Pourquoi le sperme humain est en berne ? Comment expliquer sa baisse de quantité et de qualité ? Est-ce lié à la génétique, à l’environnement, au mode de vie ? De quelle façon est-il possible d’améliorer la fertilité masculine ? Quels sont les différents traitements à suivre ?

L'infertilité masculine. Ici des spermatozoïdes.
L'infertilité masculine. Ici des spermatozoïdes. © Getty / KTSDESIGN

Longtemps, dans les cas de stérilité, seule la femme était mise à l’Index. Et puis l’évolution des mœurs et les avancées médicales ont montré que les hommes étaient également responsables dans la difficulté de concevoir dans le couple. 1 couple sur 7 est concerné - et ce chiffre est sans doute sous-estimé. 

Pour en parler, Ali Rebeihi reçoit :

  • Brigitte-Fanny Cohen, journaliste, spécialiste des questions médicales, auteure. Elle a présenté pendant 25 ans la rubrique « santé » dans l’émission Télématin.
  • Stéphane Droupy, urologue, spécialiste de l’infertilité et chef du service d’urologie-andrologie au CHU de Nîmes. Ils publient Demain, tous infertiles ? – First Editions, 2020
  • Anthony Giwerc, urologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission

Définition de l'infertilité 

Pour l'Organisation mondiale de la santé, on parle d'infertilité "quand on constate l'impossibilité pour un couple qui a des rapports sexuels réguliers et en dehors de toute contraception d'obtenir spontanément une grossesse dans un délai d'un an". 

La baisse de la fertilité masculine, un constat très inquiétant

Les deux chercheurs Brigitte-Fanny Cohen et le professeur Stéphane Droupy s'interrogent dans leur ouvrage et se demandent même s'il ne faut pas parler de "désastre sanitaire", de "révolution biologique" ou bien d'une "cassure anthropologique". Ils se basent sur des études auxquelles ils ont participées, qui ont été réalisées depuis le début des années 2000, et réalisées sur environ 200 pays, en recrutant des donneurs qui pouvaient être soumis à des influences et des origines diverses.

"Des études nous disent que dans les années 1970, il y avait 99 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme, alors que dans les années 2010, ce chiffre chute à 47 millions". 

"Ça ne veut pas dire que les hommes deviennent infertiles", poursuit Brigitte-Fanny Cohen, mais "On aurait perdu, en moyenne, la moitié des spermatozoïdes en 40 ans."

"Cette baisse en nombre induit aussi une baisse en termes de qualité".

Comment se mesure l'infertilité ? 

Professeur Droupy : "Quand on fait un spermogramme (qui a vocation à vérifier que le sperme a bien les qualités nécessaires pour féconder), il y a plusieurs paramètres qui sont pris en compte et analysés : 

  • Le nombre de spermatozoïdes - sachant que la moyenne la limite est de 15 millions de spermatozoïdes par millilitre (Organisation mondiale de la santé) pour considérer qu'un spermogramme est suffisamment concentré,
  • La mobilité puisque ce sont des petites cellules qui vont être mobiles pour aller à la rencontre de l'ovule, 
  • Les spermatozoïdes ont une morphologie, un patrimoine génétique et on s'aperçoit que leur forme est de plus en plus anormale".

Un couple sur 7 consulte, un chiffre à la hausse

Si pendant longtemps les femmes ont été mises en cause dans l'histoire et qu'on a fermé les yeux sur l'infertilité de l'homme, Brigitte-Fanny Cohen nous apprend que dans un tiers des cas environ aujourd'hui, c'est la femme uniquement qui a des problèmes d'infertilité. Et que, dans un tiers des cas, c'est l'homme uniquement. 

Dans un tiers des cas, encore, ce sont les deux qui peuvent présenter des problèmes d'infertilité

Quand les hommes libèrent leur parole concernant l'infertilité masculine

Professeur Droupy : "Aujourd'hui, on prend mieux en charge les hommes qu'il y a quelques années. Alors qu'avant on avait tendance à réduire l'homme à ses spermatozoïdes, on ne s'intéressait pas pour autant à sa santé reproductive. Puis, on s'est aperçu progressivement qu'on pouvait améliorer les caractéristiques du spermogramme chez certains hommes, trouver des causes et éviter à certains de faire des fécondations in vitro, et d'améliorer le taux de réussite. 

Jusqu'à un couple sur quatre mettent plus d'un an à concevoir. Il y a une vraie augmentation de la demande de traitement de l'infertilité

Anthony Giwerc : "La fréquence de l'infertilité masculine a augmenté, de 0,3 % par an pour un homme et de 0,37 % pour une femme. On se rend compte que, initialement, c'était les gynécologues de mesdames qui conseillaient aux hommes de venir nous voir en consultation. J'ai de plus en plus d'hommes qui viennent, soit par leur médecin généraliste, soit d'eux-mêmes pour prendre en charge et évaluer leur fertilité". 

À partir de quand faut-il penser consulter un urologue ? 

Anthony Giwerc : "À partir de un an de rapports bien conduits dans le couple et si aucune fécondation n'a été observée d'ici là. Ou bien lorsqu'il y a des facteurs de risque chez l'homme bien identifiés. Il faut consulter dès que possible afin d'améliorer les paramètres spermatiques".

Les deux professeurs recommandent une consultation pré-conceptionelle qui consiste à faire le point sur la capacité du couple à concevoir sans attendre les échecs à répétition, éviter une perte de temps et des blessures psychologiques.

