Pourquoi si peu de victimes de violences sexuelles portent plainte ? 10%, un chiffre qui ne baisse pas… Mais aujourd'hui, les vannes sont ouvertes. Enfin, on va pouvoir avancer.

Violences sexuelles : seules 10% des victimes portent plainte
Violences sexuelles : seules 10% des victimes portent plainte © Getty / PhotoAlto/Frederic Cirou

En fait, pour être tout à fait honnête, je suis très émue, ce matin. Emerveillée, euphorisée, et en même temps, déjà, complètement sonnée. Ca n’est pas la première fois que, comme journaliste, je m’attaque au sujet des violences sexuelles. Parce que je le sais, qu’on le sait, que vous le savez : en la matière, plus que jamais, seule la parole permet d’avancer.

Que le silence protège les agresseurs, qu’il leur donne ce sentiment de toute puissance et d’impunité. Aujourd’hui, en France, on compte un viol toutes les sept minutes. Au bout de la chaîne, moins de deux pour cent des violeurs sont condamnés. 98% d’entre eux, au moment où on se parle, sont tranquillement en train de goûter à une totale liberté. Cela, entre autres parce que seulement une victime sur huit porte plainte. Pourquoi ? Cette question, je me la suis souvent posée. Je l’ai posée, encore et encore, sur cette antenne et ailleurs.

Mais cette fois, croyez moi, quelque chose a changé

Il n’y a pas si longtemps que ça, je retroussais mes manches pour trouver celles et ceux qui auraient le courage de parler. Ils se comptaient dans les doigts d’une main et il fallait argumenter longtemps pour les convaincre de raconter leur histoire. Alors hier, par réflexe, j’ai anticipé. Envoyé un appel sur Twitter, un autre sur Facebook et c’est venu. Tout de suite, très vite. Vous avez parlé, vous nous avez répondu, vous vous êtes racontés.

Un tel flot de parole, je vous jure que je ne l’avais jamais vu. 

Chacun de vos témoignages a été un coup de massue sur la tête, parce qu’ils disent l’horreur absolue du viol, et l’onde de choc ravageuse qu’il produit sur celles et ceux qui le subissent.

Et en même temps, tous ensemble, vos témoignages disent surtout que ça y est, les vannes sont ouvertes. Qu’enfin, on va pouvoir avancer. 

Si tant est qu’on sache vous écouter, qu’on sache faire quelque chose de cette si courageuse parole. Merci infiniment d’avoir répondu présent. Plus on sera nombreux, plus la puissance sera du côté de ceux qui luttent pour que ça s’arrête. 

Merci, et pardon, par avance, à tous ces témoignages que je ne pourrai pas lire, toutes ces paroles qui seront forcément brèves, trop brèves, compte tenu de ce que vous avez vécu. 

Mais continuez à nous écrire, ce matin, sur notre page Facebook, à nous appeler, au 01 45 24 7000. Le simple fait de le faire indiquera à tous ceux, à toutes celles qui n’osent encore parler qu’aujourd’hui, ils le peuvent. Que la honte est en train de changer de camp. Que le laid, le moche, l’affreux, est du côté de ceux qui violent. Que leurs victimes peuvent redresser la tête, elles ne sont plus seules. Alors merci pour elles, merci pour nous. 

avec : 

Choses Vues Sophie Cadalen  

Partenariat Femme Actuelle / Marie-Laure Zonszain  

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