François Bayrou a quitté le gouvernement; parce que le Modem est soupçonné de s'être financé sur des fonds du Parlement européen.

Jacques Chaban-Delmas
Jacques Chaban-Delmas © Getty / Jacques Pavlovsky/Sygma

Et un politique tombe alors qu’il n’était même pas mis en examen. Et ça nous rappelle qu’il fut un temps où un homme de pouvoir ne démissionnait pas, même au cœur d’un scandale. Mais il subissait déjà la cruauté de la mise à nu.

Nous sommes le 11 février 1972. Jacques Chaban-Delmas, premier ministre de la France et héros de la résistance, doit se dévoiler à la télévision française.

Et face au grand journaliste journaliste Pierre Desgraupes, Chaban va décrire l’état de ses biens pour échapper au soupçon qui l’enserre.

Le canard enchaîné avait mis Chaban dans l'embarras

En affirmant qu’il ne payait pas d’impôts entre 1967 et 1970 grâce à un certain nombre d’astuces fiscales. "Si, j’en paye" jurait-il à la télévision.

Et on pouvait sentir ce qu’il endurait. Et cela nous rappelle ce que l’on voit aujourd’hui pour échapper aux affaires et à l’humiliation. Chaban expliquait qu’il était victime d’un complot : on l’avait visé pour nuire à sa politique selon lui.

Un argument que l'on entend encore aujourd’hui

"Nuire à sa politique" c’est exactement ce que disait François Bayrou le jour de sa démission cette semaine.

Et tout correspond. Chaban aussi, qui menait une politique audacieuse pour son temps, pensait qu’il gênait des intérêts.

Et on peut poursuive le parallèle : le grand homme politique attaqué explique que les GRANDS PRINCIPES sont menacés quand on l’attaque. C’était le cas de Bayrou cette semaine et de Chaban-Delmas il y a 45 ans.

Mais à l’époque on ne démissionnait pas

On était affaibli, mais on ne tombait pas immédiatement pendant le scandale. Et ça c’était la marque d’un temps où la politique avait une puissance et une haute idée d’elle-même, une virilité de clan. Un homme touché par le scandale devait résister, c’est ce que demandaient les parlementaires de son parti à Chaban-Delmas

On ne tombait pas au nom de son parti. Aujourd’hui, un homme ébréché par un scandale doit s'en aller, au plus grand soulagement de ses partenaires. Le monde politique a appris la peur.

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