Et ce matin nous allons vous donner quelques clés pour prévenir et échapper au burn-out. Ce syndrome d’épuisement professionnel qui touche de plus en plus de Français, notamment en cette période de crise sanitaire.

 Comment reconnaitre un burn out ?
Comment reconnaitre un burn out ? © Getty / Delmaine Donson

Quels sont les signes qui doivent alerter, indiquant que l’on est frappé par cet incendie intérieur qui nous fait perdre le sens de ce que l’on fait ? Est-il possible de prévenir le burn-out ? Comment réparer les dégâts causés par un burn-out, reconnu en 2019 comme une maladie professionnelle par l’Organisation Mondiale de la Santé ? On évoquera également ce matin le burn-out parental, et on vous apportera des solutions concrètes pour vous aider à sortir de ce piège.

N’hésitez pas à poser vos questions et à témoigner au 01 45 24 7000 et sur l’application France Inter ainsi que sur la page Facebook de GBVF.

Vous retrouverez les questions toujours pertinentes de Marie-Laure Zonszain de Femme Actuelle et la chronique Choses Presque vues d'Eric Libiot. Bienvenue dans GBVF, la vie quotidienne mode d’emploi ! 

Extraits de l'entretien : 

Le burn out, un syndrome pas si nouveau

Ali Rebeihi : "A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le travail se retrouve au centre de l'activité humaine, de l'organisation sociale et politique. On assiste progressivement à une augmentation du syndrome d'épuisement professionnel. Par exemple, en 1911, des études décrivent une forme de neurasthénie des instituteurs. Dans les années 1920 apparaît ce que les spécialistes appellent la "fatigue industrielle". En 1956, certains chercheurs décrivent une névrose des téléphonistes. 

On doit la notion de burn out à un médecin américain Herbert Freudenberger. Il exerce dans les années 1970 dans une clinique de New York qui accueille des toxicomanes. Petit à petit, son corps et son psychisme se dégradent un jour, à son réveil, il enregistre son état sur un magnétophone et se rend compte que sa voix a changé. Une voix qui trahit l'épuisement, l'angoisse, la dépression et même, dit il, l'arrogance !"

Agnès Bonnet-Suard : "Par l'arrogance, il met l'accent sur le facteur de déshumanisation associé à ces syndromes de burn out. Herbert Freudenberger avait particulièrement investi son travail celui de soignant qui opère auprès d'une population qui en a besoin."

Le burn out, un mal insidieux

Agnès Bonnet-Suard : "Les personnes qui sont victimes de ce processus peuvent être pendant longtemps sourde à ce processus qui opère en elles."

Aurélia Schneider : "Souvent, la personne a des arrêts maladies longs avant de repartir du bon pied. Là, elle s'aperçoit avec le recul que cela fait des mois qu'elle souffre d'un épuisement dont elle, et son entourage, ne se sont pas rendu compte."

Un incendie intérieur chez des personnes qui n'arrivent pas à dire "non"

Aurélia Schneider : "Pour moi, c'est un hurlement intérieur silencieux de "STOP" ! Ce sont des patients qui n'arrivent pas à dire "non"."

Agnès Bonnet-Suard : "Les personnes en burn out n'arrivent pas à dire "non" à leur environnement professionnel et aux différentes sollicitations qu'elles reçoivent., mais elles n'arrivent pas non plus à se dire non à eux-mêmes. Elles n'arrivent pas à se poser eux mêmes des limites par rapport à leur engagement au travail. 

Elles ont souvent un surengagement au travail.

Les signes qui ne trompent pas : l'assèchement émotionnel, la déshumanisation et la perte d'efficacité professionnelle et personnelle

Agnès Bonnet-Suard : 

  • "L'assèchement émotionnel, c'est l'épuisement émotionnel poussé à l'extrême. La personne ne ressent plus la qualité émotionnelle qu'elle peut tirer des relations avec son environnement. 
  • La déshumanisation, c'est une attitude cynique envers les personnes avec lesquelles on travaille. Et c'est un regard très acerbe porté sur son métier et l'intérêt de sa fonction. Cela correspond à l'impression de fonctionner comme un robot qui peut aller jusqu'au sentiment de ne plus se reconnaître, de ne plus être maîtres de son action. 
  • Et enfin, le dernier facteur, c'est la perte d'efficacité personnelle. C'est le  sentiment de ne plus être efficace, au travail et de ne plus être capable de donner ce qu'on donnait. Et c'est extrêmement culpabilisant pour les personnes qui le ressentent."

Le burn out vu de l'intérieur 

Agnès Bonnet-Suard : "Parmi les symptômes psychiques du burn out, on trouve l'insomnie, les ruminations, l'anxiété, l'angoisse. La personne les fait taire et essaye d'ignorer aussi, jusqu'à ce jusqu'à ce qu'il devienne trop invalidant et qu'elle ne puisse plus les ignorer. Elle ressent qu'elle perd pied, qu'elle perd le contrôle mais elle essaye malgré tout de faire comme si elle avait encore prise."

Aurélia Schneider : "Les personnes en souffrance mettent en place des stratagèmes pour vivre avec leur burn out en prenant des médicaments, de l'alcool, ou en se privant de sommeil. Elles apprennent donc à vivre avec, parfois jusqu'à la rupture."

