Dans une semaine, cela fera un an que nous sommes plongés dans cette crise sanitaire jusqu'au cou, avec ce sentiment de vivre un jour sans fin. Un crise sanitaire qui a un impact très fort sur notre sommeil.

Pourquoi dormons-nous mal pendant la crise sanitaire ?
Pourquoi dormons-nous mal pendant la crise sanitaire ? © Getty / Image Source

Comme le rappelle la journaliste scientifique Florence Heimburger dans son livre Le Sommeil c’est la santé, "notre sommeil est l’une des grandes victimes du chamboulement de nos vies depuis l’arrivée du coronavirus. Les études des instituts de sondages et les observations des médecins spécialisés convergent : trois quart des Français souffrent de troubles du sommeil depuis le début de l’épidémie".

Nous tenterons de comprendre en profondeur ce qui se passe depuis un an. Nous verrons que les dégâts engendrés par cette dette de sommeil ne sont pas irréversibles. Nous allons vous aider à comprendre pour mieux agir et retrouver un meilleur endormissement, des nuits plus sereines, peut-être pas le dodo bienheureux des bébés mais un sommeil qui répond à vos besoins, de la façon la plus naturelle possible.

Nous reviendrons aussi avec le mensuel Santé Magazine sur les bienfaits trop souvent méconnus du sommeil sur notre santé, notre moral, et même notre libido. Et puis nous serons aussi en compagnie de Baptiste Beaulieu, médecin et romancier, pour sa chronique Alors voilà.

Racontez-nous comment se passent vos nuits en ce moment. Racontez-nous l’impact de ce mauvais sommeil  dans votre vie sur la page Facebook de GBVF et sur l'appli de France Inter. Nous attendons également vos questions au 01 45 24 7000. 

Quels sont, à moyen terme, les conséquences d'une dette de sommeil trop importante ?

Dr. Patrick Lemoine : "C'est un peu ennuyeux parce que, d'abord, on vit moins vieux et en moins bonne santé ; on risque de grossir et devenir diabétique ; on risque d'être hypertendus avec tout son lot d'AVC d'infarctus ; on risque aussi d'avoir une dépression, voire une anxiété ; on risque aussi, et c'est embêtant en ce moment, de ne pas mettre à jour son ordinateur immunitaire la nuit et, de ce fait, on risque d'avoir plus facilement le cancer, mais aussi plus d'infections par ces temps de covid-19 qui courent".

La pandémie perturbe davantage notre sommeil (qui n'avait pas besoin de ça)

Arnaud Rabat : "Les études ont montré que le confinement à isolé les gens d'un point de vue social et les a coupés de leur synchroniseurs naturels que sont la lumière, les rythmes, l'activité repos. On s'est aperçu qu'il y avait des décalages très importants dans les temps de sommeil et les heures de sommeil"

Des causes multiples

Florence Heimburger : "On peut dire que depuis l'arrivée de la pandémie, trois quarts des Français souffrent de troubles du sommeil et les causes sont multiples. Il y a, d'une part, la baisse de l'activité physique aussi pendant le confinement, le manque de l'exposition à la lumière du jour qui permet de synchroniser notre horloge interne. 

Les horaires sont également moins réguliers, on a tendance à se coucher un peu plus tard, à faire du télétravail jusqu'à tard le soir. 

Certains jouent davantage à des jeux vidéo, d'autres regardent des séries Netflix pour se changer les idées. Il y a aussi un usage des écrans qui a décuplé sans doute durant la soirée. Et on sait que la lumière bleue des écrans smartphones, tablettes, écrans, télévisions nuit grandement au sommeil".

Tout cela affole notre horloge biologique

Patrick Lemoine : "Oui, mais pas que. Parce que pour bien dormir, il faut effectivement dormir à son heure, mais aussi ne pas sombrer dans l'angoisse parce que, quand on dort, on est vulnérable. Or, en ce moment, tout le monde a la trouille, la peur est omniprésente et cette peur a un rôle majeur dans l'insomnie. 

On compte un tiers de plus de somnifères en France depuis le confinement

Comment fonctionne cette horloge biologique qui est mise à mal en ce moment ?

PL : "C'est juste un thermostat parce que quand notre température baisse, on produit du bon sommeil, celui qui donne l'hormone de croissance à l'origine de tout. Puis quand elle remonte, on a la pêche dans la journée. Et si on a plus d'un 1,5°C  de différence entre le jour et la nuit, tout va bien, on ne sera jamais insomniaque". 

