Comment savoir si une fièvre, un malaise, une douleur inhabituelle doit nous pousser à appeler le Samu ou les pompiers ? Il est difficile d’évaluer le danger, et quand il s’agit des enfants, on a toujours peur de mal faire. Comment ne pas surcharger les services d’urgences, surtout en ces temps de crise sanitaire ?

Quand aller aux urgences ?
Quand aller aux urgences ? © Getty / Eric Audras

Nos experts vont vous aider à y voir plus clair…

  • Gérald Kierzek, médecin urgentiste et chroniqueur médical
     
  • Toubib, pédiatre urgentiste, pour son livre Urgences or not urgences. Manuel de survie en milieu pédiatrique, paru le 21 janvier dernier chez First Editions. Toubib anime également la page Facebook Toubib or not Toubib 
  • Pauline Ricard, formatrice et bénévole à la Fédération nationale de la Protection Civile. Elle est également coordinatrice nationale des opérations pour cette même fédération.  Site Internet de la protection civile
  • Adrian Chaboche, médecin spécialiste en approche globale et intégrative et en accompagnement des sportifs à Paris (Centre Vitruve). Il est aussi praticien attaché dans un centre de traitement de la douleur. Adrian nous fera part de sa chronique "Portrait de patient".

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission 

Les urgences et la "bobologie"

Gérald Kierzek : 

Je pense que c'est dangereux de culpabiliser les patients en leur disant "Vous venez pour rien aux urgences, c'est de la bobologie". 

En fait quand on regarde, particulièrement cette période, on a jamais eu aussi peu de passages aux urgences que depuis un an. C'est contre intuitif parce qu'on a l'impression que ça déborde, que les gens meurent sur les trottoirs des urgences. Les images d'Italie ont beaucoup traumatisé. Mais la réalité, c'est que quand on regarde la moyenne de fréquentation des urgences depuis les quatre dernières années, notamment sur l'Ile-de- France, on est en dessous de cette moyenne, systématiquement. 

Il y a plusieurs raisons, mais la principale, je pense, c'est que les gens ne veulent pas s'y rendre. Ils ont peur d'encombrer ou ils se disent "C'est pas très grave". Le problème, c'est qu'on a des morts qui sont à la maison, ou on a des pathologies graves : les infarctus, par exemple, où les gens avant appelaient le 15. Maintenant, ils n'osent pas ou ils n'ont pas envie. C'est pour ça que mon message, c'est plutôt : 

Dans le doute, appelez le 15. Bien sûr, il ne faut pas s'affoler pour rien, mais il ne faut pas faire non plus l'auto diagnostic et passer à côté de quelque chose de grave. 

Toubib confirme : "Le doute n'est pas permis, surtout en pédiatrie" et conseille "appelez le 15, ils sont là pour ça et ils ont un médecin conseil qui peut orienter". Le pédiatre rappelle cependant les vertues pédagogiques d'éduquer les parents pour savoir distinguer ce qui est vraiment grave de ce qui ne l'est pas - "pour éviter à la fois de faire perdre leur temps aux parents et au personnel soignant, et aussi pour éviter de mettre les enfants dans des conditions où ils vont se retrouver face à des nids à microbes".

Comment savoir si une fièvre est grave chez un enfant ?

La fièvre, c'est à partir de 38 °C. 

  • Bébés de moins de trois mois

Première chose à savoir : un enfant qui a moins de trois mois et qui fait de la fièvre, c'est aux urgences, peu importe le reste, on s'en fiche, c'est aux urgences. 

  • Bébés de plus de trois mois

Une fois que votre enfant a passé cette barre des trois mois, vous allez d'abord regarder votre enfant. 

Il fait plus de 38 °C, ce que vous avez contrôlé déjà avec un thermomètre digne de ce nom (soit un thermomètre auriculaire fiable, soit un thermomètre rectal). 

Une fois que vous avez la confirmation qu'il y a cette fièvre, vous pouvez déjà commencer par donner un Doliprane / Dafalgan / du paracétamol et attendre 40 minutes (cela n'agit pas magiquement tout de suite). 

Après, mettez le thermomètre de côté, et regardez votre enfant pour faire le CCR (Coloration / Comportement / Respiration) :

> Coloration : Votre enfant n'a pas les lèvres bleu pâle, ça veut dire que déjà, c'est bien supporté. Un enfant ne doit pas être avoir les lèvres bleues, les extrémités bleues. Il ne doit pas être pâle. 

> Comportement : Si jamais votre enfant a un comportement normal, ça veut dire que la fièvre est bien supportée (par "normal", j'entends un enfant qui ne va pas être amorphe, qui va interagir avec vous, qui va pouvoir jouer, vous regardez, vous suivre des yeux... Je ne dis pas qu'il ne va pas être fatigué, on est tous fatigués quand on fait une grippe). 

> Respiration : En gros, si votre enfant n'a pas de difficulté à respirer, s'il ne tire pas quand il respire, dans ce cas là, ce n'est pas inquiétant. 

Si vous avez un CCR qui est normal, la fièvre va faire le yo yo pendant plusieurs jours, surtout en cas d'épisode viral ça dure 3 à 5 jours environ. Vous pouvez lui donner du paracétamol et gérer comme ça le temps d'aller voir tranquillement votre médecin traitant. 

Mais toute anomalie du CCR, le comportement OU la respiration OU la coloration, un des trois suffit pour appeler le 15 ou aller aux urgences.

Que faire en cas de doute ?

