"La beauté ne se mange pas en salade", "Etre fleur bleue" "Yoyoter du bulbe"... Ce matin nous explorons des expressions françaises autour des jardins, des plantes, des fruits, et des légumes…

Les expressions du jardin
Les expressions du jardin © Getty / Jacky Parker Photography

Le club du vendredi vous propose des idées pour votre congé de fin de semaine : cuisine, décoration, jardinage, lecture, activités sportives et mille autres choses…

Et ce matin nous explorerons des expressions françaises autour des jardins, des plantes, des fruits, et des légumes…

"La beauté ne se mange pas en salade…"

"Etre fleur bleue…"

"Yoyoter du bulbe…"

"Se faire carotter…"

Pour évoquer toutes ces expressions, la romancière Nathalie Gendrot et l’animateur de Silence ça pousse  Stéphane Marie qui nous donnera quelques conseils pour bien s’occuper de notre jardin alors que l’automne pointe le bout se son nez….

Extraits de l'émission

La langue française est truffée d'expression à base de plantes

Nathalie Gendrot : "Il ne faut pas oublier que nous sommes un peuple fondamentalement de paysans. Et notre langue est infusée de végétal. Employer des expressions n'est pas simplement fleurir son langage, c'est aussi le métamorphoser en une forêt bruissante de vieilles histoires.

D'où vient l'expression "glisser une peau de banane à quelqu'un" ?

Nathalie Gendrot : "C'est un procédé déloyal destiné à causer du tort à quelqu'un. L'expression vient des États-Unis du monde du théâtre et du cinéma. A la fin du XIXe siècle, les Américains ont voué une vraie passion à la banane. Ils en mangeaient dans la rue et jetaient les peaux par terre. Il y a eu beaucoup de jambes cassées. Il y a même eu des morts. Lasses, certaines villes qui ont expressément édité des lois pour interdire le jeté nonchalant de ces déchets glissants. Le théâtre comique s'en est emparé parce que c'est amusant. Les gags sont devenus récurrents. Le premier à l'avoir mis au cinéma, c'est Charlie Chaplin dans By the sea en 1915."

Cette peau est bonne dans son jardin 

Stéphane Marie :  

Comme la peau de banane est bourrée de sels minéraux, notamment de magnésium, et de potassium. Vous la hachez et la mettez ensuite un paillis au pied des rosiers, par exemple et le résultat est assez spectaculaire.

Pourquoi utilise-t-on "Quelle purée de pois !" au lieu de "Quel brouillard épais !"

"L'image est amusante et derrière, il y a une histoire forte. L'expression vient du smog anglais : un mélange entre le brouillard de la Tamise, et les fumées des usines qui sont là depuis des siècles autour et dans Londres. Cette brume lourde a tué des dizaines de milliers de personnes. C'était très épais. Les voyageurs avaient l'impression de le manger réellement. 

"Drôle de binette" 

Nathalie Gendrot : "Il y a plusieurs théories sur l'origine de cette locution. Elle date du début du XIXe siècle. Mais cela pourrait aussi venir du perruquier de Louis XIX qui s'appelait Benoît Binet qui a donné son nom aux perruques binette. Donc une drôle de binette pourrait être la tête que l'on a avec sa perruque. Cela peut aussi venir de la trombine. Et plus surprenant, cela ne viendrait pas de la binette pour bêcher le jardin.

A propos de biner… 

Stéphane Marie : 'Un binage égal à deux arrosages, donc si vous voulez économiser de l'eau… En particulier autour des salades. Pour être fertile, la terre a besoin de bactéries. En binant, on aère l'aère et on la fertilise. Le mieux est de le faire avec une binette en cuivre."

"La gueule de bois"

Nathalie Gendrot : "On enparle depuis le début du XXe siècle Au début, c'était seulement pour décrire le fait qu'on avait la bouche pâteuse, un peu trop bu. Et puis après, c'est devenu un peu plus fort. On a beaucoup d'expressions en "de bois" : volée de bois vert, la langue de bois…"

"Yoyoter du bulbe"

Nathalie Gendrot : "Cela veut dire qu'on perd la tête. Cela vient du yo yo, le jeu et le verbe yoyoter date probablement des années 1930. Au départ, le mot était utilisé par les prisonniers et les bagnards qui se refilaient des objets au moyen d'une ficelle. Et puis, c'est entré dans l'argot au sens d'être fou."

Stéphane Marie : "On peut planter des bulbes de jacinthe, de tulipes… Jetons-les naturellement, et plantons-les là où ils sont tombés."

"Se faire carotter"

Nathalie Gendrot : "Cela veut dire se faire voler. On a l'impression que c'est une expression récente venue des banlieues. Mais elle est ancienne et date du XVIIe siècle. Elle provient du monde des jeux de cartes. Ça signifiait jouer petit. Et elle a dérivé petit à petit au XIXe siècle, vers escroquer, voler de l'argent…"

L'origine d'"Avoir la tête comme une citrouille", de "Pousser mémé dans les orties" ou de "la beauté ne se mange pas en salade" est à écouter…

Puis :

  • La cheffe Angèle Ferreux Maeght choisira un légume de saison pour bien se régaler ce week-end…
  • La journaliste Christilla Pellé-Douël vous proposera un livre bienfaisant qui mêle science, arbres et amour…
  • Thibaut de Saint-Maurice, vous n’avez pas encore pris le melon, contrairement à d’autres philosophes médiatiques… 
  • Guillemette Odicino, qui ne sucre pas encore les fraises… Votre nouvelle chronique c’est L’ami.e du vendredi. 
  • L’ami.e du vendredi c’est un personnage de fiction qui mérite toute notre amitié… Ce matin un couple d’amies, à la vie, à la mort…
  • Maïa Mazaurette, qui ne supporte pas que je la vouvoie pendant l’émission et qui a un cœur d’artichaut… Il sera question de sexe et de botanique…

Dîtes nous quels sont vos expressions préférés issus du monde végétal ? 01 45 24 7000 ou en nous laissant une note vocale.

avec :

  • Stéphane Marie : Animateur de télévision pour Silence, ça pousse ! sur France 5, il est également auteur du livre : 150 drôles d'expressions pour cultiver son jardin. Le Robert, 6 mai 2021. En collaboration avec Nathalie Gendrot.  
  • Nathalie Gendrot : Romancière et dramaturge, elle a collaboré, avec Alain Rey, à plusieurs ouvrages sur la langue parus au Robert. 

Au programme des chroniques : 

  • Christilla Pellé-Douël : récit d'une géobiologiste américaine qui s'appelle Hope Jahren : Lab Girl chez Quanto (Suisse) qui raconte comment elle est parvenue à imposer sa  passion pour les arbres et les plantes dans un milieu scientifique pas spécialement féministe.  
  • Guillemette Odicino : Thelma et Louise ou l’amitié sans retour  
  • Maïa Mazaurette : Sexe et botanique 
  • Thibaut De Saint-Maurice : Cultiver son jardin  
  • Angèle Ferreux-Maeght: recette automnale  

Et lundi dans GBVF, nous attendons toutes vos questions sur la maladie d’Alzheimer…

L'équipe