Le socialiste Deffere à 5%, le communiste Duclos à 21%, le centriste Alain Poher et Pompidou au second tour, la gauche éliminée dès le premier : ça vous rappelle quelque chose ?

Le 15 mai 1969, dans une ville non identifiée, l'affiche officielle de Gaston Defferre, député-maire de Marseille et candidat à l'élection présidentielle;
Le 15 mai 1969, dans une ville non identifiée, l'affiche officielle de Gaston Defferre, député-maire de Marseille et candidat à l'élection présidentielle; © AFP / AFP

Drames de familles à gauche : Hamon abandonné par Valls demande à Melenchon de le rejoindre mais Melenchon ne veut pas… et ces fractures nous en rappellent d’autres, il y a 50 ans.

Nous sommes le 1er juin 1969, soir du premier tour de la présidentielle, qui a qualifié… un homme de droite, Georges Pompidou, et un centriste, Alain Poher. La gauche est éliminée, et on entend, chez le candidat communiste Jacques Duclos, qui vient de faire un bon score, des propos qui font écho à l’actualité.

Des socialistes ont fait voter Poher… comme des socialistes font voter Macron. On sent la redite ! Et Duclos parlait au soir de ce premier tour, d’une catastrophe collective.

La gauche éliminée par sa division

Et parce qu’elle ne savait plus qui elle était. Elle n’avait pas voulu d’une candidature unique, comme en 65 : Mitterrand n’avait plus la cote. Elle était tiraillée par des pulsions contradictoires. Mai 68 était passé par là, incarnée par un jeune trotskiste en costume noir, Alain Krivine, et aussi par un trentenaire, Michel Rocard, qui parlait de socialisme avec des rigueurs juvéniles.

Et le Parti Socialiste officiel, lui, avait désigné Gaston Defferre, le maire de Marseille, qui ne savait pourquoi il était là, qui se sentait au fond plus proche du centre et qui faisait campagne avec Pierre Mendès France, qui deviendrait son premier ministre.

Mendès développait son programme ; c’était curieux et intenable… On ne savait pas qui était le patron.

Dans ce désordre, les communistes avaient désigné un vétéran, le sénateur Jacques Duclos

Ils auraient préféré s’abriter derrière un candidat unique de la gauche, les communistes, parce que cette élection leur faisait peur. Mais Duclos était un personnage ! Un grand père tout rond avec l’accent des Hautes-Pyrénées. Un ancien apprenti pâtissier, qui était devenu un militant pur et dur, un agent de l’internationale communiste. Dans cette campagne, il avait fait merveille. Humainement, un papy gâteau, et politiquement, en expliquant qu’il était au service de toute la gauche, et en s’adressant aux camarades socialistes.

21%

Duclos avait fini à plus de 21%, Defferre était à 5%... Il n’avait intéressé personne, le vieux socialisme n’existait plus, et Rocard exprimait cela tel un chirurgien, au scalpel. Mais lui-même était à moins de 4%.

Ce fut un moment - et là on pense à Mélenchon - où la gauche communiste dominait les socialistes, et un moment où les socialistes hésitaient entre cette gauche, et la fusion avec le centre. Pensez à Macron, et cette confusion emportait tout, comme aujourd’hui…

Deux ans après, Mitterrand prenait le PS et tout changerait… On n’est jamais aussi désespéré qu’on le croit !

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