L’élection de Donald Trump est un choc, et cela fait renaître une vieille figure, celle de l'ennemi américain.

Bartolomeo Vanzetti et Nicola Sacco, New York - 11 avril 1927
Bartolomeo Vanzetti et Nicola Sacco, New York - 11 avril 1927 © Getty / New York Daily News Archives

On est français dans un rapport passionnel avec les États-Unis : quand les Américains font quelque chose qui ne ressemble pas à l’idée qu’on aurait d’eux, l’amour bascule…

Le désamour le plus fort, c’est en 1927 : l’exécution de deux anarchistes italiens Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti. Ils sont innocents du crime qu’on leur impute et leur mort provoque une indignation mondiale.

A Paris, le 7 août, une manifestation rassemble des dizaines de milliers de personnes, Luigia Vanzetti est là, c'est la sœur de Bartolomeo.

On en garde une trace: c'est un poème de Louis Aragon qui est à l'époque un jeune poète surréaliste et militant du parti communiste et qui se souvient d’une autre manifestation, à Dieppe où il n’y avait pas beaucoup de monde ce jour-là…

Et près de trente ans plus tard, c'est une autre exécution qui révolte la France : l'affaire des époux Rosenberg, exécutés pour espionnage au profit de l’Union Soviétique. On est le 20 juin 1953.

Et c’est exactement la réplique de Sacco et Vanzetti : indignation mondiale. Des dizaines de milliers de personnes place de la Nation à Paris, avec les leaders communistes Marcel Cachin et Jacques Duclos.

C’est la guerre froide, le parti communiste manifeste souvent contre les américains, mais la mobilisation est plus large.

On a le sentiment que l’Amérique s’égare, on essaye de la raisonner. La vieille ligue des droits de l’homme essaye, son président Emile Kahn racontait cela d’un ton solennel dans son émission….

Et cette affaire marque assez un jeune historien : Alain Decaux, pour qu’il écrive une pièce de théâtre, Les Rosenberg ne doivent pas mourir, qui sera portée à la télévision.

Curieusement, Julius Rosenberg était coupable. Mais on le saura plus tard… ce n’est pas ce qu’on veut entendre alors...

Les Etats-Unis endossent facilement la figure du coupable

Vous connaissez cette réplique de Charles Denner dans le film Z : « il faut toujours accuser les américains, si on ne sait pas pourquoi, eux ils le savent ». Dans les années de braise, les années 60/70, les années anti-impérialistes, les années de la guerre du Vietnam, US go home! Mais ce qui est intéressant, dans la passion anti-américaine, c’est qu’elle est plus large que la gauche ou l’extrême gauche. Parfois, c’est une passion nationale, patriote, gaulliste, parce que nous et eux défendons une vision globale du monde et quand ils n’en sont pas dignes, et bien, on est triste, mais on est très fiers, comme en 2003 quand la France s'oppose à la guerre en Irak.

Et un grand jeune homme romantique ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, porte la voix des peuples contre l’empire, au mois de février.

Ça été la dernière vraie passion anti-américaine de la France… Jusqu’aujourd’hui, avec l’élection de Trump et on a l’impression que nous sommes l’exact contraire de l’autre grande démocratie…

Le contraire, sauf si notre électorat en décide autrement au printemps prochain!

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