Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont allés a l’usine Whirlpool cette semaine, et ce n’est pas la première fois qu’une grève est au cœur du débat politique.

Il y a 44 ans, on parlait de l’usine Lip, où les ouvriers prenaient le pouvoir.

Et c’était bien plus important qu’une élection présidentielle. C’était la possibilité de la révolution. On est au mois août 1973, les ouvriers de l’horlogerie Lip organisent la première paye illégale de l’histoire.

Ces ouvriers Lip ont osé l’impensable. Leur entreprise - une vieille marque horlogère de Besançon - allait disparaitre, licencier. Ils ont pris l’usine, ils ont pris les stocks de montres, ils les ont vendu, directement, et ils se payaient donc de cette vente, et ils respiraient.

Cette respiration crée un mouvement d’adhésion et de solidarité

Entre le printemps et l’automne 1973, c’est énorme. On achète des montres, on les commande. Quand les CRS chassent les ouvriers de l’usine, la lutte continue. Ils étaient sérieux, les gens de Lip, ils voulaient produit de belles montres à quartz. Ils négociaient. Mais ils pouvaient s’en sortir seul.

Aujourd’hui, quand on parle d’une usine en grève, on ressent la peur, on attend un sauvetage miraculeux de l’Etat, ou on disparaît.

Était-ce vraiment la France révolutionnaire ?

On était dans des réveils, des désirs d’utopie. C’était moins la CGT que la CFDT qu’on entendait alors, qui parlait de socialisme qui allait arriver.

Était-ce possible ? Ces années-là, la gauche montait en puissance. François Mitterrand promettait un nouveau monde. Et son jeune lieutenant Jean-Pierre Chevènement combattait le droit de propriété.

C’était l’effet Lip, un ferment de désordre et de contagion.

Cette contagion était-elle redoutée ?

En face, vous aviez un premier ministre qui s’appelait Pierre Messmer. C’est lui personnellement qui avait envoyé les CRS reprendre l’usine au mois d’août. Et c’est lui qui aurait cette phrase terrible, en octobre, quand les ouvriers refuseraient un plan de licenciement : "Lip, c'est fini".

Trois mois plus tard, en janvier 1974, parce que conflit dure, il se fâcherait, avec les mêmes mots, parce que des journalistes lui demandent s’il négociait.

Un ton là aussi tellement dur est inimaginable aujourd’hui à propos d’ouvriers menacés. Messmer n’était pas un homme cruel. Mais il voulait garantir le droit de propriété, les rapports sociaux, une hiérarchie sociale. Et Lip démentait tout cela. L’entreprise allait d’ailleurs survivre jusqu’en 1977. Il y aurait à sa mort aussi bien des soulagements que des nostalgies du temps où la classe ouvrière construisait sa forteresse.

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