Comment se motiver quand on passe ses journées en télétravail, quand on ne voit plus ses collègues, quand on est au chômage, quand on est retraité avec une vie sociale réduite à peau de chagrin ?

Comment se motiver en temps de confinement ?
Comment se motiver en temps de confinement ? © Getty / Malte Mueller

Comment se motiver quand les plaisirs quotidiens ne sont plus rythmés par des activités de loisirs, par des relations avec sa famille ou ses amis, quand on passe ses journées de cours devant un écran, quand la vie perd ses couleurs ? 

Comment retrouver le goût de l'action, comment renouer avec l'envie, comment injecter à nouveau du désir dans son existence ? Bref, comment ne pas sombrer dans l'apathie, l'aboulie, la fatigue d'être soi voire une dépression ?

Se motiver quand la crise sanitaire nous englue dans un éternel présent sans perspective, c’est notre mission ce matin ! 

Si la pandémie accroît davantage l'état de démotivation, la perte de motivation est un phénomène tout à fait naturel qui a toujours existé. Il n'a jamais disparu même dans une situation tout à fait normale. Cela implique un travail proactif pour chercher d'autres sources de motivations. Voici donc une série de 9 conseils à bien avoir en tête, en ce moment, pour trouver la motivation et éviter de culpabiliser quand elle n'est pas au rendez-vous : 

Accepter le paradoxe d'une motivation jamais comblée

Michel Lejoyeux : "C'est le poison de la motivation et le principe même du désir. Soit j'ai tout ce que je veux, je réussis tout, j'assume tous mes plaisirs, soit je ne les ai pas. Il faut accepter ces nuances entre le tout et le rien, parce qu'on n'est jamais complètement satisfait de toutes ces motivations".

Sébastien Bohler prévient que "l'état de flow", cet état de motivation optimal et continu existe et est tout à fait possible mais ne dure que quelques minutes ! À certains moment, les pensées sont claires au point d'en oublier le reste. C'est un phénomène de bulle où tout semble très fluide grâce à une impression soudaine de chaleur intérieure, de maîtrise totale, mais qui ne dure généralement que très peu de temps. 

N'oublions pas qu'on a le droit de se sentir un peu dépassé, envahi par des idées tristes, c'est tout naturel.

- Michel Lejoyeux

Commencer par noter ses propres motivations 

ML : "C'est extraordinairement motivant. Souvent, quand on se dit ne rien avoir envie, c'est qu'on n'a pas pris le temps de réfléchir à ce qui a pu nous faire plaisir la semaine d'avant et ce qui pourrait nous faire plaisir la semaine d'après. 

La motivation ne s'use que si on ne la regarde pas. Il faut vraiment la regarder, la noter.

Se laisser surprendre par des motivations plus soudaines

ML : "La surprise, c'est quelque chose qui marche bien. La motivation ne se programme pas, elle ne va pas intervenir exactement au moment où on le souhaite

Il ne faudrait pas se retrouver victime d'une sorte de perfectionnisme qui consisterait à être absolument au top de ses performances, atteindre l'épanouissement complet, mais laisser place au hasard".

Faire du sport 

ML : "C'est un formidable court-circuit quant à tous les effets psychologiques. Quand, vraiment, on n'a plus envie de rien, commencez à bouger un peu, à rompre avec la sédentarité et l'absence de mouvement. Obligez-vous à bouger tous les jours, à vous fixer cette motivation-là car l'activité physique va enclencher des tas de mécanismes neurobiologiques et relancer la motivation intellectuelle".

Appeler la motivation par la recherche de la nouveauté 

C'est ce qu'on appelle aussi l'effet Coolidge, du nom du président américain Calvin Coolidge (1872-1933). Appelé de la sorte par les neurobiologistes pour signifier, explique Michel Lejoyeux, qu'il ne faut pas toujours travailler sur les mêmes acquis, les mêmes neurones mais aller, de temps en temps, en chercher d'autres. En neurobiologie, c'est la stimulation par la nouveauté. À la fois par un stimulus nouveau qui va agir sur les neurones et recruter d'autres zones sensorielles. 

L'ancien président, accompagné de son épouse, visitèrent un poulailler et y trouvèrent les coqs et les poules extrêmement actifs. Chacun se renvoyant la balle en disant qu'un nouveau coq ou une nouvelle poule apporte toujours de la nouveauté dans le poulailler. De cette blague assez idiote est née la théorisation de l'effet Coolidge.

