Une idée reçue popularisée par la littérature, le cinéma ou les séries voudrait que "la schizophrénie soit dotée d’une double personnalité". Une idée fausse qui alimente les représentations négatives de cette maladie.

La schizophrénie, loin des idées reçues
La schizophrénie, loin des idées reçues © Getty / Jonathan Knowles

Coup de projecteur sur cette psychose pendant laquelle le patient perd contact avec la réalité. Longtemps mystérieuse, cette maladie est désormais mieux comprise. Ce qui permet de mieux la traiter. Nous verrons quels sont les facteurs de la schizophrénie, quel est le diagnostic mais aussi les symptômes qui doivent alerter, quelle est la prise en charge, quels sont les meilleurs traitements.

Existe-t-il des liens entre l'inflammation générale du cerveau et cette maladie ? Et puis comment aider les proches à mieux comprendre cette pathologie psychiatrique ?

On s'intéressera également aux nouvelles thérapies.

Une émission, ce matin, en partenariat avec le mensuel Cerveau & Psycho.

Nous attendons toutes vos questions sur la schizophrénie au 01 45 24 7000, sur l’appli France Inter et sur la page Facebook de GBVF. Vous retrouverez bien sûr les questions toujours pertinentes de Marie-Laure Zonszain de Femme Actuelle et la chronique Choses vues de notre psychiatre Christophe André. 

Avec nos invités pour en parler

  • Sébastien Bohler, directeur de la rédaction de Cerveau & Psycho
  • Nicolas Franck, psychiatre, docteur en sciences cognitives, chercheur et professeur de médecine à l'université Claude-Bernard-Lyon-I. Il exerce au centre hospitalier Le Vinatier en banlieue de Lyon et a notamment publié La schizophrénie : la reconnaître et la soigner - Editions Odile Jacob, 2016.
  • Mathieu Urbach, psychiatre, responsable du centre expert schizophrénie au Centre Hospitalier de Versailles André Mignot.
  • Marie-Laure Zonszain, responsable du service Actualités au magazine Femme Actuelle
  • Christophe André

On estime à 500 000 environ le nombre de Français touchés par cette pathologie, avec un impact sur les proches, la famille, les amis. Selon l'OMS, la schizophrénie serait l'une des dix causes majeures d'invalidité dans le monde. 

Il existe non pas une, mais des schizophrénies.

- Professeur Nicolas Franck

Définition de la schizophrénie

Le Professeur Nicolas Franck explique que "c'est un trouble hétérogène qui se caractérise par la présence de manifestations qui appartiennent à trois dimensions : 

  • Une dimension positive (distorsion de la réalité, avec des perceptions qui ne sont pas basées sur des ressentis réels, c'est ce qu'on appelle des hallucinations, une interprétation du monde qui n'est pas fondée sur la réalité, un délire),
  • Une dimension négative, ou l'impossibilité de ressentir, de faire, de penser certaines choses par rapport aux autres en général,
  • Une dimension "désorganisation", soit l'impossibilité de construire correctement sa pensée, son comportement.

La schizophrénie souvent stigmatisée par le mythe de "la double personnalité dangereuse"

Mathieu Urbach : "Une fausse représentation qui joue énormément dans la stigmatisation de la schizophrénie et qui fait que les gens sont moins bien pris en charge, plus tardivement. Au point que certaines personnes se disent qu'elles ne peuvent pas être atteintes de schizophrénie puisqu'elles pensent que le schizophrène est forcément dangereux. Une représentation à déconstruire, qui est liée à la culture populaire qui s'appuie sur cette espèce de mythe de la personne folle qui va être forcément dangereuse". 

Sébastien Bohler : Une image très prégnante qui consiste à penser que quand une personne fait un délire, elle est forcément différente et traduit systématiquement deux personnalités. Il y a aussi la confusion avec la bipolarité, cette vieille tradition de l'homme double qu'on retrouve aussi dans la littérature. 

Tout cela a mis du temps à être analysé de façon rationnelle à travers les neurosciences et les techniques d'analyse du génome. La schizophrénie souffre d'un lourd passif.

Une psychose ou une névrose ?

MU : "Il faut d'abord savoir que l'étude des maladies psychiatriques se divise souvent en deux grands ensembles : les névroses et les psychoses. La schizophrénie peut être les deux à la fois, ou l'une ou l'autre : 

Dans la névrose, la personne identifie qu'elle est malade et garde un lien avec la réalité. Elle voit que sa maladie est en contradiction avec ses valeurs ou ce qu'elle aimerait faire dans la vie. 

Dans les troubles psychotiques, l'idée, c'est qu'il y a une perte de contact avec la réalité, des idées délirantes. Par exemple, des hallucinations ou des perceptions de choses qui n'existent pas et que, par ailleurs, la personne n'a pas conscience que ces phénomènes sont dus à une maladie.

