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Les pères travaillent-ils trop ?

avec :

  • Sylviane Giampino
  • Aurélia Schneider

Le temps de réfléchir : Envie de passer à autre chose ? 

Laurence Devillairs :
" J’ai entendu hier, ou peut-être était-ce avant-hier, une déclaration, que je vous soumets, et qui m’a à la fois étonnée et peinée.

La voici – elle était prononcée par une responsable politique : « Les Français ont envie de passer à autre chose ».

Je ne discuterai pas de la pertinence sanitaire ou de la nécessité économique d’une telle affirmation.

Je m’interrogerai, si vous voulez bien, sur sa portée philosophique, et j’ose même dire : morale.

« Passer à autre chose ».

S’il s’agit de dire par là que nous devons renouer avec l’avenir, proche ou lointain, renouer aussi avec une forme d’espérance, même la plus modeste, alors : oui.

Nous ne pouvons pas, il est vrai, endurer la sidération et l’état d’exception trop longtemps.

Nous ne pouvons pas nous contenter de vivre dans un présent à la vue courte, sans vision de demain.

Mais passer à autre chose, comme s’il fallait effacer ces semaines de confinement, effacer les peines et les douleurs d’une pandémie, les vérités qu’elle a révélées, sur nous, sur notre société, sur le monde, alors : non.

Je dis non.

Parce que cela signifierait que nous avons vécu pendant deux mois des pages blanches de notre histoire, individuelle ou collective, et que cela n’a pas compté, qu’il ne s’est rien passé qu’une regrettable parenthèse.

Si nous voulons que demain ait du sens, un peu de sens, il faut, au contraire, que ce soit cet hier-là, cet hier du confinement, qui le lui donne.

On ne vit pas aujourd’hui ou demain en effaçant ce qui a eu lieu – en passant à autre chose.

Ce sont, il faut le dire, les morts et les blessés, ceux que le philosophe tchèque, Jan Patočka, appelait les « ébranlés », qui doivent nous donner du sens, à nous, vivants. On n’efface pas ce qui a eu lieu, on vit avec.

Et c’est sans doute cette dignité qu’il y a à « vivre avec », qui constitue, ce que Patočka toujours, nomme la « solidarité de ceux qui ont subi le choc, de ceux qui sont à même de comprendre ce dont il en va dans la vie et dans la mort, et, par conséquent, dans l’histoire ».

Ce serait dommage en effet de passer à côté de notre histoire, à côté de l’Histoire, avec laquelle nous avions ce douloureux rendez-vous."

L'humoriste d'inter: Charles Nouveau

"Françaises, Français, bonjour.

Bonjour Daniel Fiévet. Ca va ?

Vous savez qu’on a plein de points communs vous et moi ?

On est tous les deux bruns.
On est tous les deux mal rasés.

Et on est tous les deux à l’antenne à cette heure-ci parce que quelqu’un d’autre est indisponible.

Quand le directeur des programmes m’a appelé hier soir, il m’a demandé « si j’étais occupé en ce moment ».

Et ça mesdames et messieurs ce qu’on appelle la politesse.

Même si j’entendais qu’il se retenait un peu de rire au téléphone.

Parce qu’il est parfaitement au courant du fait que je suis humoriste à une période où les théâtres sont fermés.

Ce qui est non seulement terriblement ennuyeux mais qui en plus
me met aussi dans une position de vulnérabilité sans pareil quand on me propose quelque chose.

D’ailleurs je le dis aux auditeurs, si vous connaissez personnellement un humoriste et que vous avez un déménagement, c’est le moment ou jamais de demander un service.

Non seulement ils ont rien d’autre à faire mais en plus à ce stade ils feraient tous n’importe quoi contre une promesse d’applaudissements.

Bref. Ce qui me gêne Daniel Fiévet c’est pas qu’on m’ait prévenu à la der, pas du tout.
J’ai énormément d’empathie pour les gens qui font les choses à la dernière minute et je ne suis d’ailleurs jamais monté dans un TGV sans être entièrement recouvert de sueur.
 

Ce qui me gêne c’est qu’à peine un jour après avoir posté des blagues sur le Christianisme sur les réseaux sociaux, France Inter me propose d’être à l’antenne: le jour de l’Ascension.

Parce que je sais pas si vous êtes au courant Daniel, mais l’ASCENSION,
avant d’être la phase de ma carrière que je semble incapable de débloquer au sein de cette antenne,

C’EST SURTOUT, à la base, un truc en lien avec Jésus.

En ce qui me concerne, j’ai pas particulièrement envie d’épuiser tout mon quota de blagues blasphématoires en l’espace de deux jours.

J’ai pas envie d’avoir le Vatican sur le dos.

J’ai vu - le Da Vinci Code.
Je sais - de quoi ils sont capables.

En plus après ce confinement j’ai probablement beaucoup moins de cardio que Tom Hanks.

Si je me fais pourchasser à travers Paris, au mieux on fait un moyen-métrage,
et ça s’arrête avec moi qui vomit sur les chaussures d’Audrey Tautou.

Mais y a de quoi parler de l’Eglise, ces jours-ci, Daniel.

Le Conseil d’Etat veut rouvrir les lieux de culte, mais pas forcément les lieux de culture.

Non aux théâtres, mais oui aux Eglises.

Alors que quand on y réfléchit: c’est plus ou moins le même dispositif.

Un public assis.
Devant des gens debout.
Qui récitent des textes de fiction.

Donc si le gouvernement ne rouvre pas les théâtres, j’espère au moins qu’il va encourager les humoristes à prêcher à la place des prêtres, imams ou rabbins de France.

Moi je veux bien assister à une messe si c’est Florence Foresti qui la fait.

Ou alors au moins que le prêtre fasse un petit effort.
Démarrer les sermons par « chais pas si vous avez remarqué », quelque chose.

Je suis sûr qu’il y a des synergies à mettre en place.

Et même si j’ai AUCUNE IDEE de si c’est une bonne idée d’ouvrir les lieux de culte ou les théâtres, je peux vous dire qu’on a hâte, et que le moment venu, c’est pas exclu qu’on lâche un petit alléluia.

Daniel Fiévet, je vous laisse à vos fidèles.

Je vais aller prier Dieu pour qu’il me laisse rejouer mon spectacle."

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