Depuis que des joueurs de l’Olympique lyonnais ont été agressés à Bastia, on redécouvre un vieux dossier : celui de la violence dans le football en Corse.

Des combats entre supporters et joueurs durant le match de football Bastia/Lyon le 16 avril 2017.
Des combats entre supporters et joueurs durant le match de football Bastia/Lyon le 16 avril 2017. © AFP / PASCAL POCHARD-CASABIANCA

C’est une souffrance qui se transmet de génération en génération.

Nous sommes le 10 avril 1976. Nice vient de perdre 4 à 0 une rencontre de Coupe de France à Bastia. Mais ce n’est pas ça le sujet. La France entend le président niçois Roger Loeuillet raconter ce qui est arrivé à ses joueurs.

Et sur France Inter, on raconte la détresse des joueurs agressés, et constater que le match n’avait pas été normal. Mais on jouait quand même ! Le match Lyon / Bastia, lui avait été interrompu.

En 1976, ce n’était pas la première fois qu’on parlait de violences à propos du football corse

Non hélas. C’est pour cela que l’on ressent une souffrance, presque une malédiction. Les Corses se sentaient mal-aimés. En 1959, quand le championnat de France amateur avait été créé, les clubs corses n’étaient pas invités. En 1965, des clubs amateurs du Sud de la France s’étaient réunis à Montélimar pour proclamer leur refus de jouer en Corse. Ils disaient que c’était dangereux. C’était là, ça revenait. Un public chaud, des pétards, des fusils, l'intimidation... En avril 1970, un match entre Angers et Bastia avait dégénéré.

Et à chaque fois, on disait, "ce n’est pas possible". Mais en 1976, avec le Nice / Bastia. on avait franchi un point de non-retour.

Les violences s'étaient poursuivies après le match avec un attentat

Et là, on ne parlait plus de simples violences mais de terrorisme, qui avait visé le capitaine de Nice quelque jours plus tard, Jean-Noël Huck. Le malheureux joueur de football était dans un monde qu’il ne maîtrisait pas.

Juste avant cet attentat, on parlait de l’annulation du match de Bastia. On allait rejouer cette rencontre de coupe sur terrain neutre. C’était ça, l’insulte au peuple Corse. On changeait de dimension.

C’etait de la politique qui s’emparait du football

Le nationalisme entrait en scène, c’était le lever de rideau des attentats corses. La première vague d’attentats du FLNC allait arriver au mois de mai 1976, et en y réfléchissant, cette bombe l’annonçait, et le football était un prétexte.

Un homme l’avait compris. Il s’appelait Jacques Médecin, il était maire de Nice et secrétaire d’Etat au tourisme dans le gouvernement Chirac. Lui qui était le vrai patron du club de football de sa ville avait aussitôt demandé à son club de renoncer à rejouer le match.

Ce n’était pas simplement la paix des stades qui se jouait. La ville de Nice est aussi une ville corse, et Médecin n’avait pas envie que tout dégénère.

C’était en 1976 et à travers le football, on découvrait une violence qui nous deviendrait familière. Ce qui est arrivé aux joueurs de Lyon la semaine dernière, c’est un petit déjà vu, on est habitué.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.