Johnny Hallyday se bat contre un cancer du poumon, mais se produit sur scène en tournée. Ce qu’il fait rappelle à Claude Askolovitch un moment politique sous Giscard d’Estaing.

Quant un ministre était venu nous parler de sa maladie, à une époque où cela ne se faisait pas. Mais c’était sa manière de servir.

Nous sommes le 10 octobre 1978. Norbert Ségard, secrétaire d’Etat au PTT, est sur le plateau de Soir 3. Et cet homme paisible, un peu retenu, rond, qu’on connaissait comme l’homme de la droite à Lille et un ministre parmi d’autres, change de dimension.

C’était la première fois qu’un homme politique parlait de sa maladie en public

Et c’était encore plus impressionnant, parce que Norbert Ségard n’en faisait pas une histoire. Comme Johnny chante, lui travaillait. Ségard, c’était l’homme des téléphones : il les amenait dans chaque foyer. Ce soir-là il avait évoqué la modernisation des télécoms, l’arrivée de la facture détaillée. ET il avait parlé de cancer, comme si c’était la même chose, l’idée de servir.

Il avait continue de parler de sa maladie

Et toujours de la même manière : pour être utile, pour donner... Il était resté sur ses dossiers, et sur ce qu’il devait dire, pour témoigner. En 1980, il venait contribuer aux campagnes anti-tabac, en parlant de lui.

C’était un homme de foi

Et c’était ce qui le portait. Il était un scientifique et un catholique engagé. On a un vertige par rapport à notre époque, où il y a tellement d’enjeux culturels, identitaires autour de la religion. Ségard vivait sa foi, tout le monde le savait : il voulait donner aux autres. Il était ministre, et il témoignait. ll avait fait quelque chose de sa maladie, qui ne le lâchait pas. Au gouvernement, il avait fini par prendre un poste moins épuisant, plus tourné vers la recherche, et la prospective, alors qu’il était affaibli. C’était à l’automne 1980, et il donnait une leçon de philosophie stoïque et lumineuse.

Il était beaucoup plus fatigué

Norbert Ségard n’avait plus que quelques semaines devant lui. Il est mort le premier février 1981.

Et tout le monde politique était venu à Lille, à sa messe d’enterrement. Il nous reste de lui une prière, moins connue que les chansons de Johnny, auquel on souhaite longue vie. Mais la prière de Ségard pourrait inspirer ceux qui seront nos élus, ce dimanche soir.

« Seigneur, donne moi de voir les choses à faire sans oublier les personnes à aimer. Donne moi de voir les vrais besoins des autres. C’est si difficile de ne pas vouloir à la place des autres, de ne pas répondre à la place des autres, de ne pas décider à la place des autres. Enracine au plus profond de moi cette certitude qu’on ne fait pas le bonheur des autres sans eux. »

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