On peut parler de "coronasomnies

AR : "Ce qui est bon pour le sommeil, c'est tout ce qui est régulier et constant. Le problème avec le confinement, c'est que ça a créé de la fluctuation, de la variabilité à côté de l'aspect d'incertitude psychologique, il y avait aussi la variabilité au niveau de ces synchroniseurs et de cette régularité de la journée".

Les femmes davantage plus touchées que les hommes ?

AR : "Ces perturbations touchent malheureusement plus les femmes que les hommes et probablement par ces aspects d'anxiété plus importants au niveau des femmes".

PL : "Les consommatrices de somnifères sont plus nombreuses que les consommateurs. les hommes ne sont pas plus souvent ou moins souvent insomniaques que les femmes, mais ils s'en plaignent moins".

Comment ne pas lâcher prise ? 

AR : "Il faut essayer de trouver un endroit, à un moment, et quelque chose qui nous rassure, qui fasse du bien en termes de loisirs, de pensées ou d'ambiance, comme de la musique ou des choses qui permettent vraiment de recréer une bulle qui permettrait d'accueillir plus facilement le sommeil, d'avoir ce moment d'apaisement pour éviter que toute cette tension vienne s'introduire pendant la période de sommeil".

Par quel mécanismes le stress et l'anxiété nous empêchent de dormir ? Que se passe-t-il dans notre corps ? 

PL : "Le stress entraîne un hyper éveil, une hyper stimulation. Le fait d'être trop réveillé dans la nuit, de se réveiller au moindre bruit, va entraîner cette désorganisation des rythmes. Toutes les techniques de méditation, de relaxation, du yoga sont extrêmement importantes et devraient beaucoup plus être promues pour faire baisser ce stress et améliorer de nouveau le sommeil".

Le manque de sommeil peut exacerber le stress et l'anxiété

Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de bonne nuit sans une bonne journée. Il n'y a pas une bonne journée sans une bonne nuit. C'est vraiment le yin et le yang 

On n'a jamais intérêt à augmenter le sommeil, on a toujours intérêt à augmenter l'éveil dans tous les efforts internationaux. On parle de sport, on parle de divertissement, on parle de travail. Il faut absolument méditer pour améliorer la qualité de l'éveil, mais pas pour augmenter le sommeil, parce que ça, c'est dangereux".

Comment expliquer que le manque de sommeil impacte à ce point notre humeur ?

AR : "Comme le sommeil favorise la récupération physiologique et la consolidation des informations acquises pendant les jours précédents, finalement, vous repartez en ayant fait le plein". 

Il est essentiel de bien connaître son rythme chrono-biologique (plutôt du matin ou du soir ?) 

PL : "Être du matin, ça veut dire que j'ouvre les yeux, et paf je suis opérationnel. Les sujets du matin sont pathologiquement ponctuels. Alors, que ceux du soir ont un petit peu plus de difficultés avec ça". 

Comment s'organiser avec nos vies perturbées depuis un an ? 

FH : "Les méthodes naturelles. Notamment le yoga du sommeil, permet de se relaxer ; la méditation de pleine conscience ; l'hypnose et l'autohypnose ; la cure de magnésium ; la luminothérapie, notamment pendant les dépressions saisonnières dont sont victimes surtout les femmes à l'automne-hiver"

PL : Prendre en compte le jour où j'ai eu vraiment la forme en guise de repaire pour la suite ; ensuite tout ce qui réchauffe le matin comme le sport, la lumière, un petit déjeuner costaud, une douche bien chaude. Et tout ce qui rafraîchit le soir, c'est bon. 

Ensuite, il y a toutes les méthodes plus naturelles, les plantes (valériane, passiflore…) ; la mélatonine à libération prolongée qui évite, chez beaucoup de personnes, au moins 60 % des éveils nocturnes".  

Une nuit de sommeil se prépare dès le matin 

- Arnaud Rabat

» La suite à écouter…

Avec nos invités 

  • Aline Perraudin, directrice de la rédaction de Santé Magazine
  • Dr. Patrick Lemoine, psychiatre, docteur en neurosciences, ancien chercheur à Stanford et à Montréal, enseignant à Pékin en tant que professeur associé. Spécialiste du sommeil, de ses troubles et de leur prise en charge. Il publie Docteur, j'ai mal à mon sommeil : pour dormir naturellement - Editions Odile Jacob, 2021 
  • Arnaud Rabat, chercheur en neurosciences, chef de projet à l'Institut de Recherche Biomédicale des Armées, auteur de Bien dormir pour les Nuls - Editions First, 2016 
  • Florence Heimburger, journaliste scientifique, elle publie Le sommeil c'est la santé: dormir c'est la préserver - Editions Prat, 2021 
  • Baptiste Beaulieu, chronique Alors voilà 
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