Le président des Hauts de France Xavier Bertrand propose de supprimer l'ENA. Pourquoi cette idée revient-elle régulièrement sur le tapis ?

Ecole Nationale de l'Administration
Ecole Nationale de l'Administration © AFP / PATRICK HERTZOG

L'ENA est évidemment un symbole. Un symbole de la reproduction de ces élites qui vampiriseraient les institutions de l'Etat et les états-majors du CAC 40. Une fabrique de hauts fonctionnaires, tous supposés formés au même moule technocratique et déconnectés de la réalité des vrais gens. Les anti gilets jaunes en somme.S'attaquer à ce symbole, à gauche comme à droite, ça a toujours été la certitude de faire le buzz. Bref, c'est une vieille ficelle politique utilisée par Bruno Le Maire, lors de la primaire de la droite en 2016, et reprise aujourd'hui par Xavier Bertrand. Mais, au-delà de ce procès un tantinet démago, il faut bien avouer que la prestigieuse école fondée par le général de Gaulle en 1945 n'a rien fait ces dernières années pour redorer son blason, bien au contraire.  D'abord, ce fleuron parisien de la haute fonction publique a résisté longtemps au projet, voulu par Edith Cresson, de déménager en province. En l’occurrence à Strasbourg. Pire, l'institution est depuis 2012 un vrai gouffre financier. Un comble pour une école censée former les futurs inspecteurs des finances chargés du budget de la Nation. En 2017, les comptes ont été si catastrophiques que l'ENA risquait à terme de se retrouver en situation de quasi faillite.  

Comment s'explique cette dérive financière ?  

En cinq ans, l'école, financée à près de 80% sur fonds publics, a explosé le compteur des dépenses: prof et stagiaires grassement payés (chaque élève de l'ENA touche près de 1700 euros par mois) et c'est sans compter les frais de missions et de voyage, ainsi que l'entretien d'une coûteuse antenne parisienne... Et pendant ce temps, l'ENA, qui forme aussi des dirigeants étrangers, a été très mauvaise pour faire rentrer des sous dans la caisse. Dans les comptes 2017, on voit ainsi apparaître une dette impayée de 570.000 euros du Koweit. Cette année, l'ENA est toujours dans le rouge. Mais les comptes 2018, que l'on a pu consulter, se soldent par une perte de "seulement" 340.000 euros. C'est pas glorieux mais c'est 10 fois moins que l'année précédente ! Pour en arriver là, l'école a dû se serrer la ceinture. Elle s'est engagée par exemple à supprimer 12 postes en trois ans. A ce rythme, l'ENA devrait être à l'équilibre en 2020. Il reste donc deux ans aux énarques pour prouver à Xavier Bertrand et à Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, qu'ils savent compter et gérer un budget.

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