François Hollande sort de son silence et juge la campagne présidentielle, en laissant deviner son choix… Cela rappelle à Claude Askolovitch Valéry Giscard d'Estaing, il y 39 ans.

Un autre Président de la République, qui n’était pas sur le départ, lui, mais qui était allé avertir les Français avant des élections capitales. Nous sommes le 27 janvier 1978, à Verdun-sur-le-Doubs :

Je suis venu vous demander de faire le bon choix

On était à moins de deux mois des élections législatives. On ne savait pas si la droite au pouvoir serait renversée par l’union de la gauche, et Giscard intervenait.

Hollande est sur le départ, Valéry Giscard d'Estaing, lui, jouait son septennat

Il risquait la cohabitation ! Donc il était plus direct. "Les français ne vivront pas heureux au paradis des idées fausses" disait-il en parlant du programme de la gauche...

Mais ce qui est intéressant, ce sont les arguments que Giscard utilise, qui résonnent autrement aujourd’hui. On parle dans cette élection 2017 de la disparition des partis de gouvernement, des envies de l’électorat de rompre brutalement avec des choix européens, économiques, sociaux… François Hollande et d’autres nous disent de faire attention. On a l’impression que Giscard, en 1978, parlait de cela.

La métaphore des accidents de la route : il y avait de quoi trembler

Giscard avait une manière de parler de très haut tout en disant aux électeurs qu’ils étaient libres. C’était un dialecticien exceptionnel ! On était en 1978, il inaugurait tout un cycle de discours qu’on retrouve aujourd’hui, sur la crise et ce qu’elle nous force à faire… et ce qu’elle nous interdit.

Transposez cela aux discours sur l’euro... A l’époque, ce qu’il y avait en face, c’était le programme commun du PS et du PC, très redistributif. Il n’y avait pas d’extrême droite. mais au fond, quand Hollande évoque Mélenchon, cela pourrait être Giscard parlant de Mitterrand et Marchais.

Le discours du bon choix avait-il fonctionné ?

Superbement. François Mitterrand avait protesté, disant que le Président sortait de son rôle d’arbitre. Mais la gauche était dans un tel état de division (communistes et socialistes se détestaient et se rabibochaient) que les électeurs n’avaient pas voulu tenter le sort. Giscard avait remporté ses législatives, mais il perdrait sa présidentielle trois ans plus tard, en 1981, et Mitterrand aurait sa revanche.

Mais ceci est annecdotique : ce qui peut nous fasciner en entendant un président du siècle dernier, c’est la dimension intemporelle des avertissements du pouvoir quand l’inconnu le menace, et rarement nous avons été aussi proche de l’inconnu… Avec en plus une dimension prophétique chez Giscard.

On ne nous avait jamais dit que nous étions devenus un petit pays avant ce discours du 27 janvier 1978. Aujourd’hui, en écoutant la campagne présidentielle, qui ne le ressent ?

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