Au micro d'Ali Rebeihi, Jean-Claude Carrière se confiait sur le sens de la vie en général, confrontée à l'idée de la mort. C'était à l'occasion de la sortie de son livre "La Vallée du Néant". L'écrivain défunt partageait sa conception du plaisir de vivre et ses réflexions quant à l'acceptation de la mort.

Jean-Claude Carrière, écrivain, scénariste, parolier et metteur en scène français.
Jean-Claude Carrière, écrivain, scénariste, parolier et metteur en scène français. © Maxppp / Clemens Niehaus/Geisler-Fotopres

D’origine paysanne, né dans le département de l’Hérault en 1931, Jean-Claude Carrière a vécu une existence publique de rêve. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, scénariste oscarisé pour l’ensemble de son œuvre, romancier, dramaturge, conteur extraordinaire à la voix puissamment évocatrice. L’œil qui frise, jamais cuistre. Curieux de tout, des mythes fondateurs aux mystères de l’astrophysique…

En cette époque binaire, fracturée, obscurantiste, complotiste, haineuse, qui valorise le clash violent, il est réconfortant d’écouter cette voix humaniste.

À l'âge de 87 ans, il publiait un merveilleux livre de vie consacré à la mort pour tenter d'y percer l'inexorable secret : La Vallée du Néant (éditions Odile Jacob).

L'écrivain mort à l'âge de 89 ans confiait ses sentiments, ses pensées, ses interrogations quant à l’idée du néant, de la finitude, le sens de la vie en général, quelque soit notre condition existentielle, nos croyances, nos convictions. L'occasion de prendre de la hauteur avec notre vie quotidienne : 

Comment définir le néant, la mort ? 

Il commence par expliquer combien il est difficile de le définir en le rapprochant à l'idée du "rien" dans lequel les hommes de toute culture et de tout temps, ont mis beaucoup de choses. C'est ce qu'il a cherché à comprendre et l'a amené, dit-il "à tenter cette dernière promenade tant que j'avais encore le temps". Le penseur considère qu'avoir peur de la mort n'a pas de vraie signification. Explications : 

Jean-Claude Carrière : "Ce qui est formidable, c'est qu'on se dit toujours que quand nous serons morts, nous le saurons, citant Sénèque

Tout le monde sait qu'il doit mourir, mais personne n'a jamais su qu'il était mort

On se retrouve obligé de parler du rien quand on a tout".

  • Pas de naissance sans mort

Il estime que "nous oublions que nous sommes condamnés à mort dès notre naissance" expliquant que la naissance n'est possible que grâce à la mort. Or, aujourd'hui, il est impossible d'accepter l'idée que nous devons un jour disparaître. 

Si on arrêtait de mourir, il faudrait arrêter de naître

C'est l'obsession de l'immortalité qui nous pose problème. Interdire la mort serait aussi interdire la naissance. La fin de la mort ne saurait pas se concevoir sans la fin de la naissance. Or, interdire la naissance sur toute la surface de la planète, qui s'y risquerait ?

  • La peur du mourir

Je n'ai pas peur du tout. Comme disait si bien Montaigne : 

Ce n'est pas la mort qui fait peur, c'est le mourir

Nous craignons avant tout le fait de souffrir pour mourir. La mort est très triste quand elle est lente et douloureuse. Mais, une fois qu'on est mort, on n'a plus rien, on n'a plus aucune sensation, il n'y a plus de raison pour soi-même de s'inquiéter.

Imaginons une vie sans mort, sans cette fin qui est la nôtre, qui est quelque chose que nous partageons inévitablement tous, la vie serait impossible".

Est-ce que vous vous demandez parfois si tout ça en valait la peine ?

La vie que j'ai eue est incroyable

"Quand je regarde en arrière, je me dit que si le petit garçon que j'étais avait su ce qui l'attendait… C'était tellement imprévisible. Je dois cela à une bourse de la République. Si j'ai une chose à dire, c'est "Vive la République !" 

Quelle philosophie de la vieillesse ? 

Alors que pour la plupart d'entre nous, vieillir, est une prise de conscience et une lutte de chaque instant, Jean-Claude Carrière explique sa propre philosophie du temps qui passe : 

Jean-Claude Carrière : "Les gens qui craignent le plus la mort, qui en parlent beaucoup, qui la redoutent, qui, tous les matins, s'examinent, sont ceux qui, en général, vivent avec la mort tandis qu'ils sont encore vivants. Ce qui n'est pas du tout mon cas.

Vieillir est le seul moyen que nous ayons trouvé pour vivre longtemps

C'est entre 40 et 50 ans, qu'il faut faire le plus gros effort pour ne pas se laisser aller à ce sentiment de déliquescence et de déchéance qui est en nous et, au contraire, résister, ne pas avoir peur de se lancer dans de grandes aventures, parce que le projet qui nous porte exige de la vie".

Une conception du plaisir de vivre ? 

Rien ne serait pire que de perdre l'envie de vivre, découvrir c'est plus qu'un plaisir, c'est une joie

Citant à l'appui le penseur du XVIIIe siècle, Louis-Sébastien Mercier : 

Je vis par curiosité, si je perdais cette curiosité, je serais vraiment mort

Beaucoup de gens ne se rendent pas compte du privilège extraordinaire que ce qu'est "être vivant" car nous n'en aurons qu'une, il faut en profiter pour qu'elle soit belle pour soi et qu'elle soit bonne pour les autres, et utile si possible.

Ne penser qu'à la mort fait oublier la vie

La suite de l'émission à écouter…

Invités

  • Jean-Claude Carrière, écrivain, scénariste
  • Christilla Pellé-Douël, journaliste à Psychologies Magazine
  • Guillemette Odicino, journaliste à Télérama
  • Eric Libiot

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