Dr Droupy : "En effet, les hommes ne consultent pas de médecin de façon systématique, on n'envisage jamais assez tôt la prévention, de consulter un médecin quand on est un homme jeune en pleine santé". 

Quels sont les principaux examens pour détecter une infertilité ?

Dr Droupy : "La première chose, c'est d'examiner les testicules, le pénis, de vérifier que tout fonctionne bien. Une fois examiné, on va lui demander ce spermogramme qui va permettre de faire le point sur la qualité de ses spermatozoïdes. Ensuite, d'autres examens permettent d'affiner le diagnostic et de rechercher des causes. C'est tout un interrogatoire pour essayer de trouver des facteurs de risque (tabac, cannabis, alimentation, stress…)" 

Être attentif à la fréquence des rapports sexuels

Brigitte-Fanny Cohen : "Il y a des couples qui consultent pour infertilité mais qui ne se rendent pas compte qu'ils n'ont pas de rapports sexuels réguliers, soit du fait d'impératifs professionnels, soit du fait de problèmes personnels entre eux. 

Il est important d'avoir des rapports réguliers, surtout au moment de l'ovulation puisque la durée de vie d'un ovule n'est que de 24 heures environ

Anthony Giwerc : "C'est entre 13 et 15 jours après le début des règles que tout se joue, même si c'est très variable puisqu'il y a des femmes qui n'ont pas forcément de cycles réguliers. Mais, aujourd'hui on a des techniques assez faciles et simples pour étudier un cycle et l'ovulation elle-même. En pharmacie, il existe aussi des tests très simples où l'on peut détecter le moment propice afin de maximiser les chances de conception". 

Certains métiers plus à risques que d'autres

Droupy : "Tous les métiers qui vont exposer les testicules à de fortes chaleurs puisque le testicule a besoin d'être, sinon au frais, en tout cas, à une température un petit peu inférieure à 37° pour bien fonctionner. De même pour les gens qui vont être soumis à des produits toxiques". 

Les grands coupables de l'infertilité masculine : les perturbateurs endocriniens 

Brigitte-Fanny Cohen : "On peut les retrouver dans des cosmétiques, des pesticides, soit dans les fruits et légumes en résidus. Il peut y en avoir partout, par contact avec la peau, ils peuvent pénétrer dans le sang ; soit par l'alimentation, parce qu'on les ingère tout simplement. 

Ces perturbateurs endocriniens perturbent un certain nombre d'hormones et vont perturber aussi les hormones de la reproduction

Professeur Droupy : "Tous ces produits qu'on ne peut presque pas éviter aujourd'hui vont agir pendant le développement de la vie intra-utérine du petit bébé qui, lui, va développer son appareil génital grâce à la testostérone qui est sécrétée par ses testicules. Leur développement peut être perturbé, cela peut occasionner des malformations génitales du petit garçon, et peut sur le long terme lui inculquer une mauvaise qualité de sperme à l'âge adulte".

Quid du mode de vie dans la fertilité des hommes 

70 % des hommes qui consultent présentent au moins un facteur de risque lié au mode de vie (alcool, tabac…)

Anthony Giwerc : "Ces hommes-là présentent un facteur de risque que l'on va pouvoir modifier à moyen terme que cela soit lié à une mise en contact avec des produits toxiques, le tabac, le cannabis, l'exposition aux IST (infections sexuellement transmissibles), le stress, la fatigue, l'exposition à des composés chimiques, le déséquilibre diététique… Tout cela peut être corrigé". 

Quels sont les traitements à suivre ?

Brigitte-Fanny Cohen : "Ce n'est pas toujours facile de se rééquilibrer. Il existe pour cela des possibilités de coaching au quotidien pour modifier son alimentation, éviter de trop rester sédentaire et maintenir une activité sportive. Éviter aussi de mettre son ordinateur sur ses genoux ou son téléphone portable dans la poche pour éviter de rester au contact de la chaleur qui émane de ces appareils, une chaleur nocive pour les testicules".

Dr Droupy : "Quant à l'alimentation, il y a quatre fois moins de risques d'être soumis à des résidus de pesticides quand on mange bio, quand on adopte une alimentation équilibrée, en choisissant certains aliments plutôt que d'autres". "Il faut privilégier un régime méditerranéen" recommande Brigitte-Fanny Cohen :

  • Manger des poissons gras au moins deux fois par semaine parce qu'ils sont riches en oméga 3 et favorables pour la qualité du sperme, 
  • Des fruits et légumes riches en antioxydants, plutôt que de manger des viandes transformées
  • L'activité physique en quantité suffisante

En cas de cause d'infertilité obstructive, hormonale ? 

Anthony Giwerc : "Si on n'arrive pas à évacuer des spermatozoïdes, la chirurgie trouve sa place à l'aide de microchirurgie. On va ligaturer une à une les veines pour améliorer les paramètres spermatiques : 

  • Lorsqu'il s'agit d'un traitement hormonal, souvent à l'aide des endocrinologues, on peut proposer un traitement à l'aide d'injections,
  • D'autres techniques comme la biopsie du testicule (qui consiste à aller directement à la source, prélever un petit fragment du testicule à l'aide d'un microscope et isoler, dans tous des petits tubes, des spermatozoïdes qu'on va utiliser pour de l'assistance médicale à la procréation.

▶︎ La suite de l'émission à écouter…

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