"La jeunesse est un art", écrivait Oscar Wilde. Et au temps du coronavirus, la plupart des jeunes sont empêchés de déployer l'art d’aimer, l'art du partage, l’art d’expérimenter, de jouir, de se lier, l’art de la fête, de rire, de se déployer, d’espérer, l’art de se projeter.

#Avoir20AnsEn2021 - Se mobiliser contre la pauvreté des jeunes en temps de crise sanitaire
#Avoir20AnsEn2021 - Se mobiliser contre la pauvreté des jeunes en temps de crise sanitaire © Getty

L’art de goûter le sel de la vie, le piment de l’existence. Une génération désenchantée. Une jeunesse stoppée dans son envol, comme l’écrit Le Monde, où beaucoup n’arrivent pas à vivre décemment, avec cette peur au ventre de ne pouvoir manger à sa faim. 

Une jeunesse stoppée, des jeunes paupérisés, précarisés qui comptent le moindre centime et qui peuvent compter sur le secours d’associations, de citoyens révoltés par le destin de cette jeunesse. Heureusement aussi que la solidarité intergénérationnelle au sein des familles permet à de nombreux jeunes de tenir la tête hors de l’eau.

Aujourd'hui, nous leur donnons la parole pour qu’ils nous racontent leurs quotidiens, leurs angoisses mais aussi leurs espoirs. Privés de ressources, beaucoup d'étudiants, de jeunes se tournent vers des associations solidaires pour être aidés et se relever psychologiquement. 

Avec nos invités

  • Imane Bounouh, étudiante en communication et marketing (M2) et créatrice du compte Recettes Echelon 7 sur Instagram. Il permet de partager des recettes faciles, pas chères, sans four, avec peu d'ustensiles. Lancé en septembre 2019, c'est parce qu'elle a aussi rencontré ces mêmes difficultés par le passé, qu'elle a souhaité transmettre tout ce qu'elle avait appris à ceux qui en avaient le plus besoin. En plus des recettes, le concept s'est élargit à l'aide sur les révisions, l'aide psychologique.

▶︎ Recettes Echelon 7 sur Instagram

  • Lauryn Bouilly, étudiante en développement solidaire, vice-présidente déléguée à l'épicerie solidaire du Collectif de solidarité étudiante à Lyon (à l’initiative de Catherine Fillon et Chrystelle Gazeau) qui a accueilli 2400 bénéficiaires dans l'agglomération lyonnaise. Une épicerie solidaire qui permet à un public en difficulté de faire ses courses en choisissant des produits entre 10 et 30 % de leur valeur marchande. Elle fonctionne gratuitement. Suivi d'une cellule psychologique, d'une aide juridique, d'une aide à l'emploi, de l'aide sur plein de domaines 

▶︎ CSE Lyon.Org

J'essaie de donner mon temps pour les personnes qui en ont le plus besoin, il faut pouvoir s'entraider entre nous, c'est important

  • Gaspard Guermonprez, journaliste, youtubeur, il co-anime le podcast d’actualités « Absurde & Acerbe » et s’engage auprès des étudiants face à la crise sanitaire

▶︎ Rendez-vous sur sa chaîne Youtube Gaspard G

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  • Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, maître de conférences à Sorbonne- Université, il préside le Collège de philosophie. Il est l'auteur de La guerre des générations aura-t-elle lieu ? (co-auteur Serge Guérin) Éditions Calmann- Levy, 2017 
  • Laurence Champier, directrice générale des Banques Alimentaires, qui collectent chaque année environ 115 000 tonnes de denrées alimentaires et qui sont distribuées sur tout le territoire. Depuis le premier confinement, c'est entre 23 et 25 nouvelles associations qui ont adhéré au réseau et qui se sont spécifiquement tournées vers les étudiants. À Toulouse, par exemple, depuis le mois de mars, au travers du CROUS et de la Banque alimentaire, ce sont plus de 1200 étudiants par semaine qui reçoivent des colis. Ils viennent de lancer, avec une enseigne de grande distribution, une collecte spécifique pour les étudiants dans 400 magasins, de manière à récupérer des produits alimentaires. 

Grâce à cette entraide générale, on aura un monde demain qui sera bien plus optimiste

  • Flore Lelièvre, fondatrice des restaurants LE REFLET (Paris et Nantes) et présidente de l’association « Trinôme 44 – Les extraordinaires »
  • Aurélie Képès, coordinatrice de l’association LuniverCel 
  • Jeanne Selimi, secrétaire générale de l'association Cop'1 - Solidarités Etudiantes

La vie d'étudiant avant le Covid-19 ?

Gaspard Guermonprez : "La vie était peut-être plus douce, plus joyeuse. Aujourd'hui, on bave devant les bars"

Imane Bounouh : "Avant j'avais une vie culturelle très vaste, j'enchainais entre les musées, les soirées, les conférences". 

Lauryn Bouilly : "Je passais ma vie sur le campus, de 8 h du matin à 22h le soir. Je passais ma vie dans le local de l'association puis  je restais le soir à la bibliothèque, jusqu'à ce que je me retrouve soudainement enfermée dans mon appartement". 

Ça fait quand même bizarre de se dire que le campus est vide

Les problèmes qui remontent le plus souvent

Gaspard Guermonprez : "Le point commun de tous les témoignages, c'est peut-être le manque de reconnaissance de la société envers les aînés qui souvent comprennent mal ce qu'on est en train de vivre". 

