Connaissez-vous Carl Gustav Jung, ce disciple de Freud qui a inventé la psychologie analytique où la place du rêve et les liens entre l'âme et les habitudes culturelles sont essentiels.

Portrait du psychanalyste suisse Carl Gustav Jung (1875-1961)
Portrait du psychanalyste suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) © AFP / Farabola / Leemage

Vous connaissez sans doute le père de la psychanalyse, Sigmund Freud. Mais peut-être un peu moins l’un de ses disciples dissidents tels que Carl Gustav Jung, ce médecin psychiatre suisse né en 1875 et mort en 1961. 

Jung inventa des concepts révolutionnaires comme l’inconscient collectif, les archétypes ou la synchronicité, les fameuses coïncidences heureuses.

Nous verrons pourquoi Jung était un visionnaireEt comment il peut nous aider dans la vie, alors que nous traversons une époque troublée et que nos civilisations ressentent un profond malaise.

La pensée de Jung peut nous aider à retrouver du sens à nos vies. Pour lui, la psychologie ne servait pas qu’à guérir, mais également, à nous faire grandir.

On peut d’ailleurs le considérer comme l’un des précurseurs du développement personnel et de la psychologie positive.

Notre guide dans la pensée en arborescence de Jung sera le sociologue et philosophe Frédéric Lenoir.

► Vous pouvez participer à notre conversation en appelant le standard au 01 45 24 7000 et sur l’appli France Inter.

Extraits de l'entretien

Carl Gustav Jung en quelques mots

Frédéric Lenoir : "Jung, au départ, est médecin psychiatre. Et puis il a rencontré Freud lorsqu'il était assez jeune. Ça a été la grande rencontre de sa vie. Ils ont collaboré ensemble pendant sept ans. 

Il y avait beaucoup de domaines dans lesquels il était déjà tout à fait reconnu, mais évidemment, il était très en retard sur Freud par rapport à la psychanalyse.

Jung a aidé Freud à internationaliser la psychanalyse.

Et puis, progressivement, ils se sont séparés. Il y a eu des points de divergence et Jung a mené sa carrière."

Un disciple freudien difficile à approcher

Pourquoi Jung reste-t-il méconnu du grand public ?

F.L : "Il y a plusieurs raisons. Freud a apporté une révolution fondamentale dans la psychologie et je dirais que Jung en a apporté une seconde, mais trop tôt. Il aurait fallu qu'il vienne 50 ans plus tard, le temps qu'on digère Freud. 

La deuxième raison, c'est qu'autant Freud est très facile à lire, c'est quelqu'un qui est très rationnel, qui écrit de manière didactique, autant Jung part dans tous les sens, il a une pensée circulaire en arborescence.

Et donc, ça le rend très difficile à enseigner parce qu'il faut aller chercher dans beaucoup de livres pour réussir à faire une synthèse sur un sujet, parce qu'il n'en parle jamais complètement dans un seul livre.

Contrairement aux autres psychologues de son époque, Jung s'intéressait surtout aux pathologies. Il est assez vite sorti des pathologies pour s'intéresser à la capacité de l'être humain de grandir, de s'améliorer, de dialoguer entre le conscient et l'inconscient pour aller vers une globalité de l'être. 

Il est le père du développement personnel.

Il a une vision de l'inconscient beaucoup plus positive que Freud. Ce n'est pas le lieu simplement des refoulements, et notamment des refoulement sexuels. C'est un continent inexploré qui nous apporte des informations pour nous aider à grandir."

Gérard Bonnet : "Alors que pour Freud vraiment l'inconscient est inaccessible. Contrairement à l'inconscient collectif qui est présent dans les lectures, dans les mythologies, etc. Autant l'inconscient personnel reste inaccessible à tout jamais, quel que soit le travail qu'on fait, on doit porter avec soi ce trou noir."

Qu'est-ce que l'inconscient ? 

G.B : "Au fur et à mesure qu'on grandit dans l'existence, on ferme des portes successives parce que le refoulement ne se fait pas en une fois. Il se fait dans le temps, et ce, d'autant plus que ce sont des événements difficiles à assumer. 

Et finalement, on arrive à l'adolescence parce, un moment-clé avec un paquet dont on n'a plus idée et que l'on doit trimballer toute sa vie. Et pour y avoir accès, c'est quasiment impossible."

Un scission idéologique

Comment expliquer la rupture avec Freud et Jung ?

F.L : "Freud a eu peur que Jung le dépossède de sa paternité de la psychanalyse. Il y a eu une rivalité. Jung trouvait que Freud était trop psychorigide, et qu'il ne voulait pas lâcher sur certains points, comme la libido.

Pour Jung, la sexualité était importante, mais ce n'était pas la seule explication de la libido. Il ne fallait pas la réduire à la sexualité. Puis, Freud dit à Jung, qu'il fallait faire de la sexualité un dogme inébranlable et humain. 

Le père de la psychanalyse a perdu toute autorité face à Jung quand il a parlé de dogme. Pour ce dernier, dans la recherche, et dans la science, ce postulat n'est pas possible.

La deuxième chose est que, théoriquement, ils ont divergé de plus en plus parce que Jung est parti sur l'inconscient collectif. Il avait cette idée novatrice et extraordinaire que nous portons non seulement notre histoire personnelle, mais aussi des symboles, et des archétypes universels.

Freud n'a absolument pas voulu le suivre en disant : "on va trop loin, on ne peut pas maîtriser tout ça. Ce n'est pas scientifique." 

Et puis, la troisième chose : Jung s'intéressait aux phénomènes paranormaux et, pour Freud, c'était une illusion totale."

Nous portons toute l'histoire d'humanité à l'intérieur de nous, à travers notre inconscient collectif. 

▶︎ La suite à écouter…

Avec 

  • Frédéric Lenoir : Sociologue, philosophe, historien des religions. Livre : Jung –un voyage vers soi. Albin Michel, 3 novembre 2021. 
  • Gérard Bonnet : psychanalyste  et écrivain, membre honoraire de l'Association psychanalytique de France. Il est aussi cofondateur et directeur de l'École de propédeutique à la connaissance de l'inconscient (E.P.C.I). 

La chronique Choses vues de Christophe André.

Les questions de Marie-Laure Zonszain de Femme actuelle.  

L'équipe