Ce sont des pathologies qui compliquent la vie et souvent taboues qui infligent une double peine. Quels sont les symptômes des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ? Comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique…

Toutes vos questions sur la maladie de Crohn
Toutes vos questions sur la maladie de Crohn © Getty / Tharakorn Arunothai / EyeEm

Quelles sont les prédispositions génétiques ?

Quels sont les traitements les plus efficaces ?

Quelle place pour les mesures hygiéno-diététiques ?

Quel régime alimentaire vaut-il mieux éviter ?

Les médecines complémentaires peuvent-elles se révéler précieuses ?

Comment expliquer le nombre croissant de malades ?

Qu'est-ce qu'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin ? 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "C'est une inflammation qui peut toucher tout l'intestin

Cette inflammation va causer des petits ulcères, des petits trous qui vont parfois être plus profonds. Dans un cas sur deux, ça va avoir un impact en dehors de l'intestin. C'est ce qu'on appelle des maladies systémiques qui peuvent toucher la peau, les os, les yeux, tous les organes en dehors. Ce qui complique beaucoup la prise en charge de ces maladies-là. 

La cause reste pour l'instant difficile à appréhender

Il s'agit de poussées inflammatoires qui varient dans la durée et qui sont entrecoupées de phases de rémissions où tout va relativement bien. Le gros problème, c'est qu'on ne peut pas les prédire. Elles surviennent comme ça, d'un jour à l'autre. 

Chaque patient a une évolution très différente et a son propre profil

Une rectocolite hémorragique se caractérise plutôt par du sang dans les selles. Limitée au gros intestin (côlon), elle est beaucoup plus superficielle. La muqueuse intestinale va s'abîmer, faire des petits ulcères et saigner. Ça peut survenir à tout moment. Vous allez ressentir un impact sur la perte de poids, la fatigue et la perte d'appétit.

Vous pouvez être bien le mardi et mal le mercredi

Elle peut toucher de la bouche à l'anus. Elle va faire des gros trous qui vont créer ce qu'on appelle des fistules, des trous qui vont perforer l'intestin ou qui vont complètement le rétrécir. Les aliments ne passeront plus. 

L'inflammation aiguë ? 

Catherine Lacrosnière : "C'est un mécanisme de survie. Un corps étranger pénètre dans l'intestin et face auquel toutes les ligues de défense de l'organisme sont sollicitées pour éliminer ce corps étranger. Celui-ci s'installe, et devient un ennemi de l'organisme puisqu'il va provoquer un dysfonctionnement des différents organes". 

Que se passe-t-il dans le tube digestif dans ce cas ? 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "Il y a un risque de cancer de l'intestin à force d'irriter l'intestin. Surtout, ce qu'on craint, ce sont les complications de l'intestin qui va se détruire progressivement. Comme il est très élastique, il va devenir dur, fibreux au risque de devenir incontinent et ne plus être dans la capacité de retenir vos selles". 

Parfois, quand nos défenses sont trop faibles ou que notre organisme réagit trop, il va avoir tendance à créer de l'inflammation en réagissant de façon excessive ou insuffisante

Combien de malades et quelle est la tranche d'âge la plus touchée ? 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "Actuellement, il y a 300 000 patients en France. 

Ce sont devenues des maladies fréquentes. C'est une véritable épidémie des pays occidentaux

La maladie est souvent diagnostiquée entre 20 et 30 ans même si ça survient à tout âge". 

À quoi servent tous ces examens ? 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "Les douleurs abdominales et les diarrhées touchent 1 Français sur 5 et on a d'abord tendance à se rendre chez son gastro entérologue. Mais le temps passe et peut retarder le diagnostique.

Dans le cadre de la maladie de Crohn, c'est plus trompeur et, souvent, l'intestin commence à se détruire alors qu'on ne sait toujours pas de quoi il s'agit. Sauf dans le cas de la rectocolite hémorragique, où là il y a du sang dans les selles, et pousse immédiatement à consulter. 

