Pour une phrase d’Emmanuel Macron sur le colonialisme, un « crime contre l’humanité », la France se dispute à nouveau sur son passé et sur sa repentance.

Et elle a besoin qu’on lui rafraîchisse la mémoire : il y a presque un siècle, deux immenses écrivains français, André Gide et Albert Londres avaient rencontré et raconté le crime contre l’humanité dans nos colonies, au Congo Français. C’était dans les années 1920. L’administration raflait les indigènes, jusqu’au Tchad ou en Oubangui chéri pour les amener sur un chantier terrible : la construction d’une ligne de chemin de fer entre Brazzaville et l’océan. Où les gens mouraient d’épuisement, d’accidents, de paludisme par milliers.

Albert Londres était le plus grand de nos journalistes, il publiait à la fin de 1929 un livre terrible, Terre d’ébène, où il racontait comment les soldats allaient capturer au lasso les paysans qui avaient peur de travailler sur le chantier.

Et avant lui, il y avait eu André Gide, qui avait écrit Voyage au Congo

André Gide : l’homme qui s’affranchissait des tabous moraux, un individualiste esthète, qui avait été bouleversé par un voyage de plusieurs mois en Afrique.

En 1949, il avait raconté ce que lui avait fait ce voyage ; et ce qui l’avait inspiré, c'est une discussion avec un ami pasteur missionnaire.

Et en Afrique, au Congo, Gide avait conçu de la honte. Il était revenu avec des articles, un livre, et avait essayé de réveiller les politiques et les opinions. Il avait compris la fatalité du colonialisme, ce qu’il expliquait en 1949 en dialoguant avec le poète Jean Amrouche,

On comprend la barbarie mais peut on parler de crime contre l’humanité ?

Il y avait dans nos colonies des lois et des règlements qui tomberaient sous le coup de nos lois, aujourd’hui. Un statut de l’indigène qui le contraignait au travail forcé, notamment, qui était un esclavage légal. Ces gens que l’on attrapait au lasso et que l’on envoyait à la mort. La France allait finir par interdire le travail forcé, mais seulement après la deuxième guerre mondiale, dans une loi votée en 1946. En réalité, l’opinion française n’a jamais vraiment compris qu’il se passait des choses terribles, dans les colonies.

Les morts n'étaient pas des volontaires « noirs et blancs », c’étaient des africains qu’on allait capturer au lasso.

Le discours sur l’œuvre de conquête et de civilisation de la colonisation

Exactement, le discours qui s’est imposé et qui explique que beaucoup de gens ne comprennent même pas ce qu’a voulu dire Macron. On n’entendait pas ceux qui nous montraient le crime. En 1950, un poète et un homme politique martiniquais, Aimé Césaire, écrivait un texte terrible, Le discours sur le colonialisme. Il est devenu un classique.

Mais il n’est pas sûr que la brutalité du message soit entendue.

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