L’affaire du jeune Théo, brutalisé et violé par des policiers à Aulnay-sous-Bois la semaine dernière, a choque l‘opinion et réveillé les souvenirs de Claude Askolovitch.

Et ma nostalgie et ma tristesse, parce que c’est un déjà vu horrible. Un jeune estimé dans son quartier qui est victime de la police, et dont le malheur alerte les média.

Dans la nuit du 19 au 20 juin 1983, ce n’est pas à Aulnay-sous-Bois que cela arrive mais aux Minguettes, cité populaire de Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, et le Théo de l’époque s’appelle Toumi Djaidja.

A ce moment, la police parle de légitime défense d’un policier agressé par des jeunes. Mais dans le quartier, on dit autre chose : un policier avait lâché son chien sur des jeunes et Toumi avait voulu s’interposer…

Et ce fait divers va devenir national

Oui. Parce que les Minguettes sont déjà un symbole. Depuis l’été 1981, où des voitures ont brulé, la France a découvert sa crise des banlieues dans ce quartier. Et le jeune homme blessé, Toumi, est une figure. A 20 ans, on l’entendait déjà dans un reportage télévisé sur une jeunesse oubliée.

Il était leader associatif, on lui avait tiré dessus. Et une autre figure allait se faire connaitre, un curé, le Père Christian Delorme. Ce genre de personnage n’existe plus aujourd’hui, était l’avocat des quartiers oubliés.

Du coup les politiques ont réagit ?

Oui ! Comme le premier d’entre eux, François Mitterrand. Comme Hollande est allé au chevet de Théo, Mitterrand, en aout, allait au chevet des Minguettes. La perception était encore exotique.

Pourtant, cette année 1983 est restée comme celle l’égalité

Parce qu’on n’en était pas resté là : les jeunes des Minguettes, Toumi Djaidja rétabli, et le Père Delorme, avaient organisé une marche quelques mois plus tard, en décembre, la fameuse marche pour l’égalité. Et cette marche allait un moment renverser l’opinion. Et Mitterrand, la recevrait à l’Élysée, on entendrait un Toumi Djaidja reconnaissant et timide.

Notez, on parlait de carte de séjour et de crimes racistes, c’était le paysage. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’étrangers mais de français, mais on a l’impression d’être très loin des espérances d’il y a 33 ans, l’âge du christ...

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