  • Il y a désormais un test de dépistage (calprotection fécale) qui peut être prescrit par un généraliste ou un gastro entérologue. En laboratoire, vous donnez vos selles et avec une fiabilité très élevée ils vous disent si vous avez une MICI. 
  • L'étape d'après, c'est la coloscopie avec des prélèvements. Si on ne fait pas cet examen-là, on ne peut pas faire de diagnostic définitif. 
  • Ensuite, une Entero-IRM, où on va regarder tout l'intestin. Ça dure plusieurs minutes. Ce n'est pas toujours très agréable, mais ça a l'avantage de vous donner la vue de tout l'intestin alors que la coloscopie ne permet de voir quant à elle qu'une partie de l'intestin. 

Que se passe-t-il si on ne traite pas ? 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "Il y a d'abord l'impact sur la vie socioprofessionnelle, cela entraîne un handicap fonctionnel. On ne vit plus la même vie qu'avant. Puis il y a la destruction progressive de l'intestin, le recours à la chirurgie qui peut parfois aller jusqu'à la stomie et boucher l'intestin. Puis les hospitalisations répétées, le risque de cancer de l'intestin. Plus le diagnostique est retardé plus les dégâts progressent si on les ignore".

Catherine Lacrosnière : "Nutritionnellement, ça peut conduire à un déséquilibre. Les diarrhées peuvent entraîner des déshydratations ; des malabsorptions au niveau des nutriments. On peut avoir des problèmes sur le fer, sur certaines vitamines. On peut arriver à des problèmes de dénutrition".

En finir avec les idées toutes faites 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : 

  • "Les MICI ne sont pas contagieuses. 
  • Ce n'est pas sale, c'est juste une inflammation interne.
  • Ce ne sont pas des maladies génétiques, héréditaires ou familiales". 

L'impact des facteurs environnementaux ? 

Catherine Lacrosnière : "On dit que ces maladies sont beaucoup plus importantes dans les pays dits industrialisés, où on est confronté à une alimentation souvent transformée

Manger trop de protéines animales pourrait augmenter le risque de survenue. L'alimentation occidentale est riche en graisses saturées, peu riche en nutriments essentiels et pro-inflammatoires. Il faut essayer de rééquilibrer le rapport. Aujourd'hui, on penche trop vers les oméga 6 (acides gras essentiels)".

Manger tout ce qu'il y a dans la nature suffit largement. Éviter les aliments ultra transformés

- Pr L P-B

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "Dans les pays pauvres, ils sont beaucoup plus exposés aux bactéries, à un environnement moins propre qui fait que la population est plus protégée depuis l'enfance. Si vous les rencontrer plus tard, ou si vous n'avez jamais été exposé, vous hyperréagissez et il y a un risque de maladie inflammatoire". 

Prévenir une MICI grâce à une alimentation dédiée ? 

Catherine Lacrosnière : "Manger plus de fibres. Nous en manquons trop. Aujourd'hui, par la modification de l'alimentation, par le fait qu'on mange moins de fruits et de légumes, il y a moins de fibres dans l'alimentation". 

Pr Laurent Peyrin-Biroulet : "On est passé de 100 grammes de fibres à 10 grammes de fibres par jour, alors qu'il faudrait être autour de 20-30 grammes par jour. Les bonnes bactéries, pour se développer et être en parfaite santé, ont besoin de fibres, c'est essentiel. 

  • Pendant les phases modérées, de rémission, il faut manger le plus sainement possible
  • Quand on a très mal au ventre, qu'on a la diarrhée, faire des régimes d'exclusion très courts quelques jours, le temps que ça s'améliore. Des régimes sans résidus pour soulager l'intestin". 

► La suite à écouter…

Avec

  • Pr Laurent Peyrin-Biroulet, gastroentérologue, CHRU Nancy - Président du GETAID, Groupe d'Etude Thérapeutique des Affections Inflammatoires du Tube Digestif 
  • Juliette Mercier, illustratrice et professeure d'arts appliqués. Atteinte de la maladie de Crohn depuis l'âge de 16 ans
  • Catherine Lacrosnière, médecin nutritionniste 

La chronique Alors voilà de Baptiste Beaulieu 

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