Si le papa, la maman, a un doute par rapport à l'état de son enfant, il faut venir aux urgences. Mais il faut pondérer toujours ce doute par des évidences. Il m'arrive très fréquemment quand même de voir des enfants, par exemple, de deux ou trois ans qui sont amenés pour une fièvre et qui vont faire des roulades carrément pendant que je les examine, qui vont s'amuser avec mon stéthoscope, qui vont être très bien… Je ne dis pas qu'il ne faut pas consulter ; au moindre doute il faut avoir un avis médical, mais je pense que il faut aussi apprendre à se former. Aussi pour que les gens eux-mêmes puissent déstresser - parce que c'est aussi un gros facteur pour l'enfant le stress du parent. 

Comment gérer le stress aux urgences ?

"Le fait qu'on soit inquiet pour son enfant, ça va forcément générer de l'agressivité. Est-ce que c'est forcément dirigé contre le personnel soignant ? En fait, c'est juste que le personnel soignant est là, devant nous, donc par défaut, c'est à lui qu'on va s'en prendre.

Par exemple, si une maman s'énerve : elle est inquiète parce que ça fait trois jours que son fils a 40°C de fièvre. "Il y a deux choses symptomatiques qu'on apprend pas aux parents : 

Le chiffre de la fièvre, on s'en fiche, on en a rien à faire. 

Il faut savoir s'il y a de la fièvre ou non, et comment l'enfant se comporte par rapport à la fièvre. Peut-être que si on avait appris en amont à cette maman cette chose-là, elle serait moins inquiète ?

On est tous d'accord pour dire que quand on patiente trois à quatre heures, on a les nerfs en pelote. Il y a ce problème-là… Et puis il y a le problème du fonctionnement des urgences. Les gens ont du mal à comprendre que le mot "urgences", surtout les urgences pédiatriques, ce sont les véritables urgences - c'est-à-dire que les enfants qui vont passer en priorité sont les enfants qui vont mal. 

Un enfant qui va être là dans la salle d'attente depuis quatre heures, ça veut dire que son état n'a pas été jugé ultra préoccupant pour être placé directement en salle et vu par le médecin. Ça arrive souvent que d'autres enfants passent avant cet enfant qui attend pendant quatre heures alors qu'ils ne sont arrivés que depuis deux minutes. Mais vous n'allez pas faire attendre un enfant qui est en détresse respiratoire aiguë ou qui est en train de convulser, ça n'a aucun sens - surtout si l'autre enfant a 40 °C parce qu'il a une rhino-pharyngite depuis trois jours".

Premiers gestes d'urgence : que faire face à un enfant qui s'étouffe ?

C'est un peu les mêmes méthodes que pour les adultes, selon l'âge de l'enfant.

Les claques dans le dos, c'est la première chose à faire. Attention : quand un enfant est en train de s'étouffer, qu'il est cyanosé (tout bleu), qu'on voit qu'il n'arrive pas à tousser, qu'il est vraiment bloqué et en train de s'asphyxier, il faut faire des mouvements pour débloquer l'enfant avec les tapes dans le dos ou, quand ils sont plus grands, avec la méthode d'Heimlich si les claques dans le dos ont échoué. 

Par contre, si l'enfant tousse et qu'il a avalé quelque chose de travers, on ne fait rien et on appelle le 15 parce qu'on peut risquer, par malheur, de faire tomber le corps étranger coincé quelque part sur une des bronches souches ou, plus fort encore, sur le carrefour des bronches souches, et, du coup, provoquer une asphyxie. 

Il faut apprendre des choses simples, que ce soit sur les brûlures, sur le massage cardiaque. Ça ne fait pas des choses que, malheureusement, on peut expliquer aux gens à l'oral. Il faut des formations, il faut le montrer au moins une fois. 

Que se passe-t-il concrètement quand j'appelle le 15 ou les pompiers ?

Gérald Kierzek rappelle que le Samu se contacte en faisant le numéro 15, et que c'est le seul numéro où 24h/24, 365 jours par an, il y a un médecin au bout du fil. "Un médecin qui va faire un espèce de diagnostic par téléphone et vous orienter en fonction de cas. 

  • Si c'est grave, il peut vous envoyer les secours. 
  • Et si c'est pas grave, il va pouvoir vous donner un conseil, faxer une ordonnance, ou envoyer par mail à la pharmacie à proximité de chez vous... 

Ça ne veut pas dire qu'il faut les encombrer et qu'il faut appeler pour rien. Mais, d'un problème qui vous paraît banal mais qui vous inquiète un dimanche à midi et que votre médecin généraliste n'est pas joignable, jusqu'à la douleur thoracique ou à l'arrêt cardiaque : le 15 est une réponse."

Comment gérer le stress aux urgences ?

Gérald Kierzek : "Ce qui génère l'agressivité, c'est le stress. Et celui-ci est généré par deux choses aux urgences : l'inquiétude et l'organisation des urgences (le temps d'attente). 

Quand vous attendez pendant trois heures, quatre heures, cinq heures dans certains services, parce que malheureusement, c'est une espèce d'usine à malades et qu'on a un peu détricoté le maillage territorial, fermé les services d'urgences (on est passé de plus de 2000 services d'urgences à moins de 700)… Tout est concentré sur des énormes plateformes et ça génère de l'attente. Et cette attente génère de l'agressivité". 

Pourquoi attend-on souvent aux urgences ?

Gérald Kierzek : "La médecine, c'est de faire du tri. La médecine d'urgence, c'est de trier les malades par ordre de gravité. Donc, quand vous arrivez, vous voyez une collègue, infirmier ou infirmière d'accueil et d'orientation qui va trier en fonction de la gravité. Et une fièvre va passer après, par exemple, un infarctus ou une détresse respiratoire". 

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