Au XIXe siècle, on pensait qu'il y avait une zone de l'intelligence, une zone de la lecture et une zone de telle ou telle émotion. Et plus on avance dans la connaissance du cerveau, plus on s'aperçoit que c'est un ensemble de zones qui sont interconnectées de façon très complexe : 

  • quand je ressens une émotion : ça mobilise la zone du cortex auditif, 
  • j'ai entendu un bruit : le cortex préfrontal, 
  • j'interprète ce que peut signifier ce bruit : l'amygdale cérébrale
  • ... 

C'est d'une complexité qui va croissant au fur et à mesure que nos connaissances vont croissant. […] Ce qui est vraiment intéressant, c'est que les théories scientifiques ont une durée de vie. À un moment donné, ce sont des outils qui nous permettent de comprendre quelque chose. Quand MacLean a formulé son hypothèse dans les années 1960, ça nous a aidés à comprendre que finalement, c'était compliqué de contrôler nos émotions parce que nous avions toute une partie du cerveau qui était dédiée à les faire vivre, à les faire s'exprimer, à nous mettre en action pour leur obéir - et que donc la volonté ne suffisait pas. Il fallait aussi comprendre comment tout ça marchait : 

observer et accepter, finalement c'était ça l'enjeu, la part animale en nous, au lieu de penser qu'elle était définitivement derrière nous et que nous l'avions dominée.

Peut-on résister aux injonctions du striatum ?

Didier Pleux a publié "Le bug humain", où il explique le fonctionnement du striatum, cet espèce d'organe qui veut qu'on veut toujours plus à manger, toujours plus de sexe, toujours plus de grosses voitures parce qu'il libère de la dopamine. Il raconte : "À chaque fois après mes conférences, des gens viennent me voir et me disent : "Maintenant, je sais que quand il y a le Black Friday, je me jette sur ma carte bleue à cause du striatum et ça me permet de prendre de la distance, de me demander "Est ce que j'ai envie d'être esclave de ce machin au fond de moi ?" Et donc, je résiste. Et je sais que je résiste grâce à mon cortex préfrontal. Ce paysage cérébral est un outil pour le libre arbitre et ça, c'est très important". 

Sébastien Bohler schématise le cerveau humain : "Il faut imaginer le cerveau comme un oignon : il y a des couches. 

  • La couche externe, c'est le cortex cérébral qui est très développé chez Homo sapiens. Il fait quelques millimètres d'épaisseur, qui est comme un feuillet tout plissé. 
  • Puis, si vous descendez au centre du cerveau, vous avez cet organe rebondi qui s'appelle le striatum, et qui lui produit une molécule qui s'appelle la dopamine et qui donne du plaisir. 

Le striatum nous donne de la dopamine dans un certain nombre de situations qui correspondent aux comportements qu'on faisait quand on était encore des Homo erectus dans la savane et que ça nous permettait de survivre : manger, se reproduire, acquérir du statut social, trouver des informations pour survivre et minimiser ses efforts -  c'est une loi pour survivre en milieu hostile". 

Comment apprendre à résister ? 

Sébastien Bohler : "Vous en faites l'expérience quand vous avez envie d'une pâtisserie alléchante et que vous vous dites "Non, il faut que je garde la ligne" : là, c'est votre cortex préfrontal faire un effort et d'attendre. 

C'est ce qui vous permet de maintenir une représentation mentale sur la durée : un étudiant à qui ses copains disent "Viens, on va faire un babyfoot" et qui se dit "Non j'ai mes partiels, il faut que je travaille". C'est son cortex préfrontal qui visualise l'objectif à long terme et qui, par le biais de fibres de substance blanches, des neurones à longue distance qui vont aller du cortex préfrontal vers le striatum, inhibe l'action du striatum pour dire "Non, tu attendras parce que c'est dans ton intérêt futur". 

Et cette capacité d'inhibition, elle se muscle. Elle se développe par l'exercice, par l'éducation des parents qui disent à un enfant "Non, ne te jette pas sur ta Playstation tout de suite en rentrant de l'école" l'entraînent à supporter ce moment d'attente et à muscler ses fibres de substance blanche.

Nous ne sommes pas tous égaux face à ce striatum 

Sébastien Bohler : "Il y a des différences génétiques dans la structure des molécules qui captent la dopamine. Il y a des gens qui vont avoir plus d'appétence pour l'immédiateté, pour le risque, pour les comportements d'extraversion, la recherche de substances : ça, ce sont les différences innées. 

Et puis, il y a d'immenses différences éducationnelles. C'est vraiment là que se place le curseur. 

Si on a été habitué à avoir "tout, tout de suite", c'est extrêmement difficile de revenir en arrière. Il y a des programmes de rééducation pour réapprendre la patience, l'attente, mais c'est très difficile - surtout que c'est civilisationnel. 

C'est un projet civilisationnel parce que l'économie fonctionne grâce à l'immédiateté. Toute l'industrie du numérique, des transports, de l'informatique, des plats cuisinés, de la livraison dans la journée, de tout ce que vous voulez, c'est quelque chose qui vous propose tout tout de suite. Là, ça affaiblit vos fibres nerveuses de la patience. Et donc, vous vous tournez encore plus vers le prochain produit qui va vous donner tout encore plus vite. On est dans la spirale de l'accélération". 

Christophe André ajoute : 

La neuroplasticité a confirmé que nous ne pouvions pas seulement décider de moins manger, de faire plus d'exercice, etc. Mais que nous devions le pratiquer très régulièrement pour modifier nos circuits cérébraux

La suite à écouter ;)

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