Comment vivre le temps de l’adolescence en cette période de pandémie qui s’éternise ? L’adolescence, le plus bel âge ? En tous cas c’est le temps de tous les possibles, de la construction de soi, des premières fois, des doutes et des enthousiasmes.

Avoir 15 ans en 2021
Avoir 15 ans en 2021 © Getty / Letizia McCall

Le temps des rires, des larmes, des troubles, des fêtes, des peurs, des amours, des combats, de l’ennui, de l’exaltation, et du mal-être, aussi…

En compagnie de Martin Legros du mensuel Philosophie Magazine, nous nous demandons ce matin ce que veut dire avoir 15 en 2021…

Quels sont leurs rêves, leurs aspirations, leurs sens de la vie ?

Si vous êtes adolescents ou parents, n’hésitez pas à nous appeler au 01 45 24 7000, ou à nous contacter sur l’appli France Inter et sur la page Facebook de l’émission, l’antenne vous est ouverte…

▶︎ Une émission en partenariat avec Philosophie Magazine.

Niels, Victor, Charline, Garance racontent leurs vies adolescentes en ces temps de pandémie

Niels (15 ans) : "On a tendance à plus nous pointer du doigt nous les adolescents. Au départ, ça faisait vraiment film post-apocalyptique cette atmosphère. Je parlais même de la vie d'avant comme la vraie vie" [...]

"Même si je constate des abus en termes du port du masque, ça m'arrive souvent, quand je l'enlève un instant pour boire de l'eau, qu'un adulte me dispute parce que je n'ai pas mon masque, alors qu'on le porte très clairement plus que n'importe qui d'autre dans la société" [...]

"Le plus grand risque pour moi, c'est de s'habituer et de se conditionner à si peu de libertés. Que ça devienne la norme par le futur. Il y a bien eu un élan de liberté juste après la guerre, donc il peut y en avoir un quand cette pandémie sera terminée".

Charline (15 ans) : "Ça commence à devenir très très difficile… notamment de sortir, de ne plus pouvoir faire de sport. C'est extrêmement difficile.

Victor (16 ans) : "Autour de moi, je vois beaucoup de gens qui sont assez mal et qui ne viennent pas toujours en cours".

Cet âge des premières fois, des premières grandes expériences de la vie soudainement empêchées

Martin Le Gros : "L'adolescence, c'est l'âge des premières fois, des commencements, des bouillonnements. On sent cette difficulté des jeunes qui sont là dans l'attente de vivre des choses, de vivre des premières fois dans tous les registres et qui, pourtant, sont renvoyés à des protocoles sociaux, réglementaires. On voit qu'ils sont en train de négocier sur comment maintenir cette liberté inchoative dans des protocoles qu'ils respectent bien. Les jeunes se sont prêtés à un protocole de manière assez disciplinée. 

Cette expérience est cruelle parce que c'est un âge où ils devraient pouvoir se risquer à la vie. Pourtant, ils en sont empêchés

Une drôle d'entrée dans la vie pour les adolescents de 2021

David Le Breton : "On est encore tout proches de l'enfance. C'est le moment où, pour la première fois, le jeune se pose la question de savoir qui il est, il cesse d'être dans l'évidence de l'enfance. C'est à l'adolescent.e maintenant d'élaborer le sens de cette vie, de prendre des décisions.

C'est le moment de l'ouverture à l'autre, l'entrée dans l'altérité. C'est le corps qui change, une phase d'incertitude à l'égard de soi et on comprend l'obsession du look, cette espèce de surinvestissement des réseaux sociaux. 

Dans cette phase de pandémie, le processus d'autonomisation que vivaient ces jeunes se retrouve profondément brisé

Ils sont confrontés à des sociétés qui butent sur une sorte de chaos, de désarroi, sur une immense difficulté à se projeter dans le temps. À quinze ans, on n'a pas du tout la même étoffe de sens, la même expérience pour pouvoir relativiser l'âpreté de la situation. Les ados sont des sortes d'écorchés vifs du sens et se posent en permanence des questions existentielles".

Beaucoup de psychiatres et psychologues alertent sur l'état psychologique des adolescents depuis un an

En effet, on assiste à une augmentation des troubles anxieux, des idées de suicide, des tentatives de suicide, des scarifications ou encore des troubles des conduites alimentaires. Hors Covid, les études montraient déjà qu'environ 1/5 des jeunes allaient mal en raison d'inégalités affectives, sociales ou culturelles : 

Davis Le Breton : "La question des conduites à risque est présente dans nos sociétés depuis une trentaine d'années, elle commence vraiment à apparaître dans les années 1970. Elles prennent une extension grandissante avec la progressive individualisation du lien social de nos sociétés en crise. Des questions qui traversent les familles, progressent à l'école. Sans cesse, ils interrogent les valeurs sur lesquelles ils fondent leur existence.

Le social, le culturel ne sont plus là pour leur souffler les réponses et ils se retrouvent face à eux-mêmes pour trouver leurs propres réponses

La crise sanitaire accentue davantage cette difficulté naturelle, chez l'adolescent, de se situer, de savoir où il va".

▶︎ La suite à écouter…

Avec nos invités

  • Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophie Magazine
  • David Le Breton, anthropologue, professeur de sociologie et anthropologie à la Faculté des sciences sociales de l’université de Strasbourg,membre du Laboratoire Cultures et Sociétés en Europe au CNRS, auteur en 2020 de Marcher la vie : Un art tranquille du bonheur, Ed.Métaillé
  • Marylin Maeso, normalienne, agrégée de philosophie et spécialiste d'Albert Camus, auteur de Les Lents Demains qui chantent, Ed L'Observatoire, 2020
  • Aïda N'Diaye, philosophe, professeure de philosophie au lycée Alain du Vésinet, auteur de Je découvre la philosophie : ou comment apprendre à se poser des questions et à réfléchir!, Ed. Nathan.
  • David Groison, journaliste, rédacteur en chef du magazine Phosphore destiné aux 15-20 ans.
Les invités
  • Martin LegrosRédacteur en chef de Philosophie Magazine
  • David Le BretonAnthropologue, sociologue, membre du Laboratoire Cultures et Sociétés en Europe au CNRS
  • Marylin Maesophilosophe et essayiste, et spécialiste d'Albert Camus
  • Aïda N'Diayeprofesseur agrégée de philosophie et ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure
  • David Groisonjournaliste, rédacteur en chef du magazine Phosphore.
L'équipe