C'est une génération qui, globalement, va mal

Imane Bounouh : "Je m'adressais déjà à des étudiants qui étaient précaires bien avant la crise puisque c'était les boursiers, des personnes qui viennent de familles généralement très modestes. Elles connaissaient déjà la précarité et à tous les niveaux. Là, ce qui revient souvent, c'est l'avenir quant à l'apprentissage et l'entrée dans le monde du travail, la recherche d'une alternance, d'un stage, le manque de reconnaissance…"

Avant la crise, déjà c'est 20% des étudiants qui étaient sous le seuil de la pauvreté. Là, les chiffes grossissent chaque semaine".

Lauryn Bouilly : "C'est beaucoup les problèmes financiers, psychologiques avec des mots comme "inquiétude", "surmenage", "solitude" et des "problèmes matériels d'ordinateurs" etc qui reviennent le plus".

Il faut savoir que, selon l'Observatoire de la vie étudiante, le confinement a bousculé le modèle économique de cette génération, dont 40 % avait organisé leur budget autour d'une activité rémunérée : 

Lauryn Bouilly : "Nombreux sont ceux qui ont perdu leur petit job, qui était parfaitement compatible avec leurs études. Ils travaillaient tard le soir, le week end, dans les restaurants, les musées, les cinémas… Dans tout ce qui a fermé. D'autant que beaucoup se retrouvent sans aucun aucun revenu parce non éligibles à la bourse".

Gaspard Guermonprez : "Entre mars et mai 2020, d'après Le Monde, c'est plus d'un tiers des étudiants qui travaillaient qui ont subi une baisse de revenus d'environ 275 euros par mois. Dans un budget étudiant, ça fait lourd".

C'est un destin qui est subitement mis en pause, un manque de vision sur l'avenir et sur le champ des possibilités

"Une génération Covid" solidaire qui manque de reconnaissance

Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences de Philosophie à Sorbonne Université, auteur de "Philosophie des âges de la vie"rencontre chaque jour de nombreux étudiants en difficulté et qui sont dit-il en "perte de joie de vivre". 

Le phénomène générationnel a été un galvaudé. On a véritablement affaire à une génération Covid où l'entrée dans l'âge adulte va se faire sur le temps long

Gaspard Guermonprez : "Cet effort générationnel nous fait un peu tenir quelque part. C'est pour ça que ce manque de reconnaissance fait d'autant plus mal sur certaines chaînes de télévision, avec des débats entre quinquagénaires qui viennent nous dire qu'on n'a pas vécu les tranchées…" 

Lauryn Bouilly : "Quant à l'argument du "vous n'avez pas fait la guerre, vous ne pouvez pas comprendre". Ok on n'a pas fait la guerre mais les seniors eux ne peuvent pas non plus comprendre ce que l'on vit en ce moment. Après, je trouve ça dommage de résumer toute ma génération uniquement au Covid. 

On pourrait se qualifier de "génération solidaire grâce au Covid". C'est un peu dommage de nous résumer au Covid alors qu'il y a plein d'autres choses

Imane Bounouh : Je pense qu'on peut surtout être très fiers de nous, de toutes ces initiatives qui ont émergé, de toutes ces personnes qui ont libéré leur parole sur la précarité étudiante. 

Nous ne sommes pas qu'une génération de virus

Toutes les grandes étapes de jeunesse sacrifées

Depuis un an, les moments forts, les étapes initiatiques qui font de la jeunesse une époque formidable semblent avoir disparu du fait de la pandémie (fêter son bac, son permis de conduire, l'entrée à la fac ou dans les écoles de métiers, les vacances entre ami.e.s, fêter son anniversaire, ses 18 ans, ses 20 ans, vivre le premier grand amour, les fêtes mémorables…). Toutes ces étapes d'initiatives semblent avoir disparu : 

Imane Bounouh : "C'est frustrant parce que toutes ces célébrations, sont des choses auxquelles on rêve depuis toujours".

Gaspard Guermonprez : "Ce sont des moments qu'on nous ne rendra jamais. Le bac, on ne va pas le repasser, notre fête de diplôme, nos 20 ans, aussi. Ce sont des moments qu'on a dû sacrifier pour cet effort national".

Tout est à l'arrêt. Il n'y a plus de sorties, plus rien… On n'est beaucoup à avoir l'impression de ne pas avoir été déconfinés puisqu'il n'y a pas de raison de sortir

Une jeunesse qui se sent pointée du doigt

Imane Bounouh : " Malgré tous ces sacrifices-là, on a été pendant longtemps en porte à faux. On a été celles et ceux qui faisaient des soirées clandestines, celles et ceux qui ne mettaient pas le masque, celles et ceux qui se plaignaient tout le temps… 

On comprend que nous avons été sacrifiés depuis le début et qu'il faut au moins le reconnaître

Lauryn Bouilly : "Le côté porte à faux, on l'a pas mal ressenti. Pour une minorité de personnes, nous paraissions comme étant ceux qui faisaient un peu n'importe quoi, on a tous été un peu stigmatisés comme ceux qui faisaient circuler le virus alors que des personnes de chaque génération faisaient un peu n'importe quoi, c'est un peu facile. 

On n'a pas forcément été écoutés au début

▶︎ La suite à écouter…

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