Les ennuis de François Fillon ont ramené la lumière sur cette "institution française", le Canard enchainé, auteur du scoop.

Et qui était un tel cauchemar, déjà, il y a quarante quatre ans… Le pouvoir de l’époque - c’était la droite, les gaullistes ancêtres de fillon - avaient lancé contre lui leurs meilleurs espions. Pas pour le faire taire, mais pour savoir ce qu’il dirait, et qui lui donnait ses informations.

Questions que l’on se pose aujourd’hui encore !

On est le 3 décembre 1973

Le dessinateur André Escaro, revenant du cinéma, vit de la lumière dans les locaux en travaux de son journal. Il monte, et raconte le lendemain qu'il a surpris un commando de barbouzes qui était en train de brancher les nouveaux locaux du journal façon Stasi. Pour écouter ses réunions…

Et qui étaient ces mystérieux personnages ?

Des policiers, agents de la DST. Ça sera établi très vite, par les enquêtes du canard enchainé. Des gens de la sécurité d’état française, notre Stasi démocratique, si l’on ose dire… Et c’était un travail de longue haleine. En 2008, des anciens de la fine équipe avaient raconté l’opération aux journalistes Alexandre Fronty etThomas Risch.

Le Canard était-il réellement une menace ?

La DST finirait par dire qu’il était une menace pour la sécurité du pays, et refuserait de coopérer avec la justice ! En vrai, il était pénible pour le pouvoir. Il avait ainsi sorti la feuille d’impôts de Jacques Chaban-Delmas quand il était Premier ministre : il n’en payait pas beaucoup des impôts Chaban ! Le Canard agaçait et il titillait.

Et ce harcèlement nourrissait l’agacement d’un pouvoir très dur, dans un contexte autoritaire. Ce pouvoir était symbolisé par un homme, un solide breton qui ne plaisantait pas avec la subversion : Raymond Marcellin. Ministre de l’Intérieur à poigne, que le Canard enchainé désigne, et moque: « Quelle watergaffe » (allusion au scandale américain du watergate), et que l’opposition attaque.

Et Marcellin hissait le drapeau de l’ordre pour se défendre. Mais il allait quand même quitter l’intérieur dans ce scandale. L’État lâchait du lest mais c’était pour mieux se défendre.

L’affaire des plombiers du Canard n’a jamais été jugée

Non, et c’est le plus grand scandale : le 29 décembre 1976, le juge d’instruction Hubert Pinsseau délivre une ordonnance de non-lieu. Il ne s’est rien passé… Il n’y a pas d'atteinte à la vie privée…

Et Roger Fressoz, le rédacteur du Canard enchainé en tire des conclusions terribles.

A l’époque, dans le débat public, on prend cela comme une dénonciation du pouvoir de droite. Giscard a succédé à Pompidou, et l’opposition prend la défense du Canard. Quelques années plus tard, on découvrira avec les écoutes de l’Élysée que sous Mitterrand aussi, tout le monde pouvait être écouté. La gloire du Canard enchainé est de révéler la majesté obscure de l’État !

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