La grève s’est achevée cette semaine à Itélé, un mois ! Dans une rédaction, on n’avait plus vu cela depuis la grande grève de 1968 dans le service public.

Affiche intitulée «Je soutiens iTele»
Affiche intitulée «Je soutiens iTele» © AFP / PHILIPPE LOPEZ

Et c’est la même histoire, à l’échelle. L’ORTF à l’époque, c’était le monopole à la télévision : 12 000 grévistes du 17 mai au 23 juin 68 mais la même histoire d’une grève pour des raisons éthiques l’idée qu’on se fait de son métier. C’est ça qui avait amené les journalistes de l’audiovisuel à se soulever en 68 parce qu’ils pensaient qu’on ne les croyait plus, ils n’avaient pas été à la hauteur de la révolution ! Il y avait des journalistes qui n’étaient pas libres et qui se faisaient virer s’ils dérangeaient.

La télé, c’était la voix du pouvoir du général de Gaulle. Un contrôle direct du secrétaire d’État à l’information sur le JT. Et mai 68 fait tout exploser parce que dans la France qui s’enflamme les seuls à ne pas être libres sont ceux qui devraient raconter et ils ne supportent pas.

Il y a trois incidents majeurs à la radio, c’est France Inter qui couvre les émeutes au quartier latin la nuit des barricades, et ça déplait à la direction qui interdit les directs! Plus de son! A la télévision, c’est un magazine, Panorama, qui est censuré d’une séquence sur le mouvement étudiant avec son animateur Michel Honoris. Et à la fin du mois, la décision de ne pas diffuser les réponses de l’opposition parlementaires au discours du Général qui emporte tout ; Du coup, les journalistes font leur révolution après le reste du pays, parce qu’on ne les a pas laissé travailler. C’est un mai 68 décalé, très raisonnable ! On demande une charte, de l’indépendance, les journaux sont présentés par des non-grévistes, par les directions ! Mais au dehors C’EST LA LIBERTE !

Il y a des manifestations autour de la Maison de la Radio, c’est l’opération Jéricho pour que tombent les murailles. Il y a des meetings, des déballages, on entend un homme qui avait une voix magique, Frédéric Pottecher, raconter ce que subissent les journalistes. Il y avait beaucoup de colère mais beaucoup d’espoir aussi

Et pourtant, cette grève se termine mal par une reprise en main et par les licenciements de dizaines de journalistes quelques semaines plus tard pour leur apprendre. Il y aura des voix de légendes qui sont virées, dont Claude Dargent, Frédéric Pottecher. Mais en même temps quelque chose s'est ébranlé, on voit à quel point l’époque a basculé. En 68, c’est un pouvoir politique tout puissant qui organise la brutalité d’une répression.

Là, avec Itélé, on a vu un grand groupe et un millionnaire : Bolloré, réduire la résistance d’une petite rédaction, et les politiques qui n’étaient pas contents (ou s’en moquaient) mais ils n’y pouvaient rien.

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