Les mini-objectifs engendrent toujours les grandes motivations 

Michel Lejoyeux prescrit un autre conseil génie qui consiste à se reconnecter de manière simple et facile en se redonnant des mini-objectifs accessibles et réalisables : rester créatif dans les petits gestes du quotidien. 

"Par exemple, faire son lit, c'est vraiment un début de thérapie à condition de le faire en pleine conscience et de ne pas le faire de manière machinale, ou en râlant. Puis une fois que je l'ai fait, il faut recenser ce mini objectif comme une activité positive". 

Au moins, j'aurais gagné une petite chose positive.

Un programme à suivre qui a convaincu 62 % de leurs pratiquants ! 

Le chef du Service de psychiatrie et d'addictologie à l'Hôpital Bichat de Paris propose de suivre un programme très efficace mis au point par l'Université de Boston. Il se décline en trois activités : 

  • Trouver chez soi-même une qualité. Je note une qualité dont je me suis servi dans la semaine. Il y en a qui font du sport, d'autres qui dansent, d'autres qui bricolent… Je me souviens de cette qualité et je vais la recenser. 
  • Je vais programmer pour la journée ou pour la semaine, une activité agréable, riche de sens, que je vais transformer en vrai rendez-vous. Oui, aussi sérieusement qu'on programme un rendez-vous professionnel et qui peut aussi être un peu souriant. On note aussi cette activité
  • Le troisième moteur de motivation : se demander à qui on peut dire merci dans le monde entier pour cultiver une impression positive. On écrit ce qu'on appelle une lettre de gratitude. Et ce qui est important, c'est moins ce que je vais dire, que de commencer à chercher qui pourrait être le bénéficiaire potentiel. 

62 % des personnes, qui ont suivi ce programme, se sont sentis plus motivées ! 

Rêvasser, s'entourer de couleurs et effectuer trois activités simples dans la semaine

ML : "Se permettre dix minutes de déconnexion, laisser son esprit flotter, et vous verrez, la motivation sera présente. Laisser son esprit voleter, vagabonder pour que, là aussi, les désirs reviennent. 

Il faut effectuer, dans l'idéal, trois activités simples dans la semaine, et si on peut, tous les jours, pour s'évader et retrouver la motivation.

HL : Surtout en ce moment où la sphère privée et professionnelle vivent en concomitance. On n'a même plus ce rapport à soi. Le domicile est saturé d'activités sociales. 

Il faut absolument se ménager des temps pour penser, rêver, tirer des fils, et sonder ses grandes envies et ambitions.

ML : "Ne pas hésiter à se laisser guider par le sens des couleurs, celles aussi de la nature car les bourgeons sont en train actuellement en train de s'ouvrir en ce début de printemps, le ciel redevient bleu. 

Le bleu et le vert suscitent un réel effet de motivation et de stimulation cérébrale !

La quête de motivation est aussi une preuve de liberté intérieure

Que vous vous sentiez motivé.e ou démotivé.e, c'est le signe que vous êtes avant tout libre !

Héloise Lhérété rassure : "Il ne faut pas oublier que cette notion de motivation est assez récente. Elle date des années 1950, de la montée en puissance de la société des individus là où, auparavant, la question de la motivation ne se posait pas tant les destins scolaires, sociaux, professionnels, quels qu'ils soient, étaient attribués par la famille, par la société, définis sans que nous ayons la chance de questionner nos propres besoins et motivations".

Avec :

  • Sébastien Bohler, rédacteur en chef du magazine Cerveau&Psycho.
  • Héloise Lhérété, rédactrice en chef et directrice de la revue Sciences Humaines. Elle publie Psychologie de la motivation - Editions Sciences humaines, 2021.
  • Michel Lejoyeux, chef du Service de psychiatrie et d'addictologie à l'Hôpital Bichat à Paris. Professeur à l'Université Denis Diderot.

Vous pouvez nous raconter votre motivation en berne, comment vous avez retrouvé le désir d’aller de l’avant au 01 45 24 7000, sur l’appli France Inter et sur la page Facebook de l’émission. 

Vous retrouverez évidemment les questions pertinentes de Marie-Laure Zonszain de Femme Actuelle et puis la chronique Choses presque vues d'Eric Libiot

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