De Jean Lecanuet à François Mitterrand, en passant par le Général De Gaulle, la télévision a influencé la politique, et la politique s'est servie de la télévision.

De Gaulle à la télévision en 1965
De Gaulle à la télévision en 1965 © AFP / STF

On a parlé du premier débat de la présidentielle qui va arriver en mars sur TF1, et Nicolas Dupont-Aignan est furieux de ne pas y être invité. Et cela nous rappelle que depuis un demi-siècle, la télévision a mis la main sur la politique.

Cela s’est joué en 1965, dans la première élection présidentielle au suffrage universel de notre République, quand le père de la nation, Charles de Gaulle, était mis en ballotage. Et la télé n’y était pas pour rien : le 20 novembre, les français découvraient un homme mince au ton très doux, Jean Lecanuet.

Un centriste de Rouen dont la fraicheur et la maitrise de l’écran allait ravir les cœurs. Il finirait à 15 % en parlant d’avenir, d’Europe, et de modernité. Il a été la première des révélations du petit écran, un peu comme Benoit Hamon dans la primaire socialiste. Et une telle révélation que les voix du centre manqueraient au Général, forcé de passer par un deuxième tour. C’était une humiliation.

Normalement, De Gaulle ne devait pas être menacé

Le Général ne voulait même pas faire campagne. On n’était pas à l’âge des débats : de Gaulle avait décidé de ne pas utiliser le temps de parole qu’on lui donnait à la télévision, il était au dessus de ça. Il avait annoncé, à ses "sujets", qu’il sollicitait un nouveau mandat, mais en nous écrasant de son histoire.

Il nous avait averti : si nous votions mal, on aurait le drame… Puis il était retourné aux affaires de l’État pensant que cela suffirait.

Et ses rivaux en avaient profité

Ils avaient profité d’un moment de grâce - à une époque où l’information était vraiment verrouillée par le pouvoir. Dans le cadre de la campagne officielle, ils avaient du temps de parole, et on les voyait… De Gaulle, qui ne répondait pas, était contesté dans sa télévision, c’était donc possible ! Le même Lecanuet. disait que de Gaulle oubliait les français, et même ne les respectait pas, et on pouvait le faire partir.

Lecanuet n’était pas seul : il y avait un homme plus connu, François Mitterrand, qui représentait les gauches, PC compris… Et lui aussi instillait l’idée d’un de Gaulle loin de son peuple, un vieux roi claquemuré tout en haut de son pouvoir personnel…

Et la statue s’effritait.

Pour éviter le pire, le Général a du faire campagne et refaire de la télévision

Et mieux encore, il s’est adapté au langage de la télévision ; il est descendu de son olympe pour parler normalement, au journaliste Michel Droit. Le monarque jurait qu’il n’avait jamais dit que l’intendance suivrait, il promettait qu’il s’intéressait aux français, qu'il pouvait s’en faire comprendre.

De Gaulle a donc été réélu, on le sait, mais c’est la télévision qui avait emporté la victoire, en imposant une norme, un langage, et l’idée qu’elle changeait tout… Ce qui explique que Nicolas Dupont-Aignan, lointain héritier du général, soit persuadé qu’être privé de la télévision signifie être chassé de la politique… On veut bambocher dans les écrans !

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