Le loup, l’ours, le cochon, le corbeau, et le pangolin dans l’histoire immédiate. Tous auront été victimes, à un moment de l'histoire, de la représentation de l'homme qui a souvent fait d'eux les agents propagateurs d'un certain nombre de leurs maux. Tel un miroir des peurs que les hommes ont bien voulu leur prêter.

Ces animaux mal-aimés de l’histoire. Ici, une illustration datant du XIXe siècle représentant une scène de procès d'une truie reconnue coupable de meurtre. Une vision courante au Moyen Age
Ces animaux mal-aimés de l’histoire. Ici, une illustration datant du XIXe siècle représentant une scène de procès d'une truie reconnue coupable de meurtre. Une vision courante au Moyen Age © Getty / Universal History Archive / Contributeur

La crise du coronavirus a mis en lumière le rôle de bouc-émissaire joué par certains animaux… En l’espèce le pangolin, accusé d’être l’un des agents propagateurs du Covid-19, de l’animal vers l’homme…

Tout au long de l’histoire, des animaux furent incriminés dans des épidémies, catastrophes et autres calamités… À tort, quand le corbeau est réputé porter malheur, ou à raison, quand la science nous apprend que la puce du rat transmet la peste

L'historien Michel Pastoureau explique comment mieux comprendre ces animaux mal aimés et célèbres qui ont accompagné l’histoire de l’Occident. 

Des animaux voués aux gémonies

Michel Pastoureau : "À l'époque, le bestiaire est assez restreint, il s'agit en premier lieu d'animaux jugés "supérieurs" par la culture médiévale et du début de l'époque moderne. Ceux-là sont comme des animaux-individus (cochon...) conduits au tribunal jugés par la justice civile. Ce sont essentiellement de gros mammifères domestiques. 

Puis il y a une deuxième catégorie dénoncée, ce sont les rongeurs, les insectes, la vermine qui détruisent les récoltes, susceptibles d'envahir un terroir. Ceux-là sont jugés par la justice ecclésiastique.

L'origine des expressions animales

Ces pratiques deviennent fréquentes à partir du début de l'époque moderne. À partir du XVIe siècle, on fait surtout des comparaisons, ce sont des métaphores entre tel comportement humain et l'animal lui-même. 

Cela devient vraiment péjoratif au XVIIe siècle, qui devient très cruel envers le monde animal, c'est un siècle qui n'aime pas beaucoup les animaux. 

Des procès d'animaux : "le cochon comme l'égal de l'homme et de ses vices"

Ils sont censés avoir une âme et être capable de comprendre ce qu'est le bien et le mal. On cherche à les rendre responsables de leurs actes. À l'époque, l'animal avait une responsabilité civique. Parmi les animaux intelligents, il y a le cochon. Neuf fois sur dix, il s'agit de cochons, pour des raisons matérielles : ils sont vagabonds, ils occasionnent des accidents, ils pillent des jardins, des boutiques…

Le christianisme dévalorise le cochon en lui attribuant un assez grand nombre de vices. Sur les sept péchés capitaux, il en a quatre qui lui reviennent. On lui en ajoute un cinquième à l'époque moderne : la luxure.

Il est surtout coupable d'être l'animal le plus semblable à l'être humain

Les procès en sorcellerie : les loups, les chats, les corbeaux, les chouettes...

La sorcellerie est surtout une affaire de l'Europe moderne, pas de l'Europe médiévale. Il y a un bestiaire du diable qui se met en place assez tôt. Ce sont soit des animaux qui ont des mœurs nocturnes comme le chat, le renard, la chouette qui sont donc diaboliques. Ce sont des animaux qui ont un pelage rayé, un pelage roux ou un pelage sombre, un plumage vert. Ce sont des couleurs qui ont à voir avec les esprits du mal. Ce bestiaire du diable est d'ailleurs assez abondant. On les accuse d'avoir tel ou tel démon d'introduit en eux, voire le diable lui-même.

Quand la représentation des animaux interroge l'imaginaire de l'époque 

L'histoire des rapports entre l'homme et l'animal est devenu un sujet carrefour dans la compréhension des sciences humaines. 

On s'aperçoit que l'animal touche à tous les problèmes de la vie en société

Il aide à comprendre la sensibilité, les systèmes de valeurs, les modes d'émotions, les superstitions, les croyances d'une époque". 

La suite à écouter…

Avec

  • Michel Pastoureau, historien médiéviste, spécialiste des couleurs, du bestiaire, des images et des symboles, directeur d'étude et émérite à l'école pratique des hautes études et à l'EHESS. Auteur de "Le cochon : histoire d'un cousin mal aimé" (Gallimard)
  • Hélène Gâteau, vétérinaire

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