Pourquoi aller chez le coiffeur peut-il représenter bien plus qu’une simple coupe de cheveux ? Retour sur un vrai bien-être esthétique et psychologique.

Les bienfaits du salon de coiffure
Les bienfaits du salon de coiffure © Getty / Stevica Mrdja / EyeEm

Olivia Gazalé sur le déconfinement 

La philosophe Olivia Gazalé, auteure de "Le mythe de la virilité" (Robert Laffont), partage son regard sur nos sociétés déconfinées : 

  • "Un choc existentiel"

Olivia Gazalé : "Je parle de "choc existentiel" car en l'espace de moins de 48 heures, on a basculé dans un autre univers où les deux dimensions fondamentales de notre présence, le temps et l'espace, ont tout à coup été complètement ébranlées du jour au lendemain, ça ne nous appartenait plus. Pour certains, c'était un temps devenu une interminable confrontation avec eux-mêmes quand pour d'autres, il a fallu aussi inventer un nouveau rapport à l'espace et aux autres. 

Pour certains, ce repli sur la maison, certes pour certains ça a été un espace de créativité, de liberté mais pour beaucoup d'autres une injonction à rester à la maison dans la peur (violences conjugales notamment) et cela va laisser des traces très profondes".

  • "Il va falloir déconfiner nos consciences et nos corps"

Olivia Gazalé : "L'expression "retour à la normale" est trompeuse, car le monde ne fonctionne pas de manière normale mais chaotique, destructrice et inégalitaire : Un enfant meurt toutes les cinq secondes (Unicef), un monde qui a fait disparaître 60 % des animaux sauvages en 40 ans, un monde où la pollution tue 7 millions de personnes par an (OMS). Si on sort de cette période sans en tirer les leçons pour revenir à tout prix à nos anciennes valeurs (tyrannie du consumérisme, court-termisme, obsession néolibérale de la rentabilité et la compétitivité du profit, la course folle qui entraîne la dégradation de la biosphère, l'accroissement vertigineuse des inégalités, le démantèlement des services de santé), si il n'y a pas une vraie prise de conscience, je pense qu'on va au devant de catastrophes qui pourraient être encore beaucoup plus graves. 

Il est encore temps de changer les choses, il y a vraiment urgence à le faire 

La période que nous venons de traverser a mis en lumière les métiers du soin, "les métiers du care". Le fait que ces métiers soient majoritairement occupés par des femmes". 

  • "La désinvibilisation des invisibles doit aider à combattre les stéréotypes de genre" 

Olivia Gazalé : "On parle enfin des derniers (ou premiers) de cordée, qui sont des métiers encore trop invisibilisés et majoritairement occupés par les femmes, de même que la charge domestique. Des professions précarisantes, très peu valorisées. Cette assignation des femmes à ces métiers relève d'une vision androcentrique du monde et de très vieux stéréotypes de genre (un homme est par nature ambitieux, fort, puissant, conquérant, courageux quand la femme est par nature douce, bienveillante, patiente, pleine de sollicitude) [...] Ce n'est pas dans sa féminité qu'une infirmière épuisée après ces nuits de travail interminables puise la force de sourire à son dernier patient, elle le puise dans son humanité et dans son professionnalisme, c'est une question de compétence".

La bienveillance n'a pas de sexe, le courage non plus

  • "Après le confinement, apprendre à vivre avec l'inattendue et la peur"

Olivia Gazalé : "Edgar Morin a raison de nous dire qu'il faut absolument prendre en face la notion d'incertitude ("Attends-toi à l'inattendue") pour être en mesure d'affronter l'inattendu, car il faut se préparer à naviguer dans un océan d'incertitudes". 

C'est vraiment effectivement un monde assez anxiogène qui nous attend

Le temps de cuisiner maison

Avec notre chef Grégory Cohen qui vous propose au menu un cabillaud sauce vierge et un tiramisu à sa façon.

Le temps de lire

Christilla Pellé-Douël partage un livre : Teacher Man de Frank McCourt qui raconte la difficulté que les professeurs ont à entrer en relation avec leurs élèves

Un livre universel avec un style de l'humour et du récit irrésistibles 

Les bienfaits du salon de coiffure

Nous sommes nombreux à retrouver dès aujourd’hui le chemin de ces lieux où l’on prend soin de nous, esthétiquement, et psychologiquement.

Explications avec Michel Messu, sociologue, ethnologue, vous avez enseigné la sociologie à l’Université de Nantes, auteur de "Un ethnologue chez le coiffeur" (ed Fayard), Christilla Pellé-Douël, David Marcombe, coiffeur à Bordeaux et Justine Jeannin, coiffeuse à Paris

Un vrai lieu de socialisation où on y cultive aussi l'estime de soi, sa propre identité

Michel Messu

Vos témoignages au 01 45 24 700 et l’appli France Inter

Programmation musicale
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.