On a vécu la fin du drame d’Alep cette semaine et cette tragédie n'est pas sans en rappeler une autre : celle du Biafra à la fin des années soixante.

Guerre et famine au Biafra en 1968
Guerre et famine au Biafra en 1968 © Sipa / Le Campion

Entre 1967 et 1970

On parle alors du génocide biafrais qui fait à l’époque des centaines de milliers de victimes en Afrique de l‘ouest. On y trouve tout ce qu’on connaîtra ensuite. Dans la coulisse, le jeu immonde des états et de la politique, mais sous nos yeux, l’horreur et la compassion impuissante de nos opinions publiques que l’on invite aux dons en rappelant ce qui est alors notre histoire récente.

Le Biafra, c'est une guerre civile

C’est le sud-est du Nigeria qui fait sécession en 1967. Une région riche en pétrole et à dominante chrétienne ; elle va tenir deux ans face à l’armée nigériane, qui encercle le territoire et qui lui impose un blocus pour le ramener dans la fédération.

Et c’est dans ce blocus que les baifrais meurent, et d’abord les enfants. A partir de 1968, on voit ces photos de bambins aux yeux immenses et aux ventres gonflés et on entend ceux qui essayent les sauver.

Le Biafra va changer la place de l’humanitaire dans la société

C’est l’irruption de l’humanitaire dans les medias. Cela n’existait pas avant. Celui qui l’incarne s’appelle Bernard Kouchner, un jeune médecin qui quitte le gauchisme pour aller travailler pour la croix rouge au Biafra, et qui décide de témoigner en rentrant. Il crée un comité contre le génocide biafrais.

De cette action, il créera Médecins sans frontières et le droit d’ingérence, qui sera à la fois une idée enthousiasmante… et une illusion.

A l’époque, la mobilisation des opinions change-t-elle quelque chose au sort du Biafra ?

Non. La guerre va jusqu’à la capitulation du Biafra. Et après cette capitulation, il n’y aura pas de massacres : il n’y avait pas de volonté génocidaire, mais un conflit territorial sans pitié.

Mais plus encore, la guerre au Biafra a été une guerre coloniale par camps interposés. Le gouvernement britannique soutenait Lagos, mais la France du général de Gaulle soutenait le Biafra, pour affaiblir un trop grand pays anglophone qui dérangeait nos alliés.

A l’époque, nos réseaux alimentaient les soldats du Biafra. Et ce qui est horrible, c'est que l’indignation était aussi une couverture ; le mot génocide était aussi monté par la propagande française parce qu’elle permettait de poursuivre la guérilla et les manœuvres en coulisse… Cela retardait le moment de la capitulation et il y a eu encore plus de victimes parce que le Biafra tenait.

C’est-à-dire que l’humanitaire est né d’un génocide d’enfants et de manipulations politiques : on est dans un univers affreusement familier. Sauf qu’à l’époque, on était encore bouleversés.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.