Agnès Bonnet-Suard : "Les personnes vont utiliser ce que j'appelle les "stratégies de pansement" : faire plus de sport, faire de la relaxation, se mettre des cadres de vie assez rigide, alors même qu'ils sont pas en mesure de supporter cette rigidité puisque ils sont dans un processus d'effondrement."

Fatigue VS burn out

Agnès Bonnet-Suard : "La fatigue d'un syndrome du burn out est massive. Elle inclut une dimension physique, mais aussi une fatigue psychique très importante. Elle est accompagnée d'autres symptômes comportementaux comme des troubles du caractère, ou de l'irritabilité, souvent banalisés mais qui expriment le processus qui est déjà en cours chez la personne. Il y a aussi le cas des personnes qui poussent leurs limites de résistance à la fatigue de manière extrêmement importante.

"Les meilleurs candidates" au burn sont souvent très résistantes à l'effort que demande leur investissement professionnel. Et lorsqu'elles ressentent la fatigue, il est souvent trop tard, et elles s'effondrent d'un seul coup."

A l'origine du burn out, trop de travail, trop d'idéalisme, et trop d'investissement

Agnès Bonnet-Suard : "La notion de l'investissement et surtout les attentes que nous produisons envers le travail jouent un rôle important dans la manière dont nous allons le vivre. Dans les premières descriptions du syndrome de burn out, il était directement lié à l'épuisement physique au travail. Aujourd'hui le burn out recouvre d'autres dimensions. Il entraine des attentes idéales qui poussent à se donner. Mais quand le travail n'apporte plus, il y a un risque d'effondrement psychique."

Aurélia Schneider : "Plus on s'investit dans son travail, plus on s'épuise et plus on est exposé au burn out. L'épuisement au travail est une stratégie de réponse pas adaptée qui va faire perdre une vue d'ensemble de la situation générale dans laquelle nous nous trouvons."

Pour sortir du burn out : en parler

Aurélia Schneider : "C'est l'une des caractéristiques du burn out, les personnes n'en parlent pas et continuent de suragir."

Agnès Bonnet-Suard : "Ils ne parlent pas aussi parce ce qu'ils éprouvent à ce moment-là ne leur ressemble pas et ne ressemble pas non plus au parcours qu'ils ont effectué jusqu'à présent. Ils ont le sentiment de faillir à travers ces symptômes. Or ce n'est pas du tout le cas."

Prendre le temps

Julien, auditeur, a surmonté un burn out : 

Avant tout, il faudrait vraiment prendre le temps de se poser, de prendre conscience, de prendre le recul. C'est très difficile au départ. Il ne faut pas hésiter à consulter. 

C'était vraiment un point fondamental dans le processus de guérison. N'hésitez pas à vous dire que vous avez besoin d'aide. C'est le point de départ." 

Agnès Bonnet-Suard : "Lorsqu'on est en état de burn out, le temps est compressé. On a le sentiment que le temps est raccourci, qu'on court toujours. Et on n'y arrive jamais. Il faut accepter de s'arrêter. Or les personnes pendant longtemps résistent parce que pour eux, s'arrêter, c'est un échec. Or, s'arrêter est salvateur, c'est une première étape. 

Il faut accepter de déposer les armes, déposer les armes, faire un temps de pause."

Se recentrer sur soi

Agnès Bonnet-Suard : "Ensuite, il faut se recentrer sur soi, prendre le temps nécessaire pour reprendre contact avec soi-même.  A partir de ce moment on peut questionner peu notre engagement dans notre activité personnelle, familiale ou professionnelle.

On peut s'arrêter sur les émotions ressenties dans certaines situations, s'arrêter sur l'adéquation entre la situation que l'on vit, l'émotion qu'on ressent et la pensée qui nous traverse. 

Ce sont des éléments très important ont on fait souvent l'économie. On agit un peu en mode automatique. Or, quand on s'arrête, souvent on s'aperçoit d'un certain inconfort, d'une incohérence, et que l'on est en dissonance cognitive. On voit qu'on ne partage pas certaines valeurs ou que notre activité ne correspond pas à certaines de nos valeurs. 

On est alors en dissonance émotionnelle. Cette situation émotionnelle a un coût psychique qui nous épuise. Il faut accepter de se questionner sans culpabilité, parce que beaucoup de  personnes traversent ces états."

Avec :

  • Agnès Bonnet-Suard, psychologue clinicienne, professeure des universités et co-fondatrice du cabinet de conseil Therasens. Elle anime des conférences dans le domaine de la qualité de vie au travail, de la prévention des risques psycho-sociaux et du développement personnel, et a publié Reconnaître le burn-out. Agir contre l'épuisement émotionnel et se retrouver - Editions Eyrolles, 2020 
  • Aurélia Schneider, médecin psychiatre spécialisée en psychothérapies comportementales et cognitives, auteure de La charge mentale des femmes. Et celle des hommes – Editions Larousse, 2018
  • Marie-Laure Zonszain, partenariat Femme Actuelle
  • Eric Libiot, chronique Choses (presque) vues 
L'équipe
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