Et une émission sous le signe du punk… Nous recevrons le jardinier paysagiste Eric Lenoir, qui promeut le jardin punk, une manière de jardiner anarchiste et paresseuse qui fait de plus en plus d’adeptes.

Les conseils loisir du vendredi de Grand bien vous fasse !
Les conseils loisir du vendredi de Grand bien vous fasse ! © Getty / Westend61

Pour en parler au micro d'Ali Rebeihi : 

  • Michka Assayas nous raconte les origines du mouvement punk né au Royaume-Uni dans les années 1970.
  • Eric Lenoir, paysagiste, pépiniériste et auteur du "Petit traité du jardin punk : apprendre à désapprendre", éditions Terre Vivante (novembre 2018).
  • Aïda N'Diaye, professeur agrégée de philosophie et ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure.

Sa chronique évoque le  jardinage, et l'opposition entre travail manuel et travail intellectuel en référence à la pensée de Simone Weil.

  • Maïa Mazaurette, chroniqueuse sexe et autrice.

Il s'agit de sexe punk avec la sortie du livre Feminispunk : le monde est notre terrain de jeu de Christine Aventin (éditions Zones, avril 2021).

  • Christilla Pellé Douël : Elle parlera d’une auteure punk avant l’heure, Tove Jansson, et de son livre "La fille du sculpteur", éditions La Peuplade (février 2021).
  • Guillemette Odicino parle de la comédie musicale "Phantom of the Paradise" de Brian de Palma. Film qui a inspiré le casque des Daft Punk.
  • Grégory Cohen : un peu de douceur dans ce monde de brutes, le chef nous donnera sa recette d'Angel cake.

Et assi : Petit coup de projecteur sur le Pays Basque où Marlène Da Costa a créé sa micro-entreprise de fabrication artisanale nommée Ogait Ogait dans l'idée de tisser du lien en fabricant des porte-clés et des bracelets en cordes de marin.

Extraits de l'entretien avec Eric Lenoir

Un jardin punk, c'est quoi ?

Eric Lenoir est paysagiste et pépiniériste dans l'Yonne.

Eric Lenoir : "Un jardin punk, c'est un jardin qu'on laisse un peu plus tranquille parce que c'est le meilleur moyen d'économiser son énergie. C'est un jardin qui essaie de s'affranchir de toute l'absurdité de la maîtrise absolue qu'on cherche à avoir sur tout et qui, en fait, n'est qu'un leurre, une impression"

Quels sont les principes du jardin punk

"C'est difficile de parler de principes quand on parle de punk… C'est des façons de faire et de penser, peut-être. On va commencer par se dire que moins on en fait, mieux ça se porte. Arrêter de faire des choses parce qu'on nous a dit qu'il fallait les faire, c'est la toute première base. On se rend compte que rien qu'en observant tout ce qui se passe sans nous, le jardin existe aussi."

Le truc, c'est de savoir lâcher prise : "Pour certaines personnes, c'est difficile de s'assoir devant son gazon et de le regarder pousser sans passer la tondeuse.

Le lâcher prise, c'est aussi le temps de l'observation. En général, quand les gens prennent possession d'un espace pour en faire un jardin, ils vont tout de suite raser tout ce qui dépasse, ils vont planter tout ce qu'ils ont l'intention de planter parce que dans leur imaginaire, c'est ça qu'il faut dans leur jardin. Et après, ils vont se donner du mal pour pouvoir conserver ça intact, immuable. Comme si ça devait sortir d'une agence immobilière pour pouvoir vendre la baraque".

Pas cher, facile, rapide à faire et à entretenir

"C'est quand même une base : le punk a tendance à être fauché… On ne court pas après l'argent et forcément, on n'en a pas trop. Et c'est aussi une des bases de la liberté de pouvoir s'affranchir de la dépense. Et quand on commence à avoir des jardins et qu'on voudrait en faire quelque chose, si on veut faire exactement ce qu'on a vu dans les magazines, ça va nous coûter un peu d'argent. C'est une piste aussi pour réfléchir le jardin différemment."

Que faire des mauvaises herbes que l'on s'évertue à arracher ?

"Les mauvaises herbes, c'est quoi ? Ça n'existe pas ! Il y a des plantes qui peuvent éventuellement être là où on n'a pas l'intention qu'elles soient. Mais des mauvaises herbes, ça n'existe pas".

Grégory Cohen ajoute : "Dans les "mauvaises herbes", il y en a pas mal qu'on peut cuisiner et qui font super bonnes. Les orties, a priori on va dire "j'aime pas trop ça, j'ai pas trop envie de l'avoir sur mon terrain", mais les orties, c'est génial. On peut faire un pesto d'orties, une soupe d'orties, c'est canon. [ ou un pounti à l’ortie, dont François-Régis Gaudry partage une recette cette semaine]

Et puis les pissenlits aussi, qui poussent un peu partout naturellement, ça aussi c'est exceptionnel en salade, avec un petit goût d'amertume et une vraie fraîcheur".

Tondre le moins possible

"Je préconise de tondre le moins possible. Ça ne veut pas dire ne pas tondre, il y a évidemment des endroits où c'est quand même plus pratique de tondre, ne serait-ce que pour pas se mouiller les pieds quand on va d'un endroit à l'autre du jardin

Mais on peut vraiment, dans la plupart des jardins, arrêter de tondre au moins les deux tiers de ce qu'on fait."

Quelles sont les principales difficultés du jardin punk ?

Comment faire pour que son jardin ne se transforme pas en taillis, en bosquets, en bois ? Comment ne pas se laisser envahir par les ronces ? 

"Il y a des choses à faire et je rebondis sur l'histoire de la cuisine. C'est que souvent, je dis aux gens qui me disent "Mais j'ai ça qui m'envahit", je dis "Mangez-le, mangez-le. Faites de la cuisine". Il y a plein de choses qui se mangent… Les ronces, on a les mûres dessus, on ne va pas s'en priver trop non plus. 

L'idée, c'est qu'effectivement, toute prairie, en l'absence de grands herbivores, va inexorablement se transformer en forêt - d'abord en taillis, puis en forêt. Donc, le boulot principal du jardinier punk qui a envie d'en faire le moins possible, ça va être d'éviter que ça ne devienne une forêt (à moins qu'il ne désire que ça devienne une forêt, parce que c'est aussi une option). À défaut d'arracher les végétaux pionniers (les frênes, les bouleaux, les saules ou les ronces aussi...) : les faucher une fois par an, ça permet de vraiment limiter la casse"

Quels sont les outils du jardinier punk ? 

"Des outils qui ne font pas de bruit, de préférence. La faux à débroussailler. Et moi, je travaille avec un couteau à couper l'isolant pour les maisons, un espèce de grand couteau à pain, ça marche super bien aussi. Et avec ça, et une tondeuse pour faire des allées, j'entretiens 14 000 mètres²."

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