Les 3 symptômes de la schizophrénie : positifs, négatifs et ceux liés à la désorganisation

  • Symptômes positifs 

MU : "Les symptômes positifs caractérisent quelque chose en plus par rapport au fonctionnement habituel de l'esprit, le fait de percevoir quelque chose en plus que les autres (hallucinations, délires…). Attention à ne pas se tromper quand on entend "délire". C'est quand on investit de façon très importante une certaine idée qui est fortement improbable, et qu'on ne peut contredire même si les autres en apportent la preuve. Par exemple, penser qu'on peut communiquer par télépathie et qu'on persiste à y croire même si autrui nous apporte la preuve que c'est impossible"

  • Symptômes négatifs

MU : "Ce sont des choses qui vont se retirer du fonctionnement jugé normal. Des symptômes qui ressemblent pour beaucoup à un état de dépression. Sauf qu'à la différence de la dépression, la personne n'en souffre pas du tout et trouve ça normal. Quand les gens ont des symptômes négatifs, ils ne trouvent plus, par exemple, de raisons de rester dans des liens sociaux, de rencontrer des gens, de se laver ou encore de sortir de chez eux, s'isoler, se replier sur lui-même, incapable de ressentir du plaisir, de prendre soin de lui, incapable d'entreprendre quoi que ce soit".

Pr NF : "Les symptômes négatifs sont plus plus résistants aux traitements. C'est surtout le manque de motivation, le manque de plaisir ressenti qui va gêner très profondément la vie du patient et l'empêcher d'aller de l'avant".

  • Symptôme de la désorganisation

MU : "C'est probablement le symptôme le plus difficile à expliquer. Et pourtant, c'est celui qui est le plus spécifique de la schizophrénie. Il faut s'imaginer que dans certaines formes de schizophrénie, les différentes sphères de fonctionnement du cerveau ne communiquent pas de façon naturelle les unes avec les autres. Par exemple, les gens peuvent avoir l'impression de faire un geste qu'ils pensent ne pas avoir contrôlé eux-mêmes. Ça va vraiment jouer directement sur les capacités de communication, les personnes vont avoir beaucoup de mal à comprendre, à traiter les éléments du contexte".

Un diagnostic précoce est toujours compliqué 

Pr NF : "On ne peut pas admettre des marqueurs univoques parce que nous pourrions en avoir toute une variété. Il n'y a pas une manifestation qui serait identifiable très tôt et commune à tous. Les causes et les mécanismes de chacune des formes sont distincts. Ce sont des agissements qui sont en plus souvent mêlés à plein d'autres caractéristiques"

MU : "Dans l'enfance, on ne peut pas prédire qu'une personnalité peut amener à une schizophrénie [...] Il y a des formes de schizophrénie chez lesquelles, de façon rétrospective, une fois que la maladie est présente, on peut voir qu'il y a eu ces petits signes dès l'enfance, mais l'inverse n'est pas vraie. Dans l'immense majorité les signes ne sont pas forcément pathologiques sinon on s'alarmerait pour tout. Il y a parfois des états tout à fait normaux et banal qui ne sont absolument pas le signe de schizophrénie".

À quel âge apparaît-elle en général ? 

MU : "La plupart du temps, elle apparaît, dans la grande majorité des cas, à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte, avec, souvent un deuxième pic chez les femmes, vers la cinquantaine".

Les anomalies du développement cérébral qui apparaissent à la naissance ne s'expriment souvent qu'à l'adolescence ou chez les jeunes adulte "parce que, explique le Pr Nicolas Franck, "le cerveau et les capacités humaines sont plus sollicités à l'adolescence, au moment où il faut construire son avenir, où il faut chercher un partenaire, où il faut faire ses études, où il faut s'émanciper de ses parents. Jusque-là, le phénomène reste souvent en latence".

En cause, des anomalies de développement du cerveau dès l'état embryonnaire ?

Pr NF : Il y a des études anatomo-pathologiques qui montrent des anomalies de connectivité. Celles-ci sont peut-être liées à des événements stressants pendant la gestation car il a été repéré que plus les mères avaient des grippes pendant le deuxième trimestre de la grossesse, plus la migration neuronale risquait d'être altérée".

Quels sont les traitements généraux de la schizophrénie ? 

MU : "À l'heure actuelle, les traitements qui ont une preuve très solide de leur efficacité, ce sont les antipsychotiques, qui sont des molécules qui agissent sur la dopamine et parmi lesquelles, la clozapine, qui agit sur ces récepteurs. 

C'est important également de traiter également la dépression, l'anxiété et les symptômes résiduels. L'hallucination, les délires peuvent bénéficier de psychothérapies, de thérapies cognitivo-comportementales

Enfin, il y a tout ce qu'on appelle les soins de réhabilitation qui permettent à la personne de se réinsérer dans la vie, dans la société, de voir des gens, de travailler…"

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