Désormais, la lune de miel entre le lait et les consommateurs décline. Longtemps associé à la croissance et à la bonne santé, certains l’accusent de tous les maux… Quels sont les alternatives au lait ? En Partenariat avec le mensuel "Ca m'intéresse".

Les bienfaits, les vices, les interrogations en termes de consommation et d'alimentation du lait
Les bienfaits, les vices, les interrogations en termes de consommation et d'alimentation du lait © Getty / Witthaya Prasongsin

Coup de projecteur sur un aliment symbolique que les humains exploiteraient depuis l’apparition de l’élevage au Proche-Orient, il y a environ 10 500 ans.

Une boisson qui raconte la relation nourricière entre la mère et son enfant.

Symbole de fertilité… Dans la Bible, Dieu promet d’ailleurs à Moïse une terre où « ruissellent le lait et le miel ». Mais le lait ne fait plus autant l'unanimité. À tort ou à raison, nous le verrons ce matin…

Quel est la composition du lait ? Quels sont ses véritables bienfaits ? Doit-on, en consommer à tous les âges de la vie ? Les bébés et les enfants peuvent-ils s’en passer sans risques ?

Comment expliquer que certains ne le supportent pas ? Pourquoi leur système digestif rejettent-ils le lactose ? Comment expliquer le dégoût qu’il inspire, sans être forcément intolérant ou allergique ? 

Les boissons végétales à base d’amande, de riz, de soja ou d’avoine peuvent-elles vraiment remplacer le lait d’un point de vue nutritionnel ?

Extraits de l'entretien

Les produits laitiers, des amis pour la vie ? 

Le docteur Patrick Serog explique pourquoi le lait est particulièrement important dans la croissance des bébés et des enfants.

Au début de la vie, c'est le seul aliment que l'enfant peut supporter

"Il faut quand même savoir que la diversification alimentaire va commencer entre 4 et 6 mois. Donc obligatoirement, c'est un aliment fondamental dont il ne peut se passer.

C.C : "Le développement du système immunitaire se fait dans la première année de vie. C'est pendant cette année-là qu'il se construit. C'est donc très important".

Est-ce qu'il est bon de donner des végétaux à la place du lait maternel ou du lait de vache aux bébés ?

Chez l'enfant, c'est vraiment tout à fait contre-indiqué. Tous les pédiatres le disent

C'est sûr que c'est très dangereux de donner des laits végétaux à des enfants en bas âge.

L'Agence de sécurité du médicament a fait une alerte en 2019 parce qu'il y avait des cas de malnutrition avec trop de parents qui donnaient des laits qui n'étaient pas de vache, soit des boissons végétales à des enfants trop jeunes et ça engendrait de la malnutrition, donc c'est vraiment dangereux

Ce n'est pas parce que vous avez une consommation de lait quotidienne de manière tout à fait raisonnable que vous aurez une intoxication

Pour donner une indication, le Programme national nutrition santé recommande deux produits laitiers par jour. Évidemment, il ne faut pas être dans l'excès, mais c'est quand même une consommation quotidienne."

La différence d'apports entre le lait de brebis, de chèvre et de vache ? 

M-C M : "Au niveau du lait de chèvre et de brebis, on va avoir un petit peu plus de d'acides gras à chaîne courte dans le lait de chèvre. C'est ce qui va donner cette typicité d'arômes. Le lait de brebis est plus gras, plus riche en protéines que le lait de vache et de chèvre. Globalement, on a à peu près les mêmes constituants dans des proportions avec une petite variabilité selon les selon les mammifères."

Quels sont les bienfaits des lipides laitiers ? 

Marie-Caroline Michalski : "De manière caricaturale, on peut les résumer à une teneur en acides gras saturés. Les lipides laitiers comportent une immense variété de lipides différents. 

Il y a vraiment de grands bénéfices variés dans la matière grasse laitière. C'est aussi une source d'acides gras essentiels

Le lait et les produits laitiers, ennemis pour la vie ?

Hervé Berbille : "Je déconseille très fortement de donner une noisette de beurre aux bébés. Les matières grasses laitières sont de formidables accumulateurs de polluants environnementaux. À telle enseigne que les chercheurs en environnement, lorsqu'ils veulent évaluer la pollution d'une région, vont utiliser les produits laitiers de la région et qui accumulent tous les polluants environnementaux pour établir leur évaluation".

Les risques liés à une surconsommation de lait à court, moyen et long terme sur  l'organisme ? 

P.S : "Nous sommes des omnivores et chaque fois que nous allons dans l'excès, ce n'est pas une bonne chose. Donc, boire beaucoup de lait à la place de l'eau n'est pas une bonne initiative". 

Le lait, c'est un très bon aliment, mais ce n'est pas non plus une boisson que nous pouvons prendre à volonté

M-C M : "Le seul effet, avec un niveau de preuves tout à fait faible, c'est chez les très gros consommateurs de lait, qui boivent plus d'un litre de lait par jour. Cela entraînerait une augmentation de 9% de risque de cancer de la prostate avec un niveau de preuves faible". 

Quelle est la différence entre l'intolérance au lactose et l'allergie au lait ? 

P.S : "L'intolérance au lactose, c'est lorsqu'on a moins de lactase dans son estomac qui vont occasionner des petits troubles digestifs qui vont être désagréables. 

En ce qui concerne l'allergie, c'est une question de protéines. On est allergique aux protéines du lait, mais c'est une maladie très peu fréquente. Chez les enfants de 2 à 14 ans, c'est environ 1,1% des enfants qui en sont porteurs. Et en plus, c'est une maladie qui peut disparaître puisque peu à peu, on réintroduit par exemple des fromages et l'allergie peut s'estomper."

Quand les gens ne peuvent pas supporter les laitages, on peut leur donner de l'eau qui est riche en calcium.

Doit-on ou pas continuer à boire du lait ? 

P.S : "Le premier point, c'est que le lait est un aliment vieux comme le monde. Deuxièmement, ceux qui n'aiment pas le lait ou ceux qui ne peuvent pas en boire peuvent manger du fromage. On a aussi les qualités du lait dans le fromage. On n'est pas obligé de se focaliser forcément sur le lait". 

C.C : "C'est vrai qu'après avoir fait plein d'enquêtes sur différents aliments, beaucoup d'aliments sont bons et mauvais. 

Il n'y a pas un aliment miracle et un aliment terrible qui va nous tuer ou nous donner le cancer. Ça n'existe pas. 

Il faut trouver un équilibre, avoir un peu de tout. C'est peut-être un peu basique comme conseil, mais en fait, c'est sain globalement. Et sur le lait, c'est la même chose".

La suite à écouter… 

Avec

  • Cécile Coumau, journaliste chez "Ca M’Intéresse".
  • Patrick Serog, nutritionniste, membre de la Société Française de Nutrition.

📖 LIRE - Bien manger, bien vivre, bien vieillir ! In Press Eds, 14 août 2021. En collaboration avec Roseline Levy-Basse et Pierre-Elie Sautel.

  • Marie-Caroline Michalski, directrice de recherche à l’INRAE (Institut National de la Recherche Agronomique) sur différentes thèses portant sur les lipides polaires laitiers. Chef d’équipe au laboratoire CarMeN (Cardiovasculaire, Métabolisme, Diabétologie et Nutrition) de l’INSERM. 
  • Didier Nourrisson, spécialiste des comportements alimentaires, historien et professeur à l'université Claude-Bernard-Lyon-I.  

📖 LIRE - Du Lait et des Hommes. Vendémiaire, 10 novembre 2021.

  • Hervé Berbille, ingénieur agroalimentaire et conseiller en nutrition. Diplômé de l'institut des Sciences et Techniques des Aliments de l'Université de Bordeaux 1. Il milite en faveur des produits à base de soja et contre la surconsommation de lait. 

La chronique de Baptiste Beaulieu

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