Les partisans de François Fillon manifestent aujourd'hui au Trocadéro, et selon Claude Askolovitch, ils cherchent à refaire la grande manifestation gaulliste du 30 mai 68...

Ce jour où le peuple droite était venu au secours d’un homme qui s’opposait à la chienlit, et avait mis fin à la révolution en défilant entre la concorde et l’arc de triomphe. Peut-être le jeune François Fillon avait-il à 14 ans entendu cette foule sur son transistor, dans la Sarthe.

On avait, après des semaines où la jeunesse et l’extrême gauche avaient tenu le pavé, un autre peuple qui chantait « de Gaulle n’est plus seul ». Et Michel Debré, ce vieux combattant, exultait..

On disait que c’était la mer !

François Fillon a cela en tête, 700 000 personnes au Trocadero ?

Pas autant de monde mais recommencer le coup de De Gaulle, oui. Le général, en mai 68 était dépassé, vieilli, abandonné, et il avait tout retourné en s’opposant au désordre. Il était allé se remonter le moral à Baden Baden, chez le général Massu. Et au retour, avait parlé à la radio.

Je ne me retirerai pas ! De Gaulle 68. Et Fillon 17, mercredi dernier.

Les memes mots

Et la même dialectique. S’opposer à un désordre illégitime au nom du peuple et de la République, et du suffrage universel, aujourd’hui le désordre des juges et de la presse. Ne vous laissez pas voler l’élection, dit Fillon. En 68, le désordre révolutionnaire et gréviste, auquel de Gaulle opposait les élection ; il dissolvait l’assemblée nationale et avertissait contre ceux qui s’opposeraient aux élections.

De Gaulle avertissait contre une dictature communiste. Fillon contre la dictature des juges. Même argument ? Pour de Gaulle, ça avait marché - juste après son discours, la foule envahissait les rues, et il allait triompher aux législatives. Évidemment, Fillon a ça en tête ou en fantasme...

Des situations très différentes

Ne serait-ce que parce que de Gaulle incarnait l’État, alors que Fillon combat l’État - les juges et la police. Mais dans son surmoi, il joue une scène fondatrice.

Il y a aussi un point commun idéologique, entre la scène de 1968 et ce qui peut arriver au Trocadero : la manifestation du 30 mai, avec croix de lorraine et drapeaux tricolores avait été très dure, dans ses slogans.

"La France aux français". On avait aussi entendu "Cohn Bendit à Dachau", au nom du chef de la France libre. Le 30 mai 68, c’est le moment où une droite dure, un parti de l’ordre, des pensées xénophobes, que DE GAULLE détestait, le rejoignent, contre la révolution. La droite dure prend le gaullisme en otage, ce jour-là, parce qu’elle veut se sauver. Tout à l'heure, Fillon gaulliste que la droite modérée lâche, comptera sur Sens Commun, sur la "manif pour tous" (sic) et sur des franges très à droite qui pensent, comme lui ou Mme Le Pen, que les juges sont dangereux (pour sauver sa candidature).

Quand on appelle au peuple, on va aussi plus loin que sa